Histoire géologique

La péninsule qui forme le parc Stanley est le résultat de millions d’années de transformations géomorphologiques. Elle est composée de plusieurs couches de roches plutoniques, volcaniques et sédimentaires et témoigne de la forte influence de la glaciation et du retrait des glaces, caractéristiques de la dernière époque glaciaire. La couche supérieure de la péninsule est composée de dépôts glaciaires et l’affouillement des roches volcaniques exposées est d’ailleurs visible sur la bordure nord-est du parc.

Les éléments géologiques les plus distinctifs de la péninsule sont la pointe Prospect et le rocher Siwash, formés lors d’une éruption volcanique survenue il y a plus de 32 millions d’années. La roche volcanique, plus dure, a résisté à l’action des vagues qui ont érodé le rivage ouest de la péninsule. C’est ainsi que la pointe Prospect est restée à 60 m au-dessus du niveau de la mer et que ce petit piton, le rocher Siwash, s’est détaché au nord-ouest. Ces deux éléments géologiques sont d’importants repères spirituels pour les Salish de la côte.

Autochtones

Avant d’être utilisées comme parc public, les terres du parc Stanley faisaient partie du territoire traditionnel des Premières nations des Salish de la côte qui comptent notamment parmi eux les Musqueam, les Squamish et les Tsleil Waututh. L’occupation de la péninsule du parc Stanley par les Autochtones est très ancienne. Les archéologues y ont en effet trouvé des artefacts vieux de plus de 3 200 ans.

C’est sur cette péninsule qu’a été bâti Whoi Whoi (X̱wáýx̱way), l’un des villages autochtones les plus importants du Lower Mainland, où vivaient des centaines de personnes, près de l’actuelle arche du bûcheron (Lumberman’s Arch). Pendant plusieurs générations, cette communauté a utilisé les ressources locales offertes par la forêt et la mer, parvenant ainsi à construire des maisons et à subvenir aux besoins de familles entières. En 1887, des employés de la Ville détruisent ce qui reste de Whoi Whoi et expulse les résidents pour construire la première route à l’intérieur du parc.

Un petit nombre d’Autochtones et de colons résidents continueront néanmoins à habiter dans le parc jusqu’au 20e siècle. Dans les années 1920, le conseil d’administration du parc gagne finalement une série de procès intentés contre ces résidents et entame les expulsions dans les années 1930. Le conseil permet néanmoins à Tim et Agnes Cummings, deux de ces résidents, de conserver leur maison située dans le parc jusqu’à leur mort, dans les années 1950.

Mise en place d’une réserve

Les colons européens commencent à prendre possession de la péninsule du parc Stanley en 1859, en la déclarant réserve du gouvernement. Le premier commissaire en chef des Terres et des Travaux, Richard Clement Moody, met la péninsule de côté, soi-disant à des fins militaires, mais peut-être aussi pour l’implantation ultérieure d’un site d’exploitation minière du charbon.

Lorsque la Colombie-Britannique rejoint la Confédération en 1871, la responsabilité de la gestion des réserves militaires, dont la péninsule du parc Stanley fait partie, et qui y étaient gérées jusqu’alors par la province, est transférée au gouvernement canadien. Le gouvernement canadien louera plus tard la péninsule à la Ville de Vancouver pour que celle-ci puisse en faire un parc public.

Ouverture et aménagement du parc

Le parc Stanley ouvre au public le 27 septembre 1888, à l’issue d’une cérémonie présidée par le maire et à laquelle sont venus assister les représentants officiels de plusieurs autres villes et de la Province. La Ville met alors sur pied un comité chargé d’administrer et de gérer le parc. Elle mettra plus tard en place un conseil des commissaires du parc, dont les membres sont élus.

Le parc possède à l’époque deux entrées; une entrée principale sur la rue Georgia, où la ville construit une passerelle pour faire passer les piétons de Coal Harbour au parc, et une entrée secondaire au sud-est du parc, au niveau de l’avenue Beach. Une troisième entrée est aménagée plus tard, au 20e siècle, à partir de la rue Nelson. Pour faciliter l’utilisation du parc, la Ville construit une route qui fait le tour de la péninsule. Construite entre novembre 1887 et septembre 1888, cette première route fait plus de 11 km de long et coûtera près de 20 000 dollars à la Ville. Durant la construction, des travailleurs découvrent les restes des habitations autochtones qui se dressaient autrefois sur la péninsule, ainsi que des lieux de sépulture. Les travailleurs utilisent certains des débris pour le revêtement de cette première route. D’autres débris sont envoyés au musée national d’Ottawa et dans les réserves voisines des Squamish et des Musqueam, mais une grande quantité des artefacts ont été perdus ou abîmés.

Durant la fin du 19e et le début du 20e siècle, le conseil d’administration du parc entreprend plusieurs projets de construction de commodités et d’autres infrastructures visant à améliorer l’environnement à des fins esthétiques et récréatives. On voit ainsi apparaître un zoo, une piste d’athlétisme, des bassins d’ornement, des sentiers, des ponts et des plages.

Le conseil introduit également certains animaux et en retire d’autres, toujours dans l’optique de faire du parc un lieu récréatif. À l’époque, l’élimination des corneilles et d’autres « nuisibles » est perçue comme une amélioration de l’environnement. En 1911, le conseil d’administration du parc achète des écureuils gris à une société américaine de vente d’animaux sauvages afin de compléter la population indigène d’écureuils de Douglas. Entre 1910 et 1961, le conseil invite des membres du Vancouver Gun Club à venir tirer les corneilles présentes dans le parc Stanley afin de réduire ce qu’il perçoit comme une nuisance sonore et d’en finir avec le comportement prédateur de ces oiseaux. Les employés du parc aménagent aussi des étangs pour accueillir des canards et des cygnes.

Le projet le plus important dans les débuts du parc Stanley est le réaménagement de l’entrée située sur la rue Georgia et la construction du pont-jetée qui traverse Lost Lagoon. Le conseil lance le projet en 1909, lorsque le vieux pont en bois qui traverse Coal Harbour commence à montrer des signes de pourriture. En 1910, il invite les architectes à soumettre leur projet d’amélioration de l’entrée du parc. Plusieurs projets sont ainsi recueillis, dont celui, ambitieux, du célèbre paysagiste britannique Thomas H. Mawson. Son plan pour Coal Harbour prévoit l’aménagement d’une allée entourée d’édifices et de monuments spectaculaires, construits dans le style néoclassique. Le projet gagne la faveur de la Ville, mais sera rejeté par le conseil d’administration du parc qui voit d’un mauvais œil les dépenses énormes qu’il occasionnerait. Le plan de Thomas Mawson va également à l’encontre de la politique paysagiste édictée antérieurement par le conseil, qui prône le maintien de l’aspect naturel du parc. Le conseil choisit donc plutôt le plan de l’ingénieur de la Ville Frederick L. Fellowes, qui propose de construire une allée simple, sans éléments architecturaux imposants. La Ville achève l’aménagement de l’allée en 1917.

Promenade Seawall

L’ouvrage le plus populaire et le plus endurant du parc Stanley est la promenade Seawall, une allée de 8,8 km aménagée au sommet d’une digue qui fait aujourd’hui le tour de la péninsule. Sa construction a pris plus de la moitié d’un siècle. Elle a débuté en 1914 par l’ajout de plusieurs petites sections successives au niveau de la pointe Brockton et de la plage Second Beach puis s’est terminée en 1971 près de la plage Third Beach. Des centaines d’employés de la Ville, de travailleurs de relève et de travailleurs saisonniers ont participé à la construction de cette digue qui empêche la marée de venir éroder les rives de la péninsule. L’intensification du trafic maritime dans le passage Burrard dans les années 1920 rendant plus critique encore le problème de l’érosion des berges, le conseil d’administration du parc avait demandé une aide à la Ville et au gouvernement canadien pour la construction de cette digue protectrice autour du parc Stanley. Le tailleur de pierres et chef d’équipe James dirigera le projet de 1931 jusqu’à sa mort, en 1963. Aujourd’hui, des millions de visiteurs du parc apprécient de pouvoir parcourir l’allée aménagée sur cette digue à pied, en vélo ou en patins à roues alignées.

Pont Lions Gate

Une route à trois voies, qui relie la rue Georgia au pont Lions Gate, traverse le parc Stanley depuis la fin des années 1930. Sa construction a déclenché une importante controverse politique et donné lieu à deux consultations auprès de l’ensemble des habitants.

Dès le début des années 1890, les promoteurs immobiliers avaient déjà proposé la construction d’un pont au niveau du premier détroit (First Narrows) pour connecter Vancouver aux terres situées sur la rive nord du passage Burrard. Cette idée devra néanmoins attendre les années 1920 avant d’être soutenue par la Ville qui soumet alors le projet de construction présentée par une entreprise privée à une consultation municipale. En 1927, les contribuables de Vancouver rejettent cependant ce projet qui nécessite la construction d’une nouvelle route en plein milieu du parc Stanley.

La situation a évolué dans les années 1930, lorsqu’une autre entreprise privée présente un nouveau projet de construction d’un pont enjambant le détroit First Narrows. La grave crise économique et l’effondrement du pont construit au détroit Second Narrows en 1930 font que les électeurs de Vancouver voient maintenant plus favorablement le projet d’un nouveau pont. En 1933, les contribuables votent et approuvent la construction du pont Lions Gate et de la route qui doit traverser le parc Stanley. À la suite de ce vote favorable, la Ville procède au déboisement d’environ 10 acres de forêt pour le passage de la route. Le pont ouvre officiellement aux piétons et aux automobiles en novembre 1938.

Défenses côtières durant les deux guerres

Au cours des Première et Deuxième Guerres mondiales, les Forces armées canadiennes utilisent une partie du parc Stanley pour la défense du littoral et l’installation de batteries de canons et de projecteurs.

Au début de la Première Guerre mondiale, les Vancouvérois craignent en effet une attaque des Allemands sur la côte Pacifique canadienne. On sait à l’époque qu’un escadron naval allemand est stationné en Chine, et l’on craint qu’il puisse attaquer Vancouver si la ville est laissée sans défense. Deux jours après la déclaration de la guerre à l’Allemagne par la Grande-Bretagne, le conseil d’administration du parc de Vancouver écrit au ministère de la Milice et de la Défense pour lui offrir d’utiliser le parc Stanley à des fins militaires durant la guerre. Les responsables militaires font alors livrer à Vancouver deux canons de quatre pouces et les font installer dans le parc Stanley, sur la falaise qui domine le rocher Siwash. La Marine canadienne garde les canons opérationnels d’août 1914 à juin 1915. Après cette date, elle estime que la ville n’est plus en danger d’être attaquée et elle démantèle les pièces d’artillerie.

Les autorités militaires canadiennes utiliseront le parc Stanley de la même manière durant la Deuxième Guerre mondiale. En août 1939, le ministère de la Défense nationale installe deux canons de défense côtière de six pouces à la pointe Ferguson, dans le parc Stanley, ainsi que des projecteurs positionnés le long de la côte ouest du parc. Les canons demeurent opérationnels jusqu’au début de l’année 1945. La pointe Ferguson et la plage Third Beach restent sous contrôle militaire jusqu’en 1948.

Tempêtes et restauration

Les tempêtes altèrent régulièrement la forêt du parc Stanley. Entre 1900 et 1960, 19 tempêtes frappent ainsi suffisamment violemment le parc pour faire tomber des dizaines d’arbres, voire plusieurs milliers. Au 20e siècle, deux tempêtes notoires ont modifié la forêt du parc Stanley : la première en 1934 et la seconde en 1962, due aux coups de vent associés au typhon Freda. Après la tempête de 1934, le conseil d’administration du parc adopte un plan de restauration consistant à enlever les arbres tombés et à les remplacer par des semis, principalement de Douglas taxifoliés. Ce projet permet de reconstituer les zones boisées touchées, mais une autre tempête ravage le parc en 1962, abattant un nombre encore plus grand d’arbres.

En 2006, une violente tempête terrasse à nouveau des milliers d’arbres dans le parc Stanley. La tempête transforme à ce point le parc que le conseil d’administration du parc doit envisager de nouvelles stratégies pour sa restauration. Un nouveau plan d’aménagement forestier est ainsi adopté en 2010.

Attractions touristiques actuelles

Aujourd’hui, le parc abrite plusieurs des plus grandes attractions touristiques de la Colombie-Britannique. La promenade Seawall, par exemple, attire chaque année dans la ville plusieurs millions de personnes et reste la zone la plus populaire du parc pour les marcheurs, les joggers, les cyclistes et les amateurs de patins à roues alignées.

Depuis 1956, le parc Stanley abrite l’Aquarium de Vancouver, un des sites touristiques les plus visités de la province. Les touristes peuvent y observer une vaste gamme d’animaux aquatiques, allant des oursins aux orques.

Une exposition de mâts totémiques de la côte Ouest est installée dans le parc depuis le début du 20e siècle. L’Art, Historical, and Scientific Association of Vancouver érige la première série de mâts totémiques dans le parc Stanley dans les années 1920, en guise d’attraction touristique. Les mâts proviennent essentiellement des Kwakwaka’wakw, un peuple autochtone du nord de l’île de Vancouver. Aujourd’hui, la collection de mâts totémiques du parc Stanley compte également des œuvres exécutées par des artistes autochtones locaux et elle continue à attirer des visiteurs du monde entier.