Le première mission permanente au Labrador fut fondée en 1771 à Nain sur la Côte nord, par les Frères moraves (église protestante de la Saxe). D'autres colonies s'établirent au nord et au sud, et, au début du XIXe siècle, pratiquement tous les Inuit de la région étaient convertis. Comme dans les autres missions moraves (les premières en Amérique du Nord arrivèrent à Savannah, Ga, en 1735), la musique était au coeur des activités religieuses et communautaires. Instruits dans leur propre langue, les Inuit apprenaient à chanter des chorals (Nain conserve une collection de quelque 200 manuscrits, d'origine en allemand), dont les textes donnaient également lieu à des exercices de lecture et d'écriture. Aux « séances de chant » hebdomadaires, équivalent inuit du Singstunde de Zinzendorf, un cours de Bible était dispensé au seul moyen du chant des versets appropriés. Un harmonium fut transporté à Nain en 1828, et bientôt arrivèrent des instruments à cordes et des cuivres. L'influence des missionnaires diminuant, les Inuit prirent en main l'enseignement et se ressaisirent au XXe siècle de leurs traditions musicales. Au milieu des années 1970, l'effectif musical de Nain consistait en six instrumentistes à cordes, deux organistes, un ensemble de cinq cuivres qui participa au film de l'ONF Labrador North, et un choeur mixte de 10 à 15 voix qui se produisit à Saint-Jean, T.-N., et enregistra un disque (Marathon MS-2104, paru en 1971) pour commémorer le bicentenaire des missions moraves. La livraison de l'hiver 1977 du périodique Inuttituut incluait un micr. de 17,5 cm, Nain Eskimo Choir (Condor C-97191).

Lors des grandes fêtes liturgiques, le corps de musique défile en plein air, ses instruments enveloppés de coton molletonné. Pendant l'office, le choeur chante des chorals et les hymnes prescrites par la liturgie (musique religieuse allemande des XVIIIe et XIXe siècles, traduite en inuit, comme l' Ave verum de Mozart ou Les Cieux racontent de Haydn; c'est peut-être pour les missions que Pöschelib compila en 1872 des chants folkloriques allemands et leurs traductions en inuit. Derrière le choeur, les cordes doublent habituellement les voix, mais jouent parfois des parties indépendantes. En l'absence de directeur et de vraies répétitions, l'organiste attaque tout simplement, et les autres se joignent à lui spontanément. Transmis oralement au fil des générations, ce rituel unique se perpétuait en 1990 à Nain et dans les villages voisins de Hopedale et Makkovik.