Description

Le morse (Odobenus rosmarus) est un mammifère pinnipède. Il est l'unique représentant de la famille Odobenidae, nom dérivé des mots grecs pour « dents » et « marche », qui fait référence à la manière dont le morse utilise ses défenses pour se déplacer sur la glace. On compte deux sous-espèces : le morse du Pacifique (O.r. divergens) et le morse de l'Atlantique (O.r. rosmarus). Au Canada, on ne retrouve que le morse de l'Atlantique. Certains scientifiques ont suggéré qu’une troisième espèce (O.r. laptevi) vit dans la mer des Laptev, en Russie, mais d’autres considèrent que ces phoques font en fait partie de la famille des morses du Pacifique.

Chez les morses de l'Atlantique, les femelles adultes mesurent en moyenne autour de 2,75 m de longueur et pèsent environ 850 kg. Le corps des mâles fait en moyenne 3 m de longueur et ils pèsent environ 1000 kg. La taille varie selon les régions. Par exemple, le morse de la baie d'Hudson est plus petit que les autres.

Le morse possède un corps massif, un énorme cou et une petite tête, disproportionnée par rapport au reste du corps. Sa peau est épaisse et plissée et agrémentée de quelques poils épars et rudes. Elle est couleur cannelle ou grise, avec du rose dans les replis et sur le ventre, selon la température de sa peau et au gré de changements au niveau du flux sanguin. Par exemple, lorsqu'il se prélasse au soleil, sa peau devient rose. Sous sa peau, il possède une couche de graisse d'environ 6 cm d'épaisseur. Les membres inférieurs sont en fait des nageoires et les membres supérieurs peuvent s'orienter vers l'avant pour permettre les déplacements sur terre. Les mâles et les femelles possèdent de grosses canines supérieures qui se prolongent en défenses pouvant atteindre 60 cm de longueur. Le museau est garni d'une moustache drue aux poils très flexibles.

Répartition et habitat

Alors que le morse de l'Atlantique se retrouve dans la zone située entre le centre du Canada et la mer de Kara, en Russie, le morse du Pacifique, lui, se retrouve entre la partie orientale de la mer de Kara et l'Alaska. Au Canada, la population des morses de l’Atlantique peut être divisée en quatre groupes : 1) Sud et Est de la baie d'Hudson, 2) Nord de la baie d’Hudson, 3) détroit de Davis et 4) bassin Foxe et baie de Baffin. Un cinquième groupe, correspondant à la population des Maritimes, vivait sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent mais a été exterminé au 17e et 18e siècle à cause d’une chasse excessive. Aujourd’hui, l’aire de répartition du morse de l’Atlantique s’étend au sud jusqu’au niveau de la baie James et de la côte du Labrador.

Les morses sont très disséminés à l’intérieur de leur aire de réparation. On les trouve le plus souvent formant des groupes allant de quelques individus à quelques centaines d'individus. Ces deux caractéristiques font qu’il est difficile d’estimer leur nombre.

On associe souvent le morse aux lisières de la glace de mer dans les mers Arctiques. En hiver, les morses se rassemblent sur des étendues glacées (ou polynies, c.-à-d. les zones d’eau libre entourées de glace de mer) et, en été, ils se traînent sur la banquise ou sur la terre ferme où ils se reposent et se prélassent.

Alimentation

Les morses se nourrissent principalement dans des eaux dont la profondeur ne dépasse pas 100 m mais ils sont capables de plonger plus profond. Leurs proies principales sont les invertébrés benthiques, essentiellement des mollusques bivalves. Certains s’attaquent aussi aux phoques, vivants ou morts.

Reproduction et développement

La plupart des femelles atteignent la maturité sexuelle entre l'âge de 5 et 10 ans, et les mâles, entre l'âge de 7 et 14 ans. Espèce polygame, on retrouve un mâle reproducteur par groupe de 5 à 20 femelles, et parfois plus. Les jeunes mâles physiquement matures peuvent ne pas avoir beaucoup d'occasions de se reproduire en raison de la structure sociale. Les accouplements ont lieu entre décembre et mars. La gestation dure environ 11 mois et la plupart des naissances ont lieu de la mi-avril à juin. Les jeunes peuvent continuer à s’allaiter pendant trois ans mais ils sont souvent capables d'ingurgiter de petites quantités de nourriture solide. Généralement, les mères ne font un petit qu’une fois tous les trois ans, mais il arrive que des naissances surviennent une année sur deux. Les ours polaires et les humains sont les principaux prédateurs du morse.

Relations avec les humains

Le large groupe de morses que Jacques Cartier a découvert à l'île de Sable, à l'île du Cap-Breton et aux Îles de la Madeleine en 1534 a été exterminé aux 16e et 17e siècles. En fait, entre 1650 et 1850, les baleiniers européens ont presque exterminé le morse, tant en Arctique de l'Est qu'en Arctique de l'Ouest.

Les morses revêtent une certaine importance pour les Inuits. Chaque année, ils les capturent pour s'en nourrir et en nourrir les chiens, mais ils les chassent également pour l'ivoire.

Défis

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a inscrit le morse sur la liste des espèces « préoccupantes » tandis que l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a classé l’animal dans la catégorie « Données insuffisantes ». La classification de l’UICN reflète la difficulté qu’ont les chercheurs à évaluer les effectifs, un problème que reconnaissent le COSEPAC et d’autres organismes. La population des Maritimes reste classée comme « disparue au Canada », malgré des observations occasionnelles d’individus.

Certains chercheurs ont suggéré que c’est la chasse excessive qui menace le plus sérieusement le morse de l’Atlantique, que le COSEPAC estime être sur le point d’être classé comme « menacé ». La chasse du morse est aujourd’hui accessible à la fois aux communautés inuits et aux chasseurs sportifs alors que seuls les Inuits pouvaient la pratiquer de 1928 à 1994. Les permis de chasse sportive sont délivrés dans le but de bénéficier aux communautés du Nord. Même si des quotas existent pour certaines régions, il n’y a pas eu suffisamment d’études pour que l’on soit sûr que ces quotas sont suffisamment restrictifs pour protéger les populations de morses concernées.Les données concernant le nombre de morses tués sont par ailleurs limitées, ce qui complique les recherches.

Le morse de l’Atlantique est également menacé par l’intensification des activités humaines telles que le développement industriel (p. ex., les exploitations minières) et l’écotourisme. (Voir Animaux en voie de disparition.)