Patricia Kathleen (P.K.) Page, poète, écrivaine et artiste des arts visuels (Swanage, Dorset, Angl., 23 nov. 1916 - Victoria, C.-B., 14 janvier 2010). Avec sa famille, P.K. Page quitte l'Angleterre en 1919 et s'installe à Red Deer, en Alberta. Elle fait ses études à Calgary et à Winnipeg, puis étudie les beaux-arts au Brésil et à New York. À la fin des années 1930, elle vit quelque temps à Saint John (Nouveau-Brunswick) et déménage à Montréal au début des années 1940 pour y travailler comme préposée au classement et spécialiste de la recherche historique. Elle fait partie du groupe qui fonde la revue Preview (1942-1945). Ses poèmes paraissent d'abord dans des périodiques et dans Unit of Five (éd. Ronald Hambleton, 1942). De 1946 à 1950, elle travaille comme scénariste à l'Office National du Film. Elle épouse W. A. Irwin en 1950 et vit en Australie, où son mari occupe le poste de haut-commissaire de 1953 à 1964, puis au Brésil et au Mexique, où il est ambassadeur. Elle vit à Victoria, en Colombie-Britannique, à partir de 1964, où elle est une source d'inspiration pour de nombreux jeunes poètes, artistes, romanciers et cinéastes.

Le premier ouvrage de P.K. Page, The Sun and the Moon, est un roman mythique publié en 1944 sous le pseudonyme de Judith Cape (révisé et réimprimé par Margaret Atwood en 1973, avec des récits des années 1940, sous le titre The Sun and the Moon and Other Fictions). En 1987, elle publie un essai intitulé Brazilian Journal, qui est en nomination pour le prix du Gouverneur Général, puis d'autres ouvrages en prose, dont le conte visionnaire Unless the Eye Catch Fire (1994), les recueils de nouvelles A Kind of Fiction (2001) et Up On the Roof (2007) ainsi qu'une réflexion sur l'identité intitulée You Are Here (2008). Elle écrit également un livret pour l'opéra en un acte What Time Is It, Now? (2004). On compte parmi ses œuvres non romanesques deux textes importants sur la poésie : Questions and Images (1969) et Traveller, Conjuror, Journeyman (1970), tous deux publiés dans le journal Canadian Literature. P.K. Page rassemble divers essais dans The Filled Pen: Selected Non-Fiction, un recueil édité en 2007 par Zailig Pollock qui en écrit également l'avant-propos.

Parmi ses recueils de poésie, nommons : As Ten As Twenty (1946); The Metal and the Flower (1954, lauréat du Prix du Gouverneur général dans la catégorie Poésie); Cry Ararat! (1967); Poems Selected and New (1974); Evening Dance of the Grey Flies (1981) et The Glass Air (1985, lauréat du prix décerné par la Canadian Authors Association dans la catégorie Poésie), The Glass Air: Poems Selected and New (1991), Hologram: A Book of Glosas (1994), The Hidden Room (1997), Alphabetical (1998), Alphabetical/Cosmologies (2000), And Once More Saw the Stars: Four Poems for Two Voices, un recueil de poèmes émouvants écrit en collaboration avec Philip Stratford (2001), Planet Earth, Poems Selected and New (2002), édition américaine publiée sous le titre Cosmologies: Poems Selected and New (2003), Hand Luggage: A Memoir in Verse (2006) et The Essential P.K. Page (œuvres choisies par Théa Gray et Arlene Lampert, 2008). Un nouveau livre d'annotations, Coal and Roses, qui paraît en 2009, est en nomination pour un Griffin Poetry Prize. Ses œuvres sont souvent traduites, comme c'est le cas pour le texte bilingue anglais-italien P.K. Page: Rosa dei venti Compass Rose (1998). Page dirige également la publication de l'anthologie de courts poèmes To Say the Least: Canadian Poets from A to Z (1979).

Le poète et critique américain Edward Hirsch décrit Page dans le Washington Post comme un « des plus grands et des plus exubérants poètes canadiens... une auteure festive au regard vif, à l'esprit vif et ouvert et à la sensibilité pleine de compassion ». Page, à propos de sa propre poésie, affirme que « l'idée [pour un poème] s'atténue au point de devenir un point adimensionnel dans mon centre absolu. Si je peux le maintenir stable assez longtemps, l'émotion reliée à ce point est en expansion et occupe un espace plus grand... C'est de cet endroit que je puise mon inspiration, dans ce cercle de lumière ». À sa propre question « L'art, c'est quoi? », elle répond que l'art est un jeu, un engagement spontané dans un univers linguistique empli de pures joies. Mais, sa définition ne s'arrête pas là : « Parfois, j'ai l'impression de vouloir faire une copie exacte de quelque chose qui existe dans une dimension où les significations matérielles sont inadaptées ». C'est cette recherche d'une autre dimension, « Another Space » (un autre espace), comme elle le décrit dans un poème du même titre, qui est au centre de sa vie et de son art pendant ses quarante dernières années; quand elle s'engage dans cette recherche, « une nouvelle voie/s'ouvre comme un œil ».

P.K. Page « n'est pas simplement une citoyenne du monde, mais une citoyenne de la Terre » selon les précisions d'Eric Ormsby dans son introduction de Planet Earth. En effet, dans son conte de 1981, Unless the Eye Catch Fire, elle anticipe le réchauffement climatique. Depuis vingt ans, la poésie de Page célèbre les richesses offertes par notre planète, mais nous rappelle les risques écologiques encourus. Planet Earth est une célébration : « Elle doit être faite brillante, la peau de cette planète/ jusqu'à ce qu'elle brille sous le soleil comme une feuille d'or ». Toutefois, Address at Simon Fraser (1991) rappelle aux étudiants du troisième cycle universitaire l'importance de l'art pour lutter contre le réchauffement climatique. « Si nous ne nous contentons pas d'attendre » insiste-t-elle, « une œuvre d'art/ peut cogner, frapper et entrer dans notre âme/ et nous réorienter - toutes nos molécules -/ afin de nous réassembler en un tout ». Elle affirme que nous devons renouer avec la nature, mais que le temps presse. Le poème se termine en émettant un avertissement : « L'art et la planète nous disent : Changez votre vie ».

Page publie huit livres pour enfants, divertissants et parfois profonds : A Flask of Sea Water (1989), The Travelling Musicians (1991), The Goat that Flew (1993), A Grain of Sand (2003), A Brazilian Alphabet for the Young Reader (2005), Jake, the Baker, Makes a Cake (2008), The Old Woman and the Hen (2008) et There Once Was a Camel (2008). Elle écrit également l'épilogue de Wisdom from Nonsense Land (1991), un livre de poésie pour enfants écrit par son père et illustré par sa mère.

Pendant son séjour au Brésil, Page commence à dessiner et à peindre. Les œuvres complexes et magnifiques, qu'elle signe P.K. Irwin sont largement exposées et reproduites dans plusieurs de ses livres. Ses créations artistiques sont exposées au Musée des Beaux-Arts du Canada, au Musée des Beaux-Arts de l'Ontario, au Art Gallery of Greater Victoria et aux Winchester Galleries à Victoria. Les œuvres de Page ainsi que celles d'autres artistes sont présentées dans Mimmo Paladino/P.K. Page: Works on Paper Inspired by the Poetry of P.K. Page (1998).

P.K. Page est récipiendaire de nombreux prix, dont le Oscar Blumenthal Award for Poetry (1944, Chicago), le Prix du Gouverneur général en poésie (1954), le Terasen Life Time Achievement Award (2004, renvoyé) et le prix du lieutenant-gouverneur pour l'excellence littéraire (2004). L'Office national du film du Canada réalise un film sur sa poésie intitulé Still Waters-The Poetry of P.K. Page (1991). De plus, le Malahat Review (1996) et le Journal of Canadian Studies (2004) présentent certaines de ses œuvres dans des numéros spéciaux. Un colloque traitant de son œuvre, « Extraordinary Presence: The Worlds of P.K. Page », est organisé à l'Université Trent en 2002. Également, une collection complète de ses œuvres montée sous la direction des rédacteurs généraux Zailig Pollock, Sandra Djwa et Dean Irvine est en voie d'être publiée. Page est récipiendaire de huit diplômes honoris causa et de l'Ordre de la Colombie-Britannique. Elle est membre de la Société Royale du Canada et Compagnon de l'Ordre du Canada.