Le Parti libéral, la plus ancienne formation politique au Québec, est également celle qui a été le plus souvent au pouvoir dans l’histoire de la province. Ce parti, qui a été au cœur de la Révolution tranquille au début des années 1960, prône le fédéralisme et privilégie un programme axé sur le développement économique.

C’est dans les premières années de la décennie 1870 qu’émerge ce qui devient, à la fin du XIXe siècle, le Parti libéral du Québec (PLQ). Aux élections provinciales de 1886 et de 1890, le PLQ fait alliance avec le Parti national et c’est à l’élection provinciale de 1897 qu’il forme le gouvernement. Bénéficiant des succès de Wilfrid Laurier sur la scène fédérale, le parti gouverne jusqu’au milieu des années 1930. Au cours de cette période, il remporte de convaincantes victoires électorales contre les conservateurs. Il constitue alors un parti de notables qui défendent un programme libéral classique axé sur le développement économique. D’orientation fédéraliste et centriste, le PLQ représente les intérêts des milieux d’entreprises.

Au début des années 1930, les effets conjugués de la crise économique et de la corruption entament peu à peu le capital politique du Parti qui, dirigé par Louis-Alexandre Taschereau, entre dans une période de déclin. Affaibli à l’élection de 1935, le Parti libéral cède la place à l’Union nationale (UN) de Maurice Duplessis en 1936. Il revient cependant au pouvoir dès 1939, avec Adélard Godbout. Si ses adversaires politiques l’accusent d’être trop près d’Ottawa, le Parti libéral propose cependant, avec Godbout, des mesures assez novatrices, notamment en accordant le droit de vote aux femmes (1940) et en procédant à la création d’Hydro-Québec (1944). Défait aux élections de 1944, les libéraux retournent à l’opposition pour une longue période de 15 ans.

Le renouveau du PLQ dans les années 1960

Avant l’élection de 1960, sous la direction de George-Émile Lapalme, le Parti libéral entreprend de devenir un parti de masse. Entouré de ce qui a été surnommé « l’équipe du tonnerre », Jean Lesage mène une campagne énergique contre Antonio Barrette de l’Union nationale. Profitant de l’intérêt des électeurs, les libéraux revenaient au pouvoir avec 51 députés (51,5 % du vote). Le PLQ défend un programme innovateur qui marque l’évolution politique ultérieure du Québec. Avec le slogan « Maîtres chez nous », les libéraux lancent un processus de modernisation politique qui épouse les changements sociaux et économiques nés au sein de la société, et qu’on a appelé Révolution tranquille. Pendant deux mandats (1960–1962 et 1962–1966), les libéraux procèdent à une importante mise à jour de l’appareil gouvernemental ainsi que de la fonction publique. Le parti a notamment laissé sa marque avec la nationalisation de l’électricité (1962), celle-ci ayant pris valeur de symbole des transformations politiques de l’époque. Sous la direction du Parti libéral, l’État québécois adopte une approche plus interventionniste, même si, pour sa part, Lesage se veut d’un tempérament assez conservateur. En 1966, les libéraux sont exclus du pouvoir à la suite de ce qui est décrit comme une « drôle de victoire » de l’UN qui, malgré un pourcentage de voix moins important que les libéraux (40 % contre 47 %), bénéficie d’un appui régional plus important.

Les années Bourassa : 1970–1976

Dès l’élection provinciale de 1970, les libéraux reprennent le pouvoir avec un jeune chef, Robert Bourassa (72 députés). Ce politicien, qui a la réputation d’adopter des positions louvoyantes en matière constitutionnelle, défend l’économie et l’autonomie du Québec. Les libéraux des années 1970 se distinguent surtout par l’accent mis sur des projets économiques d’importance et par la promesse de créer 100 000 emplois avec la construction de grands barrages hydroélectriques à la baie James et par la construction d’édifices publics et autres infrastructures d’envergure comme des autoroutes. Le gouvernement libéral avance aussi par des mesures sociales importantes, par exemple en établissant l’assurance-maladie (voir Politique en matière de santé). Si les libéraux font face à la Crise d’octobre de 1970, cela n’empêche pas le Parti libéral de remporter une convaincante victoire à l’élection de 1973 (102 députés sur un total de 110). Le second mandat (1973–1976) s’avère difficile, le parti perdant l’appui de ses alliés traditionnels, notamment la communauté anglophone et une partie des milieux d’affaires, pour subir la défaite aux mains du Parti québécois. Les libéraux se retrouvent à l’opposition avec un nouveau chef, Claude Ryan, qui mène le parti lors du référendum de 1980 et à l’élection de 1981. Ryan ne parvient pas à relancer le parti qui ne revient au pouvoir qu’en 1985, de nouveau avec Bourassa (99 circonscriptions, 55 % du vote).

Programme politique et position constitutionnelle

Si les gouvernements libéraux des années 1970 ne sont pas de droite, l’orientation du parti change lors des deux mandats suivants (1985–1989 et 1989–1994). Essentiellement, le PLQ procède à l’assainissement des finances publiques, notamment en créant une équipe d’agents-visiteurs, surnommés « boubou-macoutes », chargés de vérifier si les prestataires d’aide sociale respectent les normes en vigueur pour recevoir de l’aide (voir Services sociaux et assistance sociale). Les libéraux se proposent aussi de revoir le fonctionnement de l’État. C’est une période mouvementée pour le Parti. En plus de faire face à d’importantes tensions dans le dossier linguistique, particulièrement en matière d’affichage bilingue (voir Loi 86), le Parti doit aussi gérer la Crise d’Oka (été 1990) qui oppose le gouvernement aux Mohawks.

Pendant cette période, le parti est un acteur de premier plan dans les négociations constitutionnelles qui mènent à l’Accord du lac Meech en 1987. Sa position constitutionnelle se retrouve dans les cinq conditions de l’Accord, notamment avec la clause reconnaissant le Québec comme une société distincte. Suite à l’échec de l’Accord du Lac Meech (1990), le parti adopte une orientation nationaliste lorsque Bourassa affirme, le 22 juin 1990, que le Québec est « une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement ». Le Parti revient alors à ses positions fédéralistes, non sans que des libéraux quittent le PLQ pour former l’Action démocratique du Québec (ADQ). Après avoir défendu sans succès l’Accord de Charlottetown lors du référendum de 1992, le Parti subit, en 1994, une défaite électorale, avec Daniel Johnson, successeur de Robert Bourassa.

Jean Charest, chef du PLQ

En 1998, c’est le chef du Parti conservateur fédéral, Jean Charest, qui fait le saut au provincial pour prendre la direction du PLQ. Fort de son rôle lors du référendum de 1995, il est perçu comme le meilleur candidat pour affronter le chef souverainiste Lucien Bouchard. Toutefois, le Parti se retrouve rapidement en campagne électorale et, mal préparé, Charest fait piètre figure contre le chef péquiste. Le Parti libéral, qui recueille tout de même un pourcentage de voix légèrement supérieur au PQ (43 % contre 42 %), se retrouve avec seulement 48 députés contre 76.

Avec un Charest plus aguerri, le Parti libéral gagne l’élection de 2003 en faisant élire 76 députés (46 % du vote). Il propose essentiellement de procéder à une réforme dite de la « réingénierie » de l’État, tout en s’occupant de la santé. Or, cette volonté de réforme suscite rapidement de vives réactions et le gouvernement libéral effectue des volte-face dans plusieurs dossiers. À l’aube des élections de mars 2007, il se trouve affaibli et surtout, plongé dans ce qu’on appelle la « crise » des accommodements raisonnables qui favorise la montée de l’ADQ. Le Parti sort de l’élection dans une position minoritaire avec 48 députés contre 41 pour l’ADQ et 36 pour le PQ. Le PLQ redevient majoritaire à l’Assemblée nationale dès 2008 avec 66 députés mais demeure le second parti auprès des électeurs francophones.

Des années de turbulence

Entre 2008 et 2012, le Parti libéral défend surtout le développement des ressources naturelles, essentiellement le secteur minier, avec un ambitieux projet intitulé le Plan Nord. Le Parti se présente de nouveau comme le défenseur de la croissance économique. Toutefois, l’annonce d’une hausse des frais de scolarité provoque d’importantes manifestations de la part d’associations étudiantes, ce qu’on appelle le « Printemps érable » (voir Grève étudiante québécoise de 2012 et la loi 78). De plus, des scandales de corruption et de collusion concernant des contrats dans l’industrie de la construction minent la crédibilité du gouvernement libéral. C’est dans ce contexte que survient la défaite du PLQ aux élections de septembre 2012. Le Parti réussit néanmoins à conserver 50 députés (31 % du vote).

Depuis mars 2013, le Parti libéral est dirigé par Philippe Couillard, ancien ministre de la santé sous le gouvernement de Jean Charest. Menant une campagne solide lors de l’élection générale du printemps 2014, le chef libéral dénonce surtout la possibilité d’un nouveau référendum, tout en mettant l’accent sur la création d’emplois et sur l’économie. Cette stratégie électorale permet au Parti libéral de revenir au pouvoir à la tête d’un gouvernement majoritaire avec 70 députés (41 % des voix).