Patricia Louise Lowther (née Tinmuth) était poète (née le 29 juillet 1935 à Vancouver, en Colombie-Britannique, décédée le 24 septembre 1975 à Vancouver également). Poète féministe et pionnière, Pat Lowther ne gagne la reconnaissance mondiale qu’à la publication d’un recueil posthume, A Stone Diary, publié après son meurtre des mains de son mari, en 1977.

Enfance et premières œuvres

Pat Lowther grandit à North Vancouver. Son premier poème est publié par le Vancouver Sun lorsqu’elle n’a que 10 ans. Elle quitte l’école à 16 ans et part travailler dans des bureaux pour financer son écriture.

Son premier recueil de poésie, The Difficult Flowering (1968), est acclamé par la critique pour sa langue et ses thèmes précis. Le livre explore les tensions entre la création artistique et la vie domestique, et rend universels les thèmes de la maternité et des plaisirs et douleurs de l’amour. Dans « Damn Doom », par exemple, Pat Lowther parle honnêtement du besoin de créer dans le chaos de la famille : « Damn doom to, day after day, break our bright wishes, on this work: to carve a simple beauty, out of chaos ».

Le titre de son deuxième recueil, The Age of the Bird (1972), fait référence aux stades mythiques de l’évolution et du changement, d’abord des créatures aquatiques, puis des serpents, finalement des oiseaux, le symbole universel de la liberté. Long poème en huit sections librement inspiré de la vie et de la mort du révolutionnaire cubain Che Guevara, il révèle la voix politique émergente de Pat Lowther et sa conviction grandissante que la poésie est le véhicule le plus puissant pour l’art et la politique. Elle décrit une buanderie dans le village de Vallegrande, en Bolivie, où Che Guevara aurait été capturé et tué : « A laundry at Vallegrande, a windowless shed, tiled roof, in front two openings, separated only by a pillar […] inside, the body, its eyes open, the head propped, in a tense posture ». Pat Lowther nous amène de la simple façade de la buanderie à la brutalité qu’elle contient, offrant un aperçu cru des horreurs de la révolution à travers la mort d’un chef sans nom.

Admiratrice invétérée du poète chilien Pablo Neruda, elle dédie nombre de poèmes à ce « frère politique », dont le premier, « Regard to Neruda », est inclus comme œuvre complémentaire à The Age of the Bird. Dans les derniers vers de ce poème, Pat Lowther parle de sa conscience des changements dans sa vision du monde en tant que poète et individu : « Often now I forget, how to make love, but I think I am ready, to learn politics ». Ces poèmes sont l’expression d’un éveil politique et moral qui inspire le reste de son œuvre, en plus de ses luttes artistique et politique.

Dernière œuvre

Le dernier ouvrage publié dans son vivant, Milk Stones (1974), explore les thèmes du genre et des relations grâce à la mythologie. Pour elle, les mythes sont de puissants agents de changement pour le monde et l’individu. Pour exprimer cette vision, elle utilise une langue à la fois vive et intime. Dans « Penelopes », l’arrivée d’un anonyme Ulysse au domicile permet à Pat Lowther de nous offrir les badineries bonne enfant de la vie de couple : « Blood to the elbows, he howled : Woman, where in hell’s my towel ». La poète transforme toutefois rapidement le ton et crée un moment douloureusement privé lorsque Pénélope se rend compte qu’elle ne sera plus jamais celle qu’elle était et qu’elle doit se faire à l’idée : « [She must] begin unpicking the pattern of her life, and weave again, designs, of innocence and disbelief […] ».

Pat Lowther rend la mythologie résolument urbaine dans sa série de poèmes sur la déesse Iris. Publiée dans Time Capsule: New and Selected Poems (1997), elle y transforme Iris en déesse de la rue. « Burning Iris One » explore les recoins sombres du Vancouver que Pat Lowther connaît bien et élève les vies de ses habitants malchanceux à coups de superbes expressions poétiques : « Elegant man, in your wellkept body, and tidy clothes, give a thought to, the ragbag broad, smoking in doorways, doesn’t the heat of me, reach like curling air, to your belly ».

Toujours consciente du monde et des forces qui le changent, Pat Lowther écrit sur la politique, en plus de ses activités militantes. Elle travaille pour le Nouveau Parti Démocratique de Colombie-Britannique et les mouvements révolutionnaires cubains. Dans les années 1970, elle enseigne la création littéraire à l’Université de la Colombie-Britannique, et défend les intérêts des poètes et de la poésie en tant que coprésidente de la League of Canadian Poets jusqu’à sa mort soudaine, en 1975.

Décès

En septembre 1975, Pat Lowther, âgée de 40 ans, disparaît. Elle est retrouvée morte trois semaines plus tard à Furry Creek, juste à l’extérieur de Vancouver. Deux ans plus tard, en 1977, son deuxième mari, Roy Lowther, est condamné pour le crime. Il meurt en prison en 1985.

Patrimoine

A Stone Diary, le troisième recueil de poésie de Pat Lowther publié à titre posthume, contient ses œuvres les plus matures avec une langue et des images exprimant la beauté de la nature. Dans le poème-titre, elle décrit en détail comment les pierres sont remplies d’une vie qui leur appartient et d’une beauté distincte : « At the beginning I notice, the huge stones on my path, I knew instinctively, why they were there, breathing as naturally, as animals [...] cubes of fool’s gold, green and blue copper, crystal formations, fossils shell casts, iron roses candied gems ».

En 1996, les deux filles de Pat Lowther découvrent plusieurs manuscrits terminés et poèmes non publiés, qu’elles rassemblent dans Time Capsule. L’un de ses poèmes les plus souvent publiés, « History Lessons », est autobiographique et passe de son histoire à l’histoire du monde. Il met en relief l’ironie du rôle ordinaire que ses ancêtres ont joué dans des événements historiques extraordinaires : « A family legend: my great-uncle Johnny, came back from the Klondike, diamond-fingered [...] He never put hand to shovel, or panned a stream: he opened barber shops ».

Pour commémorer sa mort prématurée, on fonde le Pat Lowther Memorial Award en 1981, prix qui est remis chaque année à une poète canadienne. Parmi les gagnantes, on compte Dionne Brand, Evelyn Lau et Esta Spalding.