Le 15 avril 1945 au soir, le dragueur de mines canadien NSM Esquimalt quittait le port de Halifax pour effectuer une patrouille antisous-marins dans les environs. L’équipage connaissait bien la routine, ayant travaillé à cette mission dans l’Atlantique depuis le mois de septembre 1944. Personne ne savait, cependant, que ce serait la dernière patrouille du Esquimalt. Dans ces mêmes eaux glaciales du nord-ouest de l’Atlantique se trouvait le sous-marin allemand U-190.

Rencontre fortuite

Au mois de février 1945, quelque temps avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale (les troupes russes se préparent alors à assiéger Berlin, la capitale du Third Reich, de Hitler), le sous-marin U-190 reçoit l’ordre de se rendre à Halifax pour une dernière mission : faire couler des navires de marchandises de la Merchant Navy. Dans la salle des machines du U-190 se trouve Werner Hirschmann, ingénieur-chef de 22 ans.

Le 16 avril au matin, Werner Hirschmann et son équipage parcourent les environs du port de Halifax lorsqu’ils réalisent qu’un navire de guerre ennemi les a probablement détectés. Le sous-marin se déplace pour atteindre la profondeur nécessaire à l’utilisation du périscope, et ses craintes sont confirmées : le capitaine du U-190 voit le NSM Esquimalt se déplacer rapidement dans leur direction. Aux alentours de 6 h 30, le sous-marin U-190 répond à la menace qu’il perçoit.

« Pour nous défendre, se rappelle Werner Hirschmann, nous avons lancé une torpille, une torpille acoustique qui a frappé le navire. »

Sur l’eau, à bord du NSM Esquimalt et scrutant le sonar sur son tableau de bord, le marin canadien Joe Wilson est frappé d’étonnement lorsqu’il entend l’impact de la torpille sur la coque du navire. En fait, le sonar n’avait pas détecté le sous-marin, qui se trouvait pourtant tout près. À peine quelques minutes plus tôt, à 6 h 27, la dernière transmission radio de routine du NSM Esquimalt ne mentionnait aucun contact sonar. Joe Wilson se rappelle : « Je n’ai pas entendu aucun écho, rien, provenant d’un sous-marin. »

La torpille perce le côté tribord de la chambre des machines, engendrant par le fait même le naufrage du navire en moins de quatre minutes, un temps trop court pour l’envoi d’un quelconque message de détresse. On estime à 28 le nombre d’hommes qui coulent avec le NSM Esquimalt. Les 43 autres membres de l’équipage réussissent à grimper sur des barques Carley (des flotteurs faits à partir de corde et de planches de bois) ou à s’accrocher à l’une d’elles.

Recherches tardives

Le NSM Esquimalt ne se rend pas à son rendez-vous de 8 h avec son navire jumeau, le NSM Sarnia. Le lieutenant Roberty Douty, le capitaine du NSM Sarnia, raconte plus tard aux enquêteurs : « Nous avons essayé de 8 h à 9 h 50 d’entrer en contact radio avec le NSM Esquimalt. Ne recevant aucune réponse et n’apercevant pas le navire dans les environs, j’ai signalé au commandant du port que le NSM Esquimalt n’était pas au rendez-vous et que j’allais partir à sa recherche en passant au peigne fin tout le canal de Halifax, peu importe les ordres. On m’a aussi rapporté qu’ils avaient tenté de localiser le NSM Esquimalt à partir de la côte, mais qu’ils en avaient été incapables. »

Les recherches commencent à 9 h 50. L’équipage du NSM Sarnia entend alors des échos sur le sonar, ce qui les pousse à croire qu’il y a un sous-marin dans les environs. Le navire envoie donc des grenades sous-marines avant d’arrêter ses recherches.

Roberty Douty se remémore : « Nous nous doutions que quelque chose était arrivé, et après avoir perçu des ondes sur le sonar, j’étais convaincu de ce qui était arrivé. »

Selon Liam Dwyer, second maître du NSM Sarnia, la station radio du port de Halifax avait joint le NSM Esquimalt quelques instants avant le coup de torpille, réessayant d’entrer en contact avec le navire à 7 h 41 sur différentes fréquences, mais en vain. Cette information, qui aurait bien pu sauver la vie de nombre de marins ce jour-là, n’est toutefois pas transmise à l’officier de quart du port avant 10 h 20. Les recherches officielles commencent ainsi plus de quatre heures après le naufrage du NSM Esquimalt.

Les survivants sont laissés pour compte dans les eaux glaciales pendant plus de cinq heures. En plus des 28 marins qui ont vraisemblablement coulé avec le bateau, 16 autres sont morts de froid avant que le NSM Sarnia ne les rescape.

La Deuxième Guerre mondiale se conclut à peine trois semaines plus tard. Le NSM Esquimalt constitue le tout dernier navire canadien à couler pendant la guerre. Finalement, ce désastre n’est rien de plus qu’un grand malentendu. Comme Werner Hirschmann se rappelle, « Le plus tragique dans l’histoire, c’est que nous pensions qu’ils nous avaient trouvés, alors qu’en réalité, ils ne nous avaient même pas vus. »