Territoire et population

Les territoires traditionnels des Hupacasath englobaient le bras Alberni, la rivière Somass et les lacs Sproat et Great Central en Colombie-Britannique. Leurs territoires comprennent également des zones montagneuses, notamment la montagne Hannah, le mont Arrowsmith, le mont Spencer, le pic 5040, le mont Chief Frank et la montagne Big Interior.

Aujourd’hui, les Hupacasath vivent principalement dans la réserve Ahahswinis, près de Port Alberni. La population enregistrée de cette nation nuu-chah-nulth, qui contrôle approximativement 232 hectares de terres de réserve, s’élève à 329 personnes, dont plus de la moitié vivent en dehors de la réserve.

Territoire traditionnel des Hupacasath.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Vie traditionnelle

Les Hupacasath vivaient jadis en petites bandes constituées d’un petit nombre de familles. Ils chassaient et se déplaçaient ensemble, en fonction des saisons et des mouvements migratoires de certains animaux. Le wapiti et le cerf étaient particulièrement importants pour leur subsistance, mais les Hupacasath pêchaient également le saumon et cueillaient des baies et des végétaux pour compléter leur alimentation.

Historique de l’organisation sociale

Les Hupacasath formaient jadis trois bandes parlant le salish : les Muh-uulth-ant, les Kleh-koot-aht et les Cuu-ma-as-aht. Les Muh-uulth-ant – mot qui signifie « les gens du lieu où il y a une montagne avec un versant brûlé », vivaient dans les régions entourant le lac Great Central. Les Kleh-Koot-aht vivaient où se trouve aujourd’hui Port Alberni et dans les alentours du lac Sproat. Selon les Hupacasath, les voisins des Kleh-Koot-aht le long des rives du lac Sproat étaient les Cuu-ma-as-aht, qui occupent toujours leur village principal, près de l’actuelle ville de Port Alberni.Les Cuu-ma-as-aht et les Kleh-koot-aht fréquentaient aussi la région autour d’Ahahswinis, qui signifie « dégagé au milieu ».

Après une période de guerres avec les Tseshaht, les bandes établissent toutes des relations pacifiques entre elles grâce aux mariages entre groupes et une nouvelle division du territoire, selon laquelle les Tseshaht revendiquent la plus grande partie de la rivière Somass. Les guerres et les contacts avec les Tseshaht, ainsi que les maladies, ont cependant diminué de manière significative la population des Hupacasath qui finissent par adopter la culture des Nuu-chah-nulth. Les Muh-uulth-ant, Kleh-koot-aht et Cuu-ma-as-aht finissent par fusionner pour ne plus former qu’une seule communauté, sous l’autorité de Kanaawis – un grand chef de guerre.

Culture

Les Nuu-chah-nulth ont une riche culture cérémonielle, caractérisée par l’organisation de festins et d’activités telles que des chants, des danses, des concours et des représentations théâtrales (voir Potlatch). Les Nuu-chah-nulth sont également réputés pour leurs magnifiques objets en bois, notamment leurs canots, leurs mâts totémiques, leurs maisons multifamiliales et bien d’autres produits fabriqués à la main à partir du bois de cèdre (voir Art autochtone de la côte nord-ouest). Ron Hamilton est un artiste hupacasath célèbre. Il fait son apprentissage auprès du sculpteur kwakwaka’wakw réputé Henry Hunt et utilise toute une variété de matériaux, notamment l’ivoire, l’or, le bois et l’ardoise.

Le lac Klehkoot est un endroit qui a une importance spirituelle pour les Hupacasath. Des motifs incrustés dans la roche le long de la rive nord du lac (les « K’ak’awin ») sont aujourd’hui protégés par la Province de la Colombie-Britannique. Les chamans organisaient des rituels sur le lac pour aider les gens ayant des problèmes de santé (en particulier de fertilité) et dans leurs activités quotidiennes, telles que la chasse. (Voir aussi Autochtones : religion et spiritualité.)

Langue

Les Hupacasath parlent leur propre dialecte de nuu-chah-nulth (nuučaan̓uɫ), qu’ils appellent simplement hupacasath (hupačasatḥ). Cette langue est extrêmement menacée. En 2015, on ne comptait que cinq personnes qui parvenaient à peu près à comprendre et à s’exprimer dans cette langue, et près de huit personnes qui l’apprenaient. Les politiques coloniales – en particulier les pensionnats indiens – ont érodé et dans certains cas fait disparaître les langues autochtones. La nation hupacasath a mis sur pied un programme linguistique qui vise à préserver et à redonner vie à leur langue. (Voir aussi Nuu-chah-nulth : langue et Familles des langues autochtones de la côte du Nord-Ouest.)

Religion et spiritualité

Le système de croyances nuu-chah-nulth est centré sur l’existence d’un créateur et d’esprits dont les pouvoirs peuvent être utilisés pour amener la paix et porter chance à la communauté. Les Nuu-chah-nulth croient que toute forme de vie est associée à un esprit, et qu’elle doit donc être respectée et appréciée. Les chamans se chargeaient de la santé spirituelle des gens en pratiquant la médecine traditionnelle et en organisant des rituels visant à guérir des maladies et à rétablir l’équilibre spirituel.

Histoire coloniale

Forcés de rejoindre les réserves à la fin du 19e siècle, les Hupacasath ont été contraints d’assimiler la culture chrétienne des Blancs par l’intermédiaire de politiques et de programmes fédéraux tels que la Loi sur les Indiens et les pensionnats indiens. La culture Hupacasath a néanmoins survécu, malgré ces périodes sombres de l’histoire du Canada.

Droits et batailles judiciaires

Le 9 septembre 2012, le Canada annonce qu’il a signé une entente avec la Chine pour améliorer les relations d’investissement entre les deux pays (il s’agit officiellement de l’Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement de la République populaire de Chine concernant la promotion et la protection réciproque des investissements). L’accord stipule qu’une violation de ses termes peut entraîner des poursuites devant un tribunal arbitral et possiblement des compensations financières. La nation hupacasath a fait valoir qu’elle aurait dû être consultée avant la signature de cet accord :

…l’Accord modifie le paysage en incitant le Canada à agir de façon à ne pas contrevenir à l’Accord afin d'éviter toute condamnation pécuniaire. Selon l'appelante, le Canada pourrait en conséquence agir d'une manière qui lui cause préjudice et porte atteinte à ses intérêts.

Le 9 janvier 2015, la Cour d’appel fédérale statue dans l’affaire Première Nation des Hupacasath c. Canada (Affaires étrangères et Commerce international Canada) que le Canada n’était pas obligé de consulter les Hupacasath. Les Hupacasath et d’autres nations autochtones continuent néanmoins à se battre pour faire reconnaître leurs droits fonciers sur leur territoire traditionnel et leur droit à l’autodétermination.

Vie contemporaine

Les Hupacasath travaillent dans divers secteurs de développement, notamment la foresterie, la pêche et la production d’électricité. En juillet 2012, ils signent une entente avec la Province de la Colombie-Britannique aux termes de laquelle ils obtiennent un accès accru au bois et qui leur ouvre donc de nouvelles possibilités de développement économique et de création d’emplois. En collaboration avec le ministère fédéral des Pêches et des Océans, les Hupacasath ont également développé une entreprise de pêche commerciale. En décembre 2005, Upnit Power Corporation, qui opère sur le territoire des Hupacasath, commençait à produire suffisamment d’électricité pour 6 000 habitations. Parallèlement à d’autres initiatives économiques, les Hupacasath ont également mis sur pied une entreprise de production de sirop d’érable baptisée Kleekhot Gold. Le sirop est produit localement à partir des érables de Kleekhoot.

Les Hupacasath forment une des 14 nations représentées par le Conseil tribal des Nuu-chah-nulth, une association fondée en 1958 qui offre divers services aux près de 9 500 membres enregistrés, notamment des services de protection de l’enfance, d’éducation, de formation à l’emploi et d’autres initiatives socioéconomiques visant à soutenir la santé et le développement.