Les Mohawks (Mohawk : Kanien’kehá:ka, peuple des silex) sont un peuple autochtone de l’Amérique du Nord. Parmi les membres de la Confédération Haudenosaunee, aussi connue sous l’appellation de la « ligue iroquoise » et de la « ligue des Six-Nations », ils sont situés le plus à l’est. Au début du XVIIe siècle, ils vivent sur les rives de la rivière Mohawk dans ce qui est aujourd’hui le nord de l’État de New York. Ils s’engagent activement dans le commerce des fourrures et dans les conflits coloniaux des deux siècles qui suivent. Plusieurs d’entre eux déménagent près du fleuve Saint-Laurent avant 1700. Après la Révolution américaine, le reste déménage au Canada pour vivre dans des territoires contrôlés par leur alliée, la Grande-Bretagne. Ici, les Mohawks ont prospéré et acquis une réputation de militantisme en ce qui a trait au maintien de leur langue et de leur culture, et à la défense de leurs droits.

Territoire traditionnel mohawk.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Confédération Haudenosaunee

La Confédération Haudenosaunee est formée sans doute quelque temps avant l’ouverture européenne du nord-ouest de l’Amérique du Nord. L’histoire de la formation de la Confédération attribue un rôle important aux Mohawks et à leur chef, Hiawatha, dans la création de l’union politique entre les cinq nations Haudenosaunee, qui restent au sud et à l’est du lac Ontario. Les cinq nations incluent les Mohawks, les Cayugas, les Oneidas, les Onondagas et les Sénécas. Le peuple Tuscarora y adhère plus tard, entre 1722 et 1723. Le témoignage oral dit que le Pacificateur voyage de son lieu de naissance sur la baie de Quinte jusqu’en pays mohawk. Là, il rencontre Hiawatha et le convainc de diffuser son message de paix. Hiawatha devient le porte-parole du Pacificateur, et les deux convoquent un conseil de 50 chefs. On établit la structure de la Confédération et on plante l’Arbre de la Grande Paix. Toutes les nations Haudenosaunee, et leurs alliées, s’assoient dans l’ombre de cet Arbre de la Grande Paix, planté par le Pacificateur.

Les Mohawks et leurs voisins sont des peuples agricoles qui dépendent des « trois sœurs » (le maïs, le haricot et la courge) pour se nourrir. Bien que les champs soient d’abord dégagés par les hommes, la responsabilité de planter et de s’occuper des récoltes, et de les cueillir, incombe aux femmes du village. Les villages sont relativement grands et abritent au moins 1000 habitants.

Territoire traditionnel haudenosaunee.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Après le contact européen

Le peuple mohawk entre d’abord dans l’histoire canadienne en tant qu’ennemi des Hurons et des Algonquins, qui sont alliés des premiers colons français qui vivent sur le fleuve Saint-Laurent. En 1609 et 1610, ils sont défaits par leurs voisins du nord, aidés par Samuel de Champlain. Les Mohawks tournent donc vers l’est, où ils chassent les Mohicans de la vallée Mohawk et obtiennent l’accès aux commerçants hollandais du fort Orange (aujourd’hui Albany, à New York). En 1640, ils épuisent les stocks de castors dans leur propre pays et s’adonnent au pillage des flottilles de fourrures, qui arrivent pour faire du commerce avec les Français. Une trêve est établie entre la Nouvelle-France et le peuple mohawk en 1645. Le père Isaac Jogues tente d’établir une mission jésuite dans leur pays, mais il est soupçonné de sorcellerie et tué. Peu après, les Mohawks et les Sénécas s’unissent pour chasser les Hurons de leur terre natale.

Les Français incendient les villages Mohawk à l’automne 1666 avant d’insister sur la paix. Les Jésuites fondent une mission et encouragent leurs convertis à fuir l’influence anglaise en s’installant sur les rives du Saint-Laurent, où ils fondent des communautés pendant les années 1670. Parmi ceux qui s’y installent est une jeune Mohawk, Kateri Tekakwitha, dont le dévouement à sa nouvelle religion catholique lui mérite la canonisation, en 2012, par le pape Benoit XVI. La guerre entre les Mohawks et la Nouvelle-France éclate de nouveau dans la vallée Mohawk, et des villages mohawks sont incendiés en 1693. Certains Mohawks catholiques se tournent contre leurs parents en aidant les Français. La Confédération Haudenosaunee négocie des traités de paix et de neutralité avec les Français et les Britanniques en 1701.


En 1710, trois chefs mohawks et un Mohican vont à Londres, où ils sont présentés à la reine Anne. Pour contrer l’influence des Jésuites, on leur promet la venue de missionnaires anglicans, et la reine leur offre des pièces d’argent pour la construction d’une chapelle. En tant qu’alliés des Françaix, les Mohawks catholiques de la région du Saint-Laurent jouent un rôle important dans la destruction de Deerfield (1704) et de Groton (1707), dans le Massachusetts.

Migration vers le nord

Au cours du XVIIIe siècle, les Mohawks, regroupés dans deux villes principales sur la rivière Mohawk, se trouvent de plus en plus entourés de colons blancs. Ils adoptent les types de maisons de leurs voisins et entretiennent des liens étroits avec l’administration britannique. Le surintendant des affaires indiennes, sir William Johnson, épouse une Mohawk, Mary Brant, et utilise les guerriers mohawks contre les Français dans la guerre de Sept Ans (connue en Amérique du Nord comme la guerre entre les Français et les Indiens). William Johnson meurt avant le début de la Révolution américaine, mais les Mohawks s’engagent dans cette lutte en 1777 sous le commandement de Joseph Brant (frère de Mary Brant), tout juste rentré d’Angleterre. Joseph Brant et ses guerriers infligent souvent la défaite aux Américains, mais ils sont finalement forcés d’abandonner leurs maisons. Celles-ci sont confisquées et utilisées par les colons rebelles.


Après la guerre, Joseph Brant et ses partisans s’installent près de la rivière Grand sur une concession (aujourd’hui appelée « réserve des Six Nations ») que leur accorde le gouverneur Frederick Haldimand (voir Haldimand Proclamation). D’autres Mohawks, dirigés par John Deserontyon, s’établissent dans la baie de Quinte. La plupart de ceux-ci étant anglicans, l’argent donné par la reine Anne est partagé entre les deux réserves.

Les Mohawks installés en Ontario et dans la région du Saint-Laurent s’intègrent de plus en plus au monde des Blancs. Habiles navigateurs, ceux de Kahnawake, près de Montréal, sont recrutés pour transporter l’armée du général Garnet Wolseley sur le Nil en 1884-1885 (voir Expédition sur le Nil). À la fin du XIXe siècle, plusieurs des Mohawks de la réserve des Six Nations sont devenus des fermiers accomplis. Bien que catholiques romains pour quelque 250 années, certains résidents de Kahnawake et de Saint Regis (Akwesasne) retournent à la religion de Handsome Lake, et fondent des communautés Longhouse à Kahnawake dans les années 1920 et à Akwesasne dans les années 1930.

Vie contemporaine

Depuis bien plus qu’un siècle, le travail dans le domaine de l’acier de construction est devenu en quelque sorte le métier national des Mohawks, surtout de ceux qui habitent Kahnawake. Cela commence en 1886, quand la Dominion Bridge Company construit le pont ferroviaire du Saint-Laurent, qui traverse une partie de la réserve Kahnawake. L’entreprise s’entend pour employer les Mohawks de Kahnawake pour le projet, puis se rend rapidement compte de leurs compétences dans le travail de l’acier. L’ouvrage de l’acier devient ainsi le métier des Mohawks de Kahnawake.

Beaucoup de Mohawks ont atteint la gloire bien au-delà des frontières de leurs communautés. Pauline Johnson est surtout connue pour sa poésie et sa présence sur scène au tournant du XXe siècle. Jay Silverheels joue dans plusieurs films de Hollywood et immortalise le personnage de Tonto dans la série télévisée The Lone Ranger. Kahn-Tineta Horn s’illustre comme mannequin et comme ardente défenseure des droits des Mohawks. Sa fille, Waneek Horn-Miller, suit ses traces pour devenir défenseure tout en étant cocapitaine de l’équipe olympique canadienne de water-polo en 2000. Ayant été blessée à la poitrine à 14 ans par la baïonnette d’un soldat lors de la crise d’Oka, Waneek Horn-Miller poursuit aujourd’hui ses activités de plaidoyer. Roberta Jamieson occupe le poste de médiatrice du gouvernement de l’Ontario de 1989 à 1999. Robbie Robertson passe ses étés chez les parents de sa mère sur la réserve des Six Nations et devient célèbre comme musicien de rock avec le groupe The Band. Taiaiake Alfred bénéficie du Programme des chaires de recherche du Canada. Il est professeur de gouvernance autochtone à l’Université de Victoria. Ces individus ne représentent qu’un petit échantillon des Mohawks dignes d’être mentionnés.

Le gouvernement du Canada dénombre, en 2012, une population de juste au-dessus de 42 000 Mohawks inscrits. À cela s’ajoutent les Mohawks qui résident dans des communautés aux États-Unis. Étant donné que de tels territoires mohawks et Haudenosaunee prédatent la création de la frontière canado-américaine, certains d’entre eux, comme la réserve Akwesasne, près de Cornwall, en Ontario, chevauchent les frontières entre l’Ontario, le Québec et l’État de New York. Le ministère des Affaires autochtones et Développement du Nord Canada rapporte que des communautés pour lesquelles il existe des données, près de la moitié (45 %) de la population mohawk vit à l’extérieur des réserves. Selon toute probabilité, plus de 3000 Mohawks continuent à parler leur langue ancestrale, mais les données de Statistique Canada sont peu fiables, car de nombreux Mohawks refusent de participer au recensement.

Défense des droits ancestraux

Les Mohawks sont militants dans la défense de leurs terres et de leurs droits contre l’empiétement. Ils poursuivent activement les revendications foncières des terres leur ayant été prises illégalement. Dans les années 1950, les résidents de Kahnawake résistent la prise de leurs terres pour la voie maritime du Saint-Laurent. Les formalités de frontière sont depuis longtemps une source de conflit à Akwesasne. D’ailleurs, les Mohawks à Kanesatake et Kahnawake s’engagent en un conflit armé avec la police de Québec et avec l’armée canadienne au sujet de questions foncières à Oka, près de Montréal, pendant l’été 1990. À Akwesasne, des opinions fortes pour et contre l’établissement de casinos mènent à une violence tragique au sein de la communauté. Les Mohawks à la réserve des Six Nations occupent des terres à Caledonia, en Ontario, soutenant qu’elles leur ont été enlevées de façon illégale.