Nadia Myre, artiste en arts visuels d’origine autochtone (née en 1974 à Montréal, Québec). Nadia Myre est une artiste multidisciplinaire dont la pratique s’inspire de la participation du public de même que des thèmes récurrents de l’identité, du langage, du désir et de la perte. Très active sur la scène artistique canadienne, elle a notamment participé à la Biennale de Sydney en 2012 et à la Biennale de Shanghai en 2014. Cette même année, elle s’est vu décerner le prix Sobey pour les arts.

Jeunesse, éducation et début de carrière

Nadia Myre est née d’un père canadien-français et d’une mère algonquine. En 1997, elle et sa mère revendiquent et obtiennent leur statut d’Indien. Leur appartenance à la communauté anishinabeg de Kitigan Zibi (voir Maniwaki) se voit ainsi officialisée. Ayant grandi à l’extérieur de la réserve, l’artiste exploitera tout au long de sa carrière les problèmes de l’appartenance, de la communauté et de la scission identitaire.

En 2002, Nadia Myre termine sa maîtrise en arts plastiques à l’Université Concordia de Montréal. La même année, dans le cadre de l’exposition monographique Cont[r]act présentée à la galerie Oboro (à Montréal) et organisée en collaboration avec Rhonda L. Meier, elle présente neuf œuvres éminemment critiques réalisées entre 1997 et 2002. Pour créer ses installations de 2002 intitulées Monument to Two-Row et Portrait as a River, Divided, l’artiste s’inspire du wampum, une ceinture autochtone perlée, ornée de motifs codifiés, servant traditionnellement à valider les traités entre nations. Myre s’attaque ainsi à la façon dont a été écrite l’histoire de la rencontre entre les peuples européens et iroquoiens : deux lignes parallèles représentant les deux nations naviguant côte à côte sont illustrées de façon brouillée, floue, métissée. Cette réappropriation du wampum en tant qu’outil de communication et de commémoration permet à Myre de réécrire l’histoire sans masquer les chapitres problématiques et les tensions raciales sous-jacentes. La ligne de parcours historique devient cicatrice, un motif qui occupera d’ailleurs une place prépondérante dans ses œuvres ultérieures.

Le perlage (l’art d’orner des objets au moyen de perles enfilées) est une technique que Myre exploite aussi dans son œuvre colossale Indian Act (2000-2003), présentée également dans le cadre de l’exposition Cont[r]act. Inspirée notamment par les difficultés administratives rencontrées par sa mère lors de ses démarches pour retrouver son statut d’Indien, la jeune artiste dénonce le racisme qui découle de la Loi sur les Indiens de 1876 en réinterprétant les 56 premières pages, soit les cinq premiers chapitres, de ce texte fédéral. Chaque page est reproduite par un pan de tissu de la taille d’une feuille, brodé de perles blanches imitant l’écriture officielle et de perles rouges servant d’arrière-fond. Dans une visée de guérison personnelle et collective, l’artiste et ses nombreux collaborateurs se réapproprient et dénoncent cette politique coloniale par le biais d’une technique artistique autochtone, communautaire et féminine.

Cicatrices

Après avoir exploré un aspect de sa culture traditionnelle autochtone à travers son apprentissage et sa pratique collective du perlage, Myre exploite des notions corporelles, et bien souvent son propre corps, afin d’affronter les tensions identitaires qui l’habitent. Grâce à des cicatrices brodées dans de la toile, comme dans Everything I Know About Love (2004) et la série The Scar Project (2005), les entailles deviennent des symboles tactiles d’un récit fait de blessures et de survie. Dans le cadre de The Scar Project, Myre fait appel, une fois de plus, à la collaboration de nombreux participants. Ainsi, des centaines de personnes répondent à son appel et exposent par écrit leurs propres cicatrices identitaires, en plus de broder leurs histoires dans de la jute à l’aide de différents types de fils et de tissus. Le projet, qui s’est poursuivi pendant plus de 10 ans, a permis la création de près de 1 400 cicatrices cousues.

Symboles nationaux revisités

Nadia Myre exploite la force des symboles et des mots dans plusieurs de ses œuvres. Dans sa vidéo Inkanatatation de 2004, elle se fait tatouer une version du drapeau canadien dans laquelle trois plumes, symbolisant les Premières Nations, les Inuits et les Métis, remplacent la feuille d’érable. Ainsi, dans une optique de résistance identitaire, de réappropriation territoriale et de décolonisation, Myre s’attaque aux grands symboles nationaux (voir Emblèmes du Canada).Dans une autre vidéo intitulée Rethinking Anthem (2008), elle revisite de façon critique l’expression « Our home and native land » puisée dans l’hymne national. La caméra, installée au-dessus d’une table, capte les mains de l’artiste effaçant les mots HOME AND et inscrivant simultanément les mots NATIVE LAND.

Grandmothers’ Circle et The Dreamers

Au cours des années 2000, Nadia Myre réalise quelques installations qui portent à réfléchir sur la place de l’individu au sein de la communauté. Dans Grandmothers’ Circle (2002), l’artiste raconte ses propres difficultés à intégrer une communauté autochtone dont elle a longtemps été tenue à l’écart. De nombreuses perches en bois courbées, d’allure anthropomorphe, forment un cercle fermé, telles des personnes se tenant par les bras. Deux perches droites, représentant vraisemblablement Myre et sa mère, sont tenues à l’écart de ce groupe, accotées au mur. En 2007, l’artiste présente l’installation The Dreamers, qui rappelle certains de ces motifs; quatre perches de bois plantées au sol, reliées entre elles par des fils rouges, forment un enclos carré, et trois perches sont jointes en leur centre par le même type de fils rouges. Un bâton, ceint de cordelettes, se tient debout seul entre les deux regroupements. Ces fils écarlates reviennent dans plusieurs autres œuvres de Myre au fil des années. Évoquant des veines gorgées de sang de même que des bandages de fortune, ils permettent à l’artiste d’explorer les thèmes de l’identité, de l’appartenance et des liens entre l’individu, la famille et la communauté.

Oraison/Orison

Grâce à l’exposition Nadia Myre : Oraison/Orison présentée à la galerie Oboro de Montréal en 2014, l’artiste réactualise plusieurs histoires récurrentes dans un projet complexe qui s’étend dans une grande salle plongée dans la noirceur, tel un parcours dans sa mémoire. Sept grandes plaques d’aluminium sont accrochées aux murs. Y sont projetées les images de l’endos de sept des 56 pages de la Loi sur les Indiens brodées par l’artiste et ses collaborateurs entre 2000 et 2003. Une telle présentation permet de révéler l’œuvre sous un angle indéchiffrable et de démontrer la complexité de la technique manuelle employée. Dans une alcôve blanche, on projette aussi de façon saccadée des images de cicatrices du Scar Project, numérisées par l’artiste. Sur le sol se trouve un panier, tissé de lanières de bois récolté à Kitiban Zibi, contenant des pochettes destinées aux visiteurs. Ces petits sacs de médecine, remplis d’herbes thérapeutiques et de tabac, symbolisent un échange et une guérison collective unissant l’artiste et ses interlocuteurs.

Visibilité

Exposé au niveau national et international, le travail de Nadia Myre a été salué dans le New York Times et Le Devoir et présenté dans les revues American Craft, ARTnews, Canadian Art, C Magazine et Parachute. Le travail de l’artiste fait partie de nombreuses collections, dont celles de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, du Musée canadien de l’histoire (Gatineau), du Musée canadien de l’histoire (Québec), de la Ville d’Ottawa, du Musée Eiteljorg (Indianapolis), du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Lorraine (France), de la Banque d'oeuvres d'art du Conseil des arts du Canada, de la MacKenzie Art Gallery (Regina), du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée des beaux-arts du Canada et du Musée national des Indiens d’Amérique (Washington).

Prix et reconnaissance publique

Eiteljorg Fellowship for Native American Fine Art (2003)

Prix à la création artistique pour la région des Laurentides du Conseil des arts et des lettres du Québec (2009)

Prix « Les Elles de l’art » Pratt & Whitney Canada du Conseil des arts de Montréal (2011)

Prix Sobey pour les arts (2014)