Les Canadiens participent au système politique chaque fois qu'ils tentent de façon volontaire d'influencer les résultats d'une élection ou les politiques d'un gouvernement ou d'un parti. Cela peut se faire d'innombrables façons, comme voter, faire campagne pour une cause politique ou se présenter aux élections. La participation politique est en déclin au Canada, ce qui soulève des questions quant à la santé de la démocratie au pays.

Façons de participer

La participation politique peut être aussi simple que de se prévaloir de son droit de vote ou plus importante, comme se présenter comme candidat aux élections. L'action politique peut viser à changer les grandes lignes de la politique gouvernementale ou être très précise, par exemple tenter d'obtenir un avantage personnel comme une nomination partisane. L'action politique peut même être illégale, par exemple vendre l'accès à ses contacts politiques en échange d'argent (voir aussi Corruption et Conflit d'intérêts).

Payer ses impôts n'est d’ordre général pas considéré comme un acte politique en soi, mais refuser de les payer peut l'être. Faire la grève pour régler des questions salariales ou pour améliorer des conditions de travail n'est pas considéré en général comme une forme de participation politique, même si certaines grèves sont plus politiques que d'autres, surtout lorsqu'elles se transforment en protestation contre une politique en particulier ou des conditions de travail dans la société. (Voir aussi Relations de travail.)

Activités simples et exigeantes

La participation dépend de la simplicité ou de l'exigence de l'action. Par exemple, au cours des campagnes électorales au Canada, environ une personne sur cinq essaie de persuader un ami de voter pour un parti ou une personne en particulier selon des sondages de l'Étude sur l'élection canadienne. Or, ce n’est qu’environ une seule personne sur six qui participe à un rassemblement ou à une assemblée politique, place une affiche sur son terrain ou pose un autocollant sur sa voiture. Environ un seul Canadien sur 20 fait du porte-à-porte, aide à poster de la publicité électorale, fait des appels téléphoniques se rapportant à la campagne ou agit comme conducteur ou scrutateur pour les partis politiques le jour de l'élection. Un pourcentage similaire de personne affirme avoir fait un don à un parti politique ou à un candidat ou être membre d'un parti. Moins nombreux encore sont ceux qui se portent candidats.

Coûts et bénéfices

Le coût de la participation politique constitue un facteur important. Certaines actions politiques entraînent des dépenses et les gens à l'aise sont plus susceptibles de s'engager. D'autres actions exigent d'avoir du temps libre. D'autres encore, très nombreuses, exigent des qualités sociales, des compétences en administration, une bonne maîtrise de la langue et de la facilité à traiter de l'information. Dans ces cas, le niveau de scolarisation entre en ligne de compte. Toutefois, la scolarisation plus élevée ne se traduit pas toujours par une plus grande participation. Peu importe leur niveau de scolarisation, les citoyens plus âgés sont plus actifs en politique que les plus jeunes. Les habiletés acquises dans des activités non politiques, par exemple dans la bureaucratie, dans du travail pour les églises ou au sein d'associations de bénévoles, se révèlent souvent utiles sur le plan de la participation politique.

Les femmes, qui n’ont obtenu le droit de vote aux élections fédérales qu’en 1918, étaient de façon traditionnelle moins actives en politique que les hommes. Cependant, la participation des femmes aux scrutins est aujourd'hui un peu plus élevée que celle des hommes et les études démographiques laissent croire que cette tendance s'étendra à d'autres champs d'activités politiques.

Les bénéfices que l'on peut tirer de l'action politique influencent aussi la participation. La population est plus susceptible de voter et de participer de façon active aux campagnes électorales lorsque la lutte est serrée que lorsqu'un parti détient une avance considérable. Certains groupes professionnels sont davantage touchés par les décisions gouvernementales que d'autres et sont donc plus sujets à s'engager au niveau politique, quel qu'en soit le prix à payer. Les employés de la fonction publique, dont les revenus sont liés à des décisions politiques, votent davantage que la population générale. Les agriculteurs, dont les revenus dépendent des prix fixés et des décisions prises en matière de gestion des approvisionnements par le gouvernement, sont plus actifs que d'autres groupes dont les revenus et la scolarité sont comparables.

Certaines actions politiques procurent des avantages sociaux aux citoyens. La sollicitation et la participation à des comités sont prisés des participants qui se plaisent en compagnie des autres. Les dons en argent ne requièrent que peu de compétences sociales. L'affichage d'une pancarte dans sa cour ou la pose d'autocollants sur sa voiture ne requiert ni argent ni grandes qualités sociales. Un tel engagement envers un parti ou un candidat toutefois doit être suffisant, puisque leur auteur doit s'attendre à peut-être subir les critiques de ses voisins. Les sondages suggèrent que les gens préfèrent en général s'engager dans une même action politique, tant aux élections provinciales que fédérales, plutôt que dans plusieurs actions dans l'un des deux ordres.

Taux de participation électorale

La fréquence de participation aux activités politiques dépend du type d'activité et du lieu de résidence au Canada. Selon les sondages de l'Étude sur l'élection canadienne, environ 90 % des Canadiens ayant le droit de vote s'en sont prévalu au moins une fois.

Lors des élections fédérales, le taux de participation est en déclin quasi continuel depuis le milieu des années 1960, et chute de façon considérable dans les années 1990. Le taux de participation est de 61,1 % lors de l'élection fédérale de 2011, un des taux les plus bas jamais enregistrés. Le taux de participation aux élections provinciales, qui est en général un peu moins élevé, est aussi en déclin constant.

Les résidents de l'Île-du-Prince-Édouard tendent à voter davantage que ceux du reste du pays, tant aux élections provinciales que fédérales (taux de participation de 74 % lors de l'élection fédérale de 2011). À l'opposé, l'Alberta est la province qui présente en général les plus faibles taux de participation (52 % en 2011). Les taux de participation sont encore plus faibles dans les territoires (39 % au Nunavut en 2011).

Baisse du taux de participation

Les taux de participation aux élections fédérales et provinciales diminuent de façon abrupte dans les années 1990, ce qui soulève des questions quant à leur impact sur la démocratie canadienne. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le plus haut taux de participation est enregistré lors de l'élection de 1958 où 79,4 % des électeurs admissibles votent. Le pourcentage oscille ensuite entre 70 et 75 % jusqu'en 1997, alors qu'il tombe à 67 %. Il poursuit ensuite sa chute pour atteindre 64,1 % en 2000 et 60,9 % en 2004, selon Élections Canada. Le taux de participation remonte à 64,7 % lors de l'élection de 2006, mais chute à 58,8 % en 2008, soit son niveau le plus bas depuis la fin de la guerre. En 2011, le taux de participation est de 61,1 %.

Le taux de participation varie selon les groupes d'âge. Les jeunes électeurs s'abstiennent davantage, et l'écart se creuse depuis les années 1990. Seuls 38,8 % des Canadiennes et des Canadiens âgés de 18 à 24 ont voté en 2011, comparé à 75,1 % de ceux âgés de 65 à 74 ans. Selon Statistique Canada, le taux de participation est en général plus faible chez les chefs de familles monoparentales et chez les immigrants récents (qui ont obtenu la citoyenneté canadienne).

Le taux de participation aux élections provinciales suit une tendance similaire. Par exemple, le taux de participation en Colombie-Britannique est de 77,7 % en 1983 et de 51 % en 2009. Au Québec, il est de 85,3 % en 1976 et de 57,4 % en 2008. Enfin, il est de 78,2 % en 1978 et de 58 % en 2009 en Nouvelle-Écosse.

Certains observateurs soutiennent que les taux de participation actuels sont suffisants, car la majorité de la population canadienne qui s'abstient ne s'intéresse pas à la politique et comprend mal les valeurs démocratiques. D'autres affirment que le droit de vote est précieux et qu'on devrait en faire la promotion auprès de tous, peu importe le niveau d’éducation politique de l'électeur. Certains avancent que la participation est la meilleure école de valeurs démocratiques, et que ceux qui ne participent pas se sentent exclus ou aliénés de la vie politique.

En raison du déclin du taux de participation, les partis politiques ont besoin de l'appui d'une plus petite proportion de la population pour remporter l'élection. Par exemple, lors de l'élection fédérale de 2011, le Parti conservateur forme un gouvernement majoritaire (plus de la moitié des sièges à la Chambre des communes) avec environ 5,8 millions de votes, soit près de 40 % des votes exprimés (14,8 millions). Toutefois, plus de 9 millions de Canadiens se sont abstenus de voter. Quand on considère que le pays compte 24,3 millions d'électeurs admissibles, la majorité gagnante a été atteinte grâce au soutien de moins de 25 % des électeurs admissibles. Même s'il est tout à fait constitutionnel, ce phénomène soulève des questions sur la légitimité de la démocratie du Canada et du gouvernement élu de cette façon.

Comment encourager la participation électorale

Les efforts en vue d'accroître la participation devraient porter sur l'augmentation des bénéfices de l'action politique, la réduction des coûts de cette dernière, ou sur l'augmentation du contact personnel entre les partis et les électeurs. En ce qui a trait aux bénéfices, le sentiment que les votes individuels ne comptent que très peu dans les comtés où un parti domine de façon nette pourrait être surmonté en adoptant la représentation proportionnelle (par laquelle les sièges au Parlement sont attribués selon le pourcentage de l'ensemble des votes) comme formule électorale. La représentation proportionnelle, seule ou combinée au système uninominal majoritaire à un tour actuel, pourrait stimuler le taux de participation des électeurs. (Voir aussi Réforme électorale.)

Du côté des coûts, l'accès facile au vote par anticipation et aux bulletins de vote spéciaux pourrait augmenter le taux de participation, mais les preuves à cet effet ne sont pas suffisantes. La tenue des élections lors des fins de semaine aurait sans doute un effet positif sur le taux de participation. La hausse des crédits d'impôt offerts à ceux qui versent des contributions aux partis ou aux candidats, sans pour autant augmenter le taux de participation, pourrait aussi stimuler la participation politique.

Les sondages démontrent que les citoyens sont plus susceptibles de voter si on leur demande de le faire, en particulier si on les rencontre en personne et surtout si on leur offre de les conduire au bureau de vote ou si on leur rappelle où se trouve celui-ci.

Rôle des partis politiques

Les partis politiques sont les agents principaux pouvant encourager et faciliter la participation politique, par exemple, en recrutant des bénévoles de façon active. Selon les données recueillies dans les sondages, il y a davantage de citoyens prêts à travailler pour les campagnes électorales que de citoyens à qui on demande de le faire. Dans la mesure où les partis politiques ont remplacé le travail des bénévoles par des investissements en publicité télévisée, en sensibilisation en ligne et en messagerie numérique, ils ont contribué au déclin du taux de participation. Le regain d'intérêt pour les stratégies visant à faire sortir le vote, qui comprennent des mesures allant des appels téléphoniques aux partisans connus du parti au transport des électeurs aux bureaux de vote, pourrait être bénéfique, quoiqu'il risque de mettre davantage l'accent sur les bases électorales plus limitées des partis.