Les Premières Nations nuu-chah-nulth et le territoire traditionnel

Territoire traditionnel nuu-chah-nulth.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Quand le capitaine James Cook rencontre les Nuu-chah-nulth pour la première fois en 1778, il présume à tort qu’ils appartiennent tous à la même tribu. En effet, les divers groupes nuu-chah-nulth ont beaucoup en commun, dont des traditions, des langues et des aspects culturels. Ils sont divisés en familles ou en nations de chef. Chaque nation est constituée de plusieurs groupes locaux et est dirigée par un chef héréditaire appelé ha’wiih. Chaque groupe occupe un territoire de chef, ou ha’houlthee, où il puise les ressources nécessaires à sa subsistance.

De nos jours, le ha’houlthee des Premières Nations nuu-chah-nulth occupe environ 300 km sur la côte Pacifique de l’île de Vancouver entre la péninsule de Brooks au nord et Point-no-Point au sud et comprend des terres vers l’intérieur de l’île. Il existe à l’heure actuelle 14 Premières Nations nuu-chah-nulth divisées en trois régions : la région sud (Ditidaht, Huu-ay-aht, Hupacasath, Tse-shaht (Sheshaht), Uchucklesaht); la région centrale (Ahousaht, Hesquiaht, Tla-o-qui-aht, Toquaht, Ucluelet (Yuu-cluth-aht); et la région nord (Ehattesaht, Kyuquot/Cheklesaht (Chicklisets), Mowachat/Muchalaht and Nuchatlaht).

Réserves

Les Nuu-chah-nulth n’ont jamais renoncé à leurs terres. Cela n’empêche pas le gouvernement canadien de créer de petites réserves sur l’île de Vancouver vers la fin du 19e siècle. Les restrictions placées sur la chasse et la pêche, dont l’interdiction des barrages à saumon dont ils tiraient une part importante de leurs pêches, privent les Nuu-chah-nulth de leur riche base économique traditionnelle. Au fil des ans, plusieurs nations nuu-chah-nulth ont entamé des négociations avec le gouvernement de la Colombie-Britannique et le gouvernement canadien portant sur les revendications territoriales et les droits sur les territoires traditionnels.

Vie traditionnelle

Les Nuu-chah-nulth sont des chasseurs-cueilleurs qui vivent surtout de la pêche. Les poissons, surtout le saumon et le flétan, les mammifères marins et les crustacés composent l’essentiel de leur diète, qu’ils complètent avec du gibier (volaille, cerf, wapiti et ours) et divers produits végétaux. Leurs expéditions de chasse voyagent en hiver et au printemps, se déplaçant dans de grands canots entre les camps et les criques où ils s’arrêtent pour chasser et pêcher avant de rentrer chez eux.

Société

La société nuu-chah-nulth est une hiérarchie comptant trois classes principales: les nobles, les roturiers, et les esclaves. Les chefs, qui appartiennent à la noblesse, gouvernent chaque communauté et doivent prendre d’importantes décisions politiques et économiques au nom de leur peuple. Les familles sont organisées selon un modèle hiérarchique assez semblable qui fait des chefs de famille les responsables de la protection et du bien-être des membres de leur famille.

Relations intertribales

Les relations avec les autres peuples autochtones de la côte nord-ouest du Pacifique sont la plupart du temps amicales, surtout avec les Kwakwaka’wakw, une nation appartenant au même groupe linguistique et culturel habitant le nord-ouest de l’île de Vancouver. Leurs relations avec leurs voisins à l’est et au sud des territoires des Nuu-chah-nulth, les Salish côtiers, sont plus tendues à cause de différences culturelles. Cela n’empêche toutefois pas le commerce et le mariage entre ces diverses nations.

Population

En 1830, plus de 90 % de la population nuu-chah-nulth a été tuée par les maladies introduites par les Européens comme la malaria et la variole, et par les troubles culturels qui ont suivi l’arrivée des Occidentaux et le commerce avec eux. L’acquisition d’armes à feu intensifie les conflits, et certaines tribus comme les Machl-'ath, les 'O:ts'o:s'ath et les T'ok'wa:'ath sont presque exterminées par des tribus mieux armées comme les Mowachaht, les 'A:ho:sath et les Tla'o:kwi'ath. On estime qu’il y a 30 000 Nuu-chah-nulth avant l’arrivée des Occidentaux. Dans les années 1930, il en reste environ 2 000. En 2014, le nombre de Nuu-chah-nulth inscrits s’élève à 4 606 selon le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Culture

D’un point de vue historique, la cérémonie occupe une place capitale dans la culture nuu-chah-nulth, caractérisée par des festins accompagnés de spectacles de chants, de danses, de concours et de performances théâtrales (voir Potlatch). Le rituel du loup, qui se déroule durant l’hiver, est une célébration assez complexe organisée par une société secrète portant sur l’héroïsme, la vie et la mort, et les enseignements des anciens. Une autre cérémonie hivernale importante est le rituel de guérison. Surtout pratiqué par les peuples nuu-chah-nulth du Centre et du Sud, ce rituel vise à guérir une personne malade par l’interprétation de certains chants.

Les Nuu-chah-nulth sont aussi renommés pour leur façon exceptionnelle de travailler le bois, dont les canoës, les mâts totémiques, les maisons multifamiliales et d’autres produits qu’ils fabriquent à la main à partir de cèdre de première qualité (voir Art autochtone de la côte nord-ouest).

Chasse à la baleine

La chasse à la baleine occupe une place importante dans l’histoire des Nuu-chah-nulth. Car en plus de son importance économique, la chasse à la baleine joue un rôle essentiel tant sur le plan culturel que spirituel. Sa prépondérance est reflétée dans les légendes et les chants, dans les noms famille et de lieux. À Yuquot, le sanctuaire des baleiniers est une structure rituelle ressemblant à une maison où ont lieu les préparations spirituelles qui précédent les chasses à la baleine. Suite à une transaction controversée et d’une légalité douteuse au début du 20e siècle (voir George Hunt), le sanctuaire et son contenu sont désormais la propriété du Musée américain d’histoire naturelle de New York. Les anciens propriétaires du sanctuaire, le peuple mowachaht, continuent de faire campagne pour sa restitution. Le sanctuaire, et les efforts des Mowachahts visant à le récupérer, sont le sujet du film The Washing of Tears (Hugh Brody, 1994).

Langue

Sur le plan linguistique, le nuu-chah-nulth (nuučaan̓uɫ) et le kwak’wala constituent les deux branches principales de la famille wakashane. La langue nuučaan̓uɫ compte au moins trois dialectes reconnaissables, tous limités à la côte ouest de l’île de Vancouver : le nuu-chah-nulth du nord, parlé entre la péninsule de Brooks et le détroit de Kyuquot; le nuu-chah-nulth du centre, parlé entre le détroit de Kyuquot et le détroit de Clayoquot; et le barkley, parlé dans les zones à l’intérieur et autour de la péninsule de Barkley. Certains linguistes considèrent aussi le makah et le nitinat comme des dialectes du nuu-chah-nulth, mais les spécialistes des langues wakashanes ne sont pas encore arrivés à un consensus concernant leur classification linguistique. Le nuu-chah-nulth est une langue menacée : en 2011, seules 320 personnes identifient le nuu-chah-nulth comme étant leur langue natale. (Voir aussi Familles des langues autochtones de la côte du nord-ouest; Langues autochtones au Canada.)

Religion et spiritualité

Le système de croyances des Nuu-chah-nulth repose sur un créateur et des esprits dont les pouvoirs peuvent être utilisés pour apporter la paix et le bonheur. Les Nuu-chah-nulth croient que toutes les formes de vie possèdent un esprit et devraient par conséquent être respectées et appréciées. Les chamans assuraient la santé spirituelle des gens en pratiquant des médecines traditionnelles et des rituels de guérison pour guérir les maladies et pour rétablir l’équilibre de l’esprit.

Récits des origines

Les récits et légendes des Nuu-chah-nulth parlent de leur passé et cherchent aussi à transmettre les connaissances ancestrales sur la vie et la culture aux générations futures. La plupart des récits de la création parlent du Créateur qui a créé la terre, l’eau, les créatures et les gens. Les récits nuu-chah-nulth ont aussi tendance à présenter des personnalités culturelles importantes comme le corbeau et le vison qui aident les gens à s’adapter à leur environnement. (Voir aussi Symbolisme du corbeau.)

Les récits nuu-chah-nulth sur l’origine du monde varient d’une nation à l’autre. Une version parle du temps où il n’y a pas de soleil, une ère sombre durant laquelle on conserve la lumière en sûreté dans une boîte gardée par un grand chef parfois appelé le vieux pêcheur. Deuxièmement, le corbeau veut cette lumière et tente de la libérer par divers moyens. Un jour, il se transforme en feuille et se retrouve dans la tasse de thé de la fille du grand chef. Elle mange accidentellement la feuille et elle donne naissance au fils du corbeau en temps voulu. Troisièmement, le corbeau qui vient de renaître demande au grand chef, qui est maintenant son grand-père, de regarder la boîte de lumière. Il accepte finalement et ouvre la boîte, libérant ainsi la lumière. Le fils du corbeau se transforme à nouveau, cette fois-ci tel qu’il était à l’origine. Il vole haut dans le ciel, transportant la lumière avec lui. Le fils du corbeau place la lumière dans le ciel, créant ainsi le soleil qui brille pour nous tous.

Histoire coloniale

L’explorateur espagnol Juan José Pérez Hernández rencontre les Nuu-chah-nulth pour la première fois en 1774 alors qu’il traverse le détroit de Nootka. Les marins font commerce avec les Autochtones le 9 août, leur offrant des coquilles d’ormeaux de Californie. Cependant, les Espagnols se contentent d’un bref séjour dans la région et ne revendiquent aucune terre.

En 1778, le capitaine britannique James Cook jette l’ancre près du village de Yuquot sur l’île de Nootka. Malgré quelques incidents isolés, l’explorateur anglais et son équipage s’entendent bien avec les habitants de Yuquot, qui leur donnent de précieuses peaux de loutre de mer et reçoivent en échange divers objets en métal comme demandé.

Entre 1789 et 1794, les Nuu-chah-nulth sont impliqués dans la controverse du détroit de Nootka, une sévère dispute entre les Espagnols et les Anglais concernant le contrôle du détroit de Nootka. Chef Maquinna, le chef de la nation mowachaht, profite de la situation pour manipuler les belligérants et s'assurer qu'aucun des deux ne prenne trop vite le dessus. La dispute entre l’Espagne et la Grande-Bretagne est résolue au cours des années 1790 avec les accords de Nootka, par lesquels l’Espagne abandonne ses revendications sur la côte nord-ouest du Pacifique.

Cependant, les interactions entre Européens et Autochtones ne sont pas toujours aussi cordiales. En mars 1803, le chef Maquinna et ses hommes capturent le Boston, un navire de commerce américain. Ils tuent le capitaine et presque tout son équipage, n’épargnant que deux hommes qu’ils réduisent à l’esclavage. Lors d’un autre incident en 1811, le navire de commerce Tonquin explose dans le détroit de Clayoquot après avoir été capturé par les Tla-o-qui-aht, qui voulaient venger une insulte commise par son capitaine.

Dans les années 1900, la présence croissante de colons européens sur les terres des Nuu-chah-nulth les force à se reloger dans les réserves créées par le gouvernement. Les politiques assimilationnistes fédérales, y compris la Loi sur les Indiens et les pensionnats, érodent la culture et le mode de vie traditionnel des Nuu-chah-nulth. Ces derniers continuent à œuvrer pour préserver et revitaliser leur langue, leur culture et leur spiritualité.

Vie contemporaine

Fondé en 1958, le Conseil tribal nuu-chah-nulth (anciennement la West Coast District Society of Indian Chiefs) offre divers services à environ 9 500 membres inscrits, y compris l’aide à l’enfance, l’éducation, la formation à l’emploi et d’autres programmes socio-économiques qui soutiennent la santé et le développement.

Les Nuu-chah-nulth sont activement impliqués dans la protection et la promotion de leurs droits de chasser et de pêcher sur leur territoire traditionnel. Le 2 juillet 2013, la Cour d’appel de la Colombie-Britannique statue en faveur des droits de pêche commerciale des Nuu-chah-nulth, qui ont été une pomme de discorde entre la province et les Nuu-chah-nulth. Cependant, davantage de négociations avec le gouvernement fédéral, et particulièrement avec le ministère des Pêches et des Océans, devraient avoir lieu.

Les Nuu-chah-nulth sont aussi à la recherche de l’autonomie gouvernementale. En 2011, des bandes nuu-chah-nulth, connues sous le nom des Premières Nations Maa-nulth, deviennent autonomes. Elles négocient le deuxième traité moderne avec le gouvernement de la Colombie-Britannique, qui offre aux Maa-nulth 73 millions de dollars sur 10 ans et 24 550 hectares de terres visées par un règlement, en plus des autres financements et paiements annuels.