Fondation

Le Parti communiste du Canada naît en 1921 lors d’une réunion clandestine tenue à Guelph, en Ontario, réunissant 21 Canadiens et trois représentants de l’Internationale communiste, une organisation dédiée à la création d’un État mondial dirigé par l’Union soviétique. Le groupe crée le Workers’ Party of Canada en février 1922. Deux ans plus tard, le Workers’ Partyest aboli et l’organisation est renommée Parti communiste du Canada.

Le programme du parti est basé sur la doctrine socialiste du révolutionnaire russe Vladimir Lénine. Lénine s’est appuyé sur le Manifeste du parti communiste, écrit par les philosophes Karl Marx et Frederick Engels en 1848.

Organisation « illégale »

Durant les premières années de son existence, le parti est harcelé par la Gendarmerie royale du Canada qui interrompt ses réunions, perquisitionne ses bureaux, confisque sa documentation et, en 1931, arrête ses principaux dirigeants. La GRC s’appuie sur l’article 98 du Code criminel, un article aux termes imprécis créé en 1919 après l’éclatement de violentes révoltes ouvrières au Canada. L’article interdit toute association avec des organisations « illégales » prônant l’utilisation de la force pour changer le gouvernement du Canada.

Parce qu’il viole les libertés civiles, l’article 98 est déclaré illégal par le Parlement en 1937, pendant le mandat du premier ministre William Lyon Mackenzie King. Cependant, en 1937, l’Assemblée nationale du Québec, dirigée par le gouvernement de l’Union nationale, vote la Loi du cadenas, qui permet au procureur général de la province de fermer toute maison ou tout édifice utilisé, selon lui, pour promouvoir le communisme. La Loi du cadenas est déclarée ultra vires (hors de la juridiction provinciale) par la Cour suprême du Canada en 1957.

Les années 1930 : les syndicats, l’Espagne et la politique électorale

Beaucoup de membres du Parti communiste deviennent dirigeants de syndicats ouvriers canadiens ou organisateurs de nouveaux syndicats, particulièrement parmi les travailleurs industriels et non qualifiés. Pendant les années 1930, les communistes du Canada et des États-Unis parviennent avec succès à organiser un certain nombre d’industries sous le nouveau Congrès des organisations industrielles (COI). Ils jouent aussi un rôle central dans l’organisation de la Marche sur Ottawa et le Congrès de la Jeunesse canadienne.

Pendant la Guerre civile espagnole (1936-1939), les communistes recrutent plus de 1 500 Canadiens dans les brigades internationales (Bataillon Mackenzie-Papineau) pour combattre les forces fascistes de Francisco Franco.

Après 1930, le Parti communiste réussit à faire élire Fred Rose à la Chambre des communes et plusieurs autres de ses membres à des postes municipaux et provinciaux. Il s’agit notamment de Jacob Penner et Joseph Zuken, qui détiennent ensemble des postes municipaux à Winnipeg de 1934 à 1983, A.A. MacLeod et J.B. Salsberg, élus à l’Assemblée législative de l’Ontario en 1943 et W.A. Kardash, élu à l’Assemblée législative du Manitoba en 1941.

Durant cette période, Tim Buck est chef du parti et très connu dans tout le pays. Le Dr Norman Bethune est un autre communiste canadien célèbre, qui devient un héros de la cause antifasciste pendant la Guerre civile espagnole, puis des Chinois pendant la Guerre civile chinoise.

Deuxième Guerre mondiale et guerre froide

Au début, le Parti communiste canadien soutient les objectifs de la Deuxième Guerre mondiale mais après dix jours, sur les ordres de Moscou, il adopte la position inverse. À cause de sa politique anti guerre, le parti est officiellement banni du Canada et plus d’une centaine de ses dirigeants sont emprisonnés. Le 22 juin 1941, l’Allemagne attaque l’Union soviétique et la guerre éclate sur le front européen de l’Est. Ceci amène le parti à changer à nouveau de position et à appuyer la guerre contre l’Allemagne.

Pendant cette période, le parti est renommé Parti ouvrier progressiste du Canada.

À l’automne 1945, Igor Gouzenko, un commis de l’ambassade soviétique à Ottawa, révèle qu’un certain nombre de Canadiens bien connus ont fourni des informations aux Soviétiques pendant la guerre. En conséquence, le chef communiste Fred Rose est arrêté, accusé d’espionnage et condamné à six ans de prison. D’autres, dont Sam Carr, un chef du parti pendant de nombreuses années, sont aussi condamnés. La plupart des accusés sont libérés faute de preuves.

Impact de l’Union soviétique sur le communisme mondial

Après la mort de Lénine en janvier 1924, une âpre lutte s’engage à l’intérieur du Parti communiste soviétique de Russie, qui se termine en 1928 par la victoire de Joseph Staline et une défaite cuisante pour les autres dirigeants du gouvernement soviétique. À partir de ce moment, Staline dirige l’Union soviétique et est reconnu comme chef des partis communistes du monde entier jusqu’à sa mort en mars 1953. Pendant ces années, les méthodes antidémocratiques de Staline sont critiquées par des gouvernements, des écrivains et des militants politiques à travers le monde. Les procès de Moscou de 1936 (qui conduisent à l’exécution d’importants dirigeants soviétiques), l’invasion de la Finlande, les camps de travail soviétiques et le pacte de Staline avec Hitler entraînent une condamnation que les partis communistes du Canada et d’ailleurs dans le monde considèrent comme de la propagande antisoviétique. Cependant, l’hostilité à l’égard de l’Union soviétique diminue considérablement quand elle se joint à la guerre contre Hitler, et l’armée soviétique joue un rôle crucial pour vaincre l’Allemagne.

En 1956, Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire du Parti communiste d’Union soviétique, reconnaît la brutalité du régime de Staline. Suite à cela, de nombreux communistes d’autres pays, incluant des dirigeants de premier plan, démissionnent ou fondent de nouveaux partis. L’invasion de la Hongrie par l’Union soviétique en 1956 et de la Tchécoslovaquie en 1968, de même que les tensions entre les Soviétiques et la Chine pendant les années d’après-guerre, contribuent à accélérer la désintégration des partis communistes dans le monde. Ce processus se poursuit avec l’effondrement du Parti communiste soviétique et du gouvernement de Mikhail Gorbachev, du milieu des années 1980 jusqu’à 1991.

Au Canada, ces événements entraînent l’éclatement du parti au début des années 1990, après l’effondrement du bloc soviétique. Une lutte pour le contrôle du parti au Canada oppose ceux qui soutiennent le marxisme-léninisme et ceux qui le rejettent, favorisant plutôt des idées et des valeurs sociales-démocrates. Le contrôle reste finalement entre les mains des marxistes-léninistes, tandis que les réformistes quittent le parti.

Le jugement Figueroa

Ceux qui sont demeurés dans le parti commencent à publier un périodique mensuel appelé The Peoples Voice. Ils présentent aussi des candidats aux élections, mais en petit nombre.

Lors de l’élection de 1993, le parti ne parvient pas à présenter le minimum requis de 50 candidats et se voit retirer son enregistrement par Élections Canada. Furieux, les membres du parti répondent par une poursuite juridique (Figueroa c. Canada), réclamant que soit modifiée la règle des 50 candidats, établie par le gouvernement du premier ministre Brian Mulroney dans les années 1980. Finalement, la Cour suprême du Canada déclare inconstitutionnelle la règle des 50 candidats, un jugement très bien reçu par beaucoup de petits partis politiques canadiens.

Au 21e siècle

Depuis quelques décennies, on assiste à un léger regain d’intérêt à l’égard du Parti communiste et de la Ligue de la jeunesse communiste. Le parti continue à présenter un certain nombre de candidats aux élections générales fédérales, et tient des congrès annuels qui attirent une soixantaine de délégués de toutes les régions du Canada. En 2016, Elizabeth Rowley a été élue chef du parti; elle est la première femme à occuper ce poste.