Nordicité

Le concept global de « nordicité », créé à partir de 1960, fait référence à l'état perçu, réel, vécu et même inventé de la zone froide à l'intérieur de l'hémisphère boréal. Il s'intéresse à tous les thèmes tant naturels qu'humains pouvant conduire à la compréhension intégrée des faits, idées et interventions dans les hautes latitudes. La démarche, qui dépasse le pur acte intellectuel, envisage la venue d'applications technologiques concernant, par exemple, l'habitabilité et s'attend à ce que l'individu évalue ses propres activités. La nordicité, plutôt que d'être un champ sectoriel, considère en bloc tout le Nord et le tout du Nord. L'outil de recherche ne déclasse pas les approches analytiques des sciences afférentes : climatologie (voir CLIMAT), BIOGÉOGRAPHIE, sciences du comportement, économie politique et autres. Des dictionnaires français et anglais considèrent le mot comme canadianisme.

Ici, on n'applique qu'au territoire canadien la dimension circumterrestre de la nordicité.

La nordicité historique

Les variations dans l'intensité de la notion de Nord concernent deux périodes. La première répond à une amplitude millénaire, la seconde à l'évolution de la colonisation depuis le XVIIe siècle.

Même si l'on demeure insuffisamment informé et réduit à de fragiles hypothèses, il existe une paléonordicité. Par diverses méthodes de datation et autres documents, des chercheurs révèlent la température et les cultures des siècles anciens. Ainsi, des années 400 à 700 jusqu'à 1300 à 1500, le climat de la zone nordique apparaît moins froid que celui de la période antérieure et celui de la période postérieure (jusque vers 1875). Vers l'an 1000, les Vikings, courageux et habiles navigateurs, profitent de la décélération du refroidissement pour atteindre les côtes occidentales de l'Atlantique (au lieu historique de L'Anse aux Meadows à Terre-Neuve).

Il semble y avoir plus. Les parties du pays près de l'Alaska portent les étonnants témoignages de cartographes comme Mercator en 1595. Comment, sans ne rien en connaître, ces savants européens auraient-ils pu mentionner la « Bergi regio » (les Cordillères), tracer le détroit d' « Anian » (Béring) entre l'Asie et l'Amérique, de même que dessiner le delta du Mackenzie bien là où il est, juste au nord du cercle Arctique? Le Nord-Ouest du Canada est connu à partir du Pacifique, sans faire référence aux migrations terrestres de peuples asiatiques, il y a environ 12 000 ans. Ces pénétrations en Amérique doivent également profiter des périodes avantageuses du point de vue de l'environnement.

L'avenir dira si le réchauffement actuel qui aurait des conséquences contradictoires appartient à une tendance à long terme.

À l'échelle d'une génération, les frontières duPERGÉLISOL ou de la taïga ne se modifient guère; par contre, celles du peuplement, des mentalités et des productions économiques peuvent connaître des mouvements significatifs. À l'âge des découvertes, surtout à cause de la rigueur hivernale, le Canada et Terre-Neuve sont considérés, pays nettement froids. Plus tard, « au cours de la période qui suit la Confédération, tout ce qui se trouve au-delà du lac Nipissing en Ontario est qualifié de Nord », selon l'historien M. Zaslow. Quant à l'intérieur de la péninsule du Québec-Labrador, il est désenclavé par l'extraction du fer. D'après un indice (voir plus loin), le nombre des « valeurs polaires » décroît de 533 qu'il était en 1941, à 295 seulement quinze ans plus tard.

Le peuplement, attiré par le développement, provoque donc une dénordication. Par contre, la fermeture des mines régionales fait remonter les valeurs qui, actuellement, se fixent à 340. D'autres villes vivant des ressources disparaissent aussi, telles Uranium City en Saskatchewan et Gagnon au Québec.

En 1881, et même plus tard, les statistiques fournissent des données démographiques incomplètes, surtout en ce qui concerne les Autochtones.

En moins d'un siècle, la masse démographique officielle s'est donc multipliée par sept. L'espace actuel, surtout le Moyen Nord (voir plus loin), est occupé par des immigrants de naissance canadienne ou autre, mais ces derniers le font d'une façon sporadique tant dans le temps que dans l'espace. Le mouvement est déjà amorcé, lors de la première année-repère, celle de 1881. Alors, la future province de Terre-Neuve - Labrador rassemble plus de la moitié des non-autochtones à l'intérieur de ce qui est aujourd'hui le Nord canadien. Par la suite, on trouve des pelotons de 8 000 à 10 000 nordistes au Manitoba, dans les Territoires du Nord-Ouest, au Yukon (Klondike), en Ontario et au Québec.

Au cours du XXe siècle, le peuplement progresse. De 1911 à 1941, se modifie de nouveau la hiérarchie des aires septentrionales par l'exploitation minière ainsi que les développements agricoles; l'Alsama (acronyme pour Alberta - Saskatchewan - Manitoba) devient la principale mégarégion avec 50 p. 100 des habitants de tout le Nord du pays. En 1971, l'Alsama, toujours en tête, est suivi des deux territoires. Quant aux trois principales provinces, elles ne rassemblent que 22 p. 100 de la population nordique du pays. L'urbanité et la recherche du plus long été possible semblent y étouffer l'appel du Nord. En fait, les aires septentrionales continuent de reflèter les conjonctures pan-canadiennes, tout en désirant évoluer selon leurs voies propres.

Les développements économiques et démographiques de même que les changements climatiques provoquent une diminution générale de la sévérité du Nord. En conséquence, au cours des 125 dernières années, la frontière méridionale « remonte » de quelques centaines de kilomètres alors que la nordicité spatiale moyenne diminue d'environ 25 p. 100.

La nordicité des lieux

Les définitions du Nord sont fonction des critères choisis. Au début, l'Arctique est considéré comme un espace de nuit ou de jour polaire, de gel du sous-sol ainsi que d'absence d'arbres (au-delà de la « Tree Line »). Venu de la géographie globale, un indice de nordicité permet d'évaluer le niveau de tout lieu de la zone froide et d'identifier les composants qui contribuent le plus ou le moins à cet état. L'indice interroge dix critères appartenant à trois groupes : une variable de localisation minimale (le 45e degré de latitude), cinq critères d'ordre naturel (tel, le froid) et quatre d'ordre humain (la population). Selon une échelle graduée, pour chacun des dix facteurs, sont prévus de 0 à 100 « valeurs polaires » ou vapos. Le total des dix produit un maximum de 1000 vapos, atteint au Pôle. Les calculs de base sont valables pour 1965. Par cette méthode, on exprime le Nord comme entité plurifactorielle.

Cette simple évaluation aide aussi à délimiter la frontière sud du Nord qui, auparavant, était fixée à partir d'un seul facteur : température de juillet, cercle Arctique, 60e degré de latitude, fin des terres fermes. Or, de part et d'autre de l'isonord 200 vapos (l'isonord est un trait cartographique qui rejoint des points d'égale valeur, tout comme l'isotherme en météorologie), la nordicité locative augmente fortement, ce qui indique une rupture fondamentale entre le Nord et le Sud de l'espace canadien. Ce seuil significatif (il faut 200 vapos pour être dans le Nord) contourne par le Sud le Long Range de Terre-Neuve, la basse côte Nord et la Minganie, passe au nord de la dépression du Saguenay (Québec) et du lac des Bois (Ontario). Au Manitoba, la frontière traverse le lac Winnipegosis et, en Saskatchewan, elle atteint le lac de Montréal. En Alberta, elle se situe au nord de l'aire agricole de la rivière de la Paix et des combustibles de Fort St. John. En Colombie-Britannique, les Cordillères compliquent l'évaluation de la nordicité spatiale : alors que des poches de gélisol annuel se logent sous des sommets méridionaux de la province, un climat tempéré peut baigner la partie aval des vallées septentrionales. En tenant compte des étalements et des étagements, c'est entre les 54e et 57e degrés de latitude que se situerait la limite de ce Nord provincial. Quoi qu'il en soit, d'un bout à l'autre du Canada, la frontière suggérée est constituée, non d'un trait fin, mais d'une bande festonnée de terres et d'eaux, large de quelques dizaines de kilomètres.

Quant à l'autre extrémité du Nord, par décision gouvernementale pour fins de protection environnementale, elle se fixe à « 200 milles marins » au large des côtes.

Ainsi, le Nord canadien rassemble les parties septentrionales de sept provinces, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest, le Nunavut, l'Inuvialuit ainsi que les espaces sous juridiction fédérale. « Cette fragmentation politique du Nord gêne l'élaboration d'une planification commune », écrit W.C. Wonders en 1998. Quoi qu'il en soit, en ajoutant les eaux marines intérieures et périphériques, tous les morceaux nordiques en viennent à occuper plus de 70 p. 100 du « territoire de responsabilité » de tout le Canada. Cette appréciation nous semble plus signifiante que les 39 p. 100 officiels qui ne correspondent qu'aux étendues terrestres et d'eaux douces des territoires.

En 1999, à l'intérieur de cette immense zone (au tiers hydrographique), la population totale peut compter 500 000 habitants, masse démographique faible, mais non déclassée par celles de l'Alaska et de l'Islande. Depuis le milieu du XXe siècle, un fort accroissement du nombre d'autochtones ainsi qu'une certaine immigration suite aux développements gouvernementaux (Yellowknife, 1967) et économiques (combustibles, hydro-électricité, forêts, mines, services) favorisent l'augmentation démographique. Le Québec-Labrador, le Yukon ainsi que les Territoires-du-Nord-Ouest connaissent des taux de croissance élevée.

Comparée à la nordicité du Norden (Finno-Scandinavie) et même à celle de la Russie du Nord, celle du Nord canadien est plus sévère, ce qui n'y favorise pas le peuplement.

Zones nordiques du Canada

Les espaces politiques autochtones sont transzonaux. Le Nunavut (au nord-est et au centre) et l'Inuvialuit (au nord-ouest) chevauchent l'extrême Nord et le Grand Nord alors que le territoire de la Convention au Québec le fait au Grand Nord et au Moyen Nord.

Quelques autochtonymes correspondants : Iqaluit (Frobisher Bay). Iqaluktuuttiaq (Cambridge Bay). Qausuittuq (Resolute). Sòmbak'è (Yellowknife). Tthebachaghé (Fort-Smith).

La nordicité zonale

Dans le Nord canadien, la présence de plusieurs centaines de petites agglomérations réparties dans un territoire plus grand que l'Europe donne l'impression de microcosmes vivant en paraposition; en fait, au moins par les télécommunications et les services aériens, les petites communautés et les agglomérations sont reliées entre elles de même qu'avec le puissant Sud du pays.

D'autres types de liens existent. L'idée que les peuplements dispersés fassent partie de larges bandes existe déjà dans divers ouvrages dont ceux de Joseph Bouchette en 1832. La géographie régionale n'est pas seule à classer le territoire en zones d'orientation est-ouest : les divisions thématiques entre la taïga et la toundra, entre le subarctique et l'Arctique, entre le pack saisonnier et le pack permanent, entre les aires à éclairage partiel et éclairage total, entre les écoumènes indiens et inuits reflètent d'autres différenciations spatiales emboîtées. Les répartitions sous-zonales du Nord montrent trois méga-espaces dont les limites ne suivent pas non plus les latitudes.

Le Moyen Nord

Limitée par les isonords 200 vapos (au sud) et 500 vapos (au nord), la région est climatiquement subarctique. Elle s'étire du Labrador au Yukon et comprend de nombreux lacs, boisés et étangs figurés. Le Moyen Nord s'étend au-delà du Pré Nord qui, lui, marque la fin du Canada méridional. Économiquement, après avoir été le royaume des fourrures, il est devenu le lieu de poussées d'exploitation verticales, venues du Sud (les lancers pionniers) en vue de la production de l'hydro-électricité (Churchill, Terre-Neuve - Labrador) et de l'exploitation des matières premières (à Thompson, au Grand lac des Esclaves). Le Moyen Nord regroupe environ 90 p. 100 de tous les habitants de la zone nordique nationale. Le territoire est provincial dans une proportion de plus de 80 p. 100, fait qui a longtemps été insuffisamment perçu en politique, autochtonie et occasions de développement. Exemples de nordicité mi-nordique : Long Range à Terre-Neuve, 474 vapos; Dawson City, 435 vapos; Yellowknife (Sòmbak'è), 390 vapos; Cassiar en C.-B., 377 vapos; Fort-Smith (Tthebachaghé), 343 vapos; Hay River (Katlo Dehé), 320 vapos; croisement de la latitude 51 et de la longitude 54 dans la mer du Labrador, 297 vapos; Red Lake en Ontario, 220 vapos.

Le Grand Nord

L'indice nordique s'y établit de 500 à 800 vapos. Des facteurs naturels comme la limitation de la chaleur estivale, la dénudation du paysage, la présence inuite et la rareté des grandes exploitations (la plus éloignée étant Polaris) montrent une situation holistique toute autre que la précédente. Biogéographiquement, le Grand Nord est arctique. En partie océanique, il permet la pénétration estivale des navires de ravitaillement, événement saisonnier longtemps caractéristique des interventions sudistes, privées ou gouvernementales. En 1999, puisque sur un quart des terres canadiennes vivent moins de 60 000 habitants permanents, l'écoumène d'exploitation et de services est extensif. Le Grand Nord est très déficitaire au plan des finances publiques. Les autochtones sont en forte majorité, contrairement à la situation du Moyen Nord, surtout peuplé de non-autochtones. Exemples de cette nordicité méganordique : Resolute (Qausuittuq), 775 vapos; Pond Inlet (Mittimatalik Tununiq), 712 vapos; Old Crow (Gwitchin Vuntut), 624 vapos; centre de la mer d'Hudson, 622 vapos; Iqaluit (Frobisher Bay), 584 vapos; Sanikiluaq (Belcher), 521vapos et Aklavik, 511 vapos.

L'Extrême Nord

Cette région hypernordique couvrant moins de 10 p. 100 des terres mais englobant des îles polaires ainsi que des eaux marines possède une nordicité de 800\900 vapos. Les glaces sur mer, en profondeur et sur terre la caractérisent. Cette étendue est quasi inhabitée, sauf dans quelques postes, dont le lointain Alert avec ses 878 vapos. Les dépenses gouvernementales dominent de loin les dépenses privées.

La nordicité mentale

Pour comparaison, le Moyen Nord connaît des moyennes thermiques mensuelles inférieures à 0 °C pendant six ou sept mois, le Grand Nord, huit mois et l'Extrême Nord, deux ou trois de plus.

L'adjectif mental dépasse ici le sens de « cognitif »dont les manifestations sont d'ailleurs requises dans chaque domaine de la nordicité. On pense plutôt à ce qui n'est pas visible, quantitatif et localisable afin de privilégier les aspects psychologiques et intérieurs. Le vocabulaire usuel comprend les mots attention, intention, qualité, mentalité et fait appel à la conscience, l'éthique, la volonté, l'engagement et la responsabilité. On s'intéresse à l'homme dans le nordiste.

La nordicité mentale correspond à l'état de Nord qui, d'abord, se loge dans les esprits, puis qui se prolonge, d'une façon expresse ou non, dans les opinions, attitudes et activités. Comme l'ensemble de la zone froide est en partie le résultat des interventions humaines, on peut la considérer fait culturel.

La démarche commence par une quête de sens. Une intense réflexion concernant toutes questions, d'ailleurs élargies, constitue l'acte premier. Une telle étape préalable d'analyses abstraites permet, entre autres, d'élaborer une planification intégrée face aux problèmes du monde froid péri-sphérique. Cet acte d'esprit et ses prolongements conséquents dans l'application sont choses moins coûteuses que les réalisations précipitées, mal justifiées et, par la suite, à raccommoder ou abandonner. Une problématique du quoi et du comment doit venir avant le « faire » proprement dit. Cette perspective exige un investissement mental d'envergure.

Une nordicité normative, source d'une pensée théorique, s'appuie au moins sur le principe du triple respect culturel, écologique et régional du Nord.

La qualité de la nordicité mentale constitue un facteur essentiel à la réalisation d'activités raisonnables. Des perspectives appropriées vont bonifier toutes les relations entre les zones polaire et tempérée, qu'elles soient éducatives, administratives, économiques, politiques, littéraires, religieuses ou médiatiques.

De tous les types de nordicité, c'est celui de nordicité mentale qui a fait le moins de progrès.

La nordicité développementale

Jusqu'aux années 1970, le Nord est envisagé par le Sud d'au moins cinq façons plus ou moins chevauchantes. D'abord, il nourrit des espoirs naïfs (Martin Frobisher, 1576), perdus entre autres par la décevante rentabilité du Passage du Nord-Ouest. Au même siècle, et après, c'est l'idée d'une inutilité presque totale de cette partie du Nouveau Monde (« Terre de Caïn » ). Les évaluations des espaces nordiques semblent conduire soit à des ventes (Terres de Rupert, 1870), soit à des dons (archipel Arctique, 1880), soit à des transferts intergouvernementaux de responsabilité. Plus tard, le Nord est considéré comme un réservoir illimité de matières premières, avantage qui amèneront des exploitations souvent regrettables. Durant la Deuxième Guerre mondiale et la Guerre froide, la zone sert de protection spatiale pour les États-Unis et le Sud du Canada. Enfin, naît une idéologie de non-développement, suivant le slogan humoristique torontois : « Freeze the Arctic » . L'histoire séculaire des affaires réfléchit donc un long cycle comptant des périodes d'euphorie ou de découragement.

On connaissait mal le Nord et on s'y prenait mal. Beaucoup d'activités ont été conduites suivant la philosophie du laisser-faire, en donnant préséance aux intérêts du Sud, en ne reconnaissant pas suffisamment l'ethnicité amérindienne et en n'assurant pas l'équilibre interrégional.

Heureusement, arrive une cinquième phase. Les écarts négatifs tendent à diminuer par une série d'interventions correctives : signature d'ententes spécifiques (Convention de la Baie James au Québec en 1975, Inuvialuit en 1984, Nunavut en 1999), reconnaissance de certains droits constitutionnels (1982), développement moins nuisible pour l'environnement, ajustement des pratiques administratives, projets éducatifs plus appropriés aux cultures autochtones, évolution des mentalités du Sud. Grâce aux progrès de la « nordologie » (étude du Nord), une nouvelle économie politique se met lentement en place. L'incorporation optimale de la zone froide dans les affaires pan-canadiennes demeure cependant loin d'être terminée.

La nordicité autochtone

Si la nordicité demeure un objectif pour le Sud du Canada, elle est une réalité ancienne et normale dans le Nord; aussi, les facteurs qui entrent dans la composition de l'indice précédent reflètent-ils les conditions des hautes latitudes (notamment les facteurs de grand froid et de population permanente).

La définition de l'autochtone est chose difficile et varie suivant les référents considérés : caractères biologiques, antériorité de l'occupation, cultures, langues d'usage, genres de vie, dimension collective, résidence dans les communautés, degré d'acculturation. L'aspect principal semble être la question des« terres », fondement de « droits inhérents », aux yeux des militants. Toute solution convenable au fait des premières nations ne saurait éviter de considérer suffisamment les revendications foncières. Chez les autochtones, la notion traditionnelle des terres ne se situe pas « en dehors de l'homme », comme chez les non-autochtones; elles sont fondues dans un tout qui contient aussi l'homme lui-même. En ce sens, on ne pourrait pas dire que l'autochtone appartient à la terre, d'une part, et que la terre appartient à l'homme, d'autre part.

La nordicité mentale conduit à révéler de fortes dénivellations entre les toponymes, les savoirs et les comportements, autochtones d'une part, et non autochtones d'autre part. Ces types d'écarts sont encore mal compris, après plusieurs siècles de contact. L'intelligence des différencialités interculturelles apparaît comme une autre condition dans la recherche de politiques appropriées. Des rapprochements devraient conduire à réaliser des travaux conjoints; un système modulé de partenariats prolongerait les présentes expériences en gestion de la faune, opérations forestières, construction routière et aménagement de l'habitat.

La nordicité saisonnière

Durant l'hiver, notamment à cause de la neige et des glaces, la partie méridionale du Canada dont les valeurs polaires annuelles sont inférieures à 200 vapos (voir, plus haut) prend la parure cosmétique du vrai Nord. Alors, durant trois à cinq mois, une grande unité paysagique et certains apparentements culturels se réalisent entre le Nord et le Sud du pays. Au Canada méridional, la nordicité est dite temporaire, hivernale ou saisonnière. L'intérêt à l'endroit des situations nordiques bénéficie des initiatives de l'Association des villes d'hiver, fondée à Sapporo en 1970 ainsi que du Sommet mondial de la nordicité tenu à Québec en 1999.

L'hiver, phénomène socio-climatique et non seulement série de manifestations atmosphériques, pose la question des comportements des hivernants. Si les conduites sont très variées, deux groupes d'individus dominent. Ceux qui, s'accommodent mal d'un hiver long et qui vont passer quelques semaines aux Tropiques et ceux qui normalisent leurs attitudes face à la saison froide. Ils sont de plus en plus nombreux à le faire non seulement du point de vue mental mais aussi des vêtements, de la nutrition, des sorties fréquentes, de la pratique de sports extérieurs, et de la non-fréquentation des édifices dont l'air est vicié. Ils s'adonnent aussi aux développements artistiques, littéraires et technologiques.

Bref, à des degrés divers et selon les périodes, des nordicités caractérisent à la fois le Nord et le Sud du Canada; ces traits inévitables s'installent progressivement dans l'esprit des habitants.

Voir aussiNORDICITÉ COMPARÉE PAR CRITÈRE EN VAPO : TABLE.