Disparues et assassinées : statistiques et données démographiques

Les désaccords quant au nombre de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées sont nombreux. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) reconnaît, dans un rapport datant de 2014, 1 200 cas de femmes et de filles autochtones disparues et assassinées entre 1980 et 2012. Toutefois, les groupes de femmes autochtones évoquent plutôt, dans des estimations documentées, un chiffre supérieur à 4 000. Plusieurs facteurs expliquent cette confusion au sujet des chiffres, notamment un phénomène de sous‑déclaration de la violence à l’égard des femmes et des filles autochtones, l’absence d’une base de données efficace en la matière et l’incapacité à recenser les cas de ce type en fonction du groupe ethnique d’origine des victimes. (Voir aussi Questions relatives aux femmes autochtones.)

L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) a attiré l’attention sur les chiffres de Statistique Canada documentant des taux élevés de violence envers les femmes autochtones. Par exemple, selon l’Enquête sociale générale de 2004, les femmes autochtones âgées de 15 ans et plus courent un risque 3,5 fois plus élevé que les autres femmes d’être victime de violences. La violence envers les femmes et les filles autochtones est non seulement plus fréquente, mais également plus grave. Entre 1997 et 2000, le taux d’homicides était près de sept fois plus élevé pour les femmes autochtones que pour les femmes non autochtones.

S’il est vrai que les données démographiques permettent de mieux appréhender l’ampleur de la violence à laquelle les femmes et les filles autochtones de ce pays doivent faire face, elles sont dans l’incapacité de rendre compte de l’intensité et de la profondeur des traumatismes provoqués par ces atrocités sur des collectivités entières ainsi que des conséquences sur la vie de tous les enfants ayant perdu une mère dans ce contexte de violence insensée. Les statistiques sont impuissantes à exprimer ce que vivent les familles et les collectivités lorsqu’elles perdent ainsi des êtres chers. Les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ne sont pas que des chiffres, ce sont des mères, des filles, des sœurs, des tantes, des cousines et des grands‑mères. Plusieurs d’entre elles suivaient des études postsecondaires, comme Loretta Saunders, une Inuk assassinée à l’âge de 26 ans en 2014, qui préparait une thèse de spécialisation sur cette question à l’époque où elle a disparu. Certaines n’étaient que des enfants, comme Azraya Acakabee Kokopenace et Tina Fontaine, âgées respectivement de 14 et 15 ans et suivies à l’époque des faits par des organismes de protection de la jeunesse, ou Delaine Copenace, âgée de 16 ans. Cette tragédie qui se poursuit a des conséquences sur la vie des femmes et des filles autochtones, d’un océan à l’autre, d’où qu’elles viennent et quelle que soit leur position sociale. Bien que certains auteurs de ces crimes soient connus de la victime, beaucoup sont des inconnus.

Contexte historique : colonialisme, race et sexualisation des femmes

Nick Printup, réalisateur et producteur du documentaire Our Sisters in Spirit, déclarait, dans une entrevue de 2016 : « Si l’on veut arriver à appréhender la portée et l’intensité de la tragédie que vivent aujourd’hui les femmes autochtones, il faut tout d’abord comprendre le contexte historique. » La question des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées au Canada est aussi ancienne que la construction du pays, et doit être analysée dans le contexte historique d’une colonisation de peuplement ayant conduit à un phénomène de racialisation et de sexualisation des femmes autochtones qui ne s’est, depuis, jamais démenti. Dès l’origine, les femmes autochtones ont été sexualisées, stigmatisées et enfermées dans des comportements culturels et des stéréotypes dangereux qui percolent aujourd’hui encore de nombreux pans de la société canadienne.

Il y a 125 ans déjà, la poète mohawk Tekahionwake (également connue sous le nom de E. Pauline Johnson) écrivait sur ces stéréotypes. Dans une étude parue à l’origine dans le Toronto Sunday Globe du 22 mai 1892, intitulée « A Strong Race Opinion: On The Indian Girl in Modern Fiction », elle évoque la figure de la « squaw indienne » telle qu’elle apparaît dans la littérature conventionnelle. Dans le même ordre d’idées, l’auteure Janice Acoose attire également l’attention, dans son ouvrage Iskwewak — Kah’Ki Yaw Ni Wahkomakanak : Neither Indian Princesses nor Easy Squaws de 1995, sur ce qu’une colonisation de peuplement a légué à la société canadienne en matière de racialisation et de sexualisation ayant finalement conduit cette dernière à accepter la violence comme quelque chose de « normal ». Comme elle le fait remarquer, ces attitudes coloniales ont servi de justification à de nombreuses lois et politiques officielles ciblant les femmes et les familles autochtones comme la Loi sur les Indiens et les pensionnats indiens. Parmi d’autres exemples, mentionnons le système de « droit de passage » exigeant que les membres des Premières Nations détiennent un droit de passage approuvé par un agent chargé des Indiens pour pouvoir quitter la réserve pour une raison quelconque, et la stérilisation forcée (voir Eugénique). Toutes ces politiques pesaient fortement sur les moyens de subsistance et sur la vie en général des femmes autochtones en rompant le réseau des liens communautaires et en les empêchant d’accéder aux ressources collectives et aux filets de sécurité. Ce sont également des attitudes coloniales qui ont servi à justifier l’enlèvement en masse d’enfants autochtones par l’entremise de politiques d’appréhension imposées par l’État, comme lors de ce que l’on a appelé la « rafle des années soixante », des attitudes et des politiques d’inspiration coloniale qui trouvent aujourd’hui un prolongement dans le cadre de la « rafle du millénaire », un terme faisant référence à la présence disproportionnée d’enfants autochtones dans les services de placement. Il est impossible de comprendre la violence actuelle envers les femmes et les filles autochtones au Canada en faisant l’économie d’un examen préalable approfondi des effets durables d’un historique de colonisation de peuplement, remontant aux origines du pays et profondément enraciné dans la société, sur les familles et les collectivités autochtones.

Amnistie Internationale : un appel à l’action

En octobre 2004, en réaction au nombre effrayant de femmes autochtones victimes de violences racialisées et sexualisées, Amnistie Internationale publie un rapport intitulé Stolen Sisters : A Human Rights Response to Discrimination and Violence against Indigenous Women in Canada appelant sans ambiguïté à un passage à l’action et à la prise de mesures concrètes. L’organisation non‑gouvernementale présente les cas de neuf femmes, notamment celui de Helen Betty Osborne, une Crie enlevée et assassinée à 19 ans par quatre hommes blancs à The Pas au Manitoba en 1971, et celui de sa cousine Felicia Solomon, dont les restes ont été retrouvés dans la rivière Rouge en 2003. Si Amnistie expose ainsi un certain nombre de récits de femmes disparues et assassinées, c’est pour mettre en évidence l’intensité de la violence à laquelle sont soumises les femmes autochtones au Canada. Le rapport attire également l’attention sur l’absence d’une analyse statistique globale de la question accompagnée de rapports prenant en compte l’ensemble des cas et l’ensemble des aspects, tout en appelant à une plus grande responsabilisation des forces de police et en soulignant que, paradoxalement, les femmes autochtones, bien que vivant dans un contexte de présence policière excessive, sont simultanément « sous‑protégées ». L’ONG internationale documente dans son étude la marginalisation sociale et économique des femmes autochtones, notant que le racisme, la pauvreté et la marginalisation, conjugués à un déficit de protection policière, amplifient la vulnérabilité des femmes autochtones à la violence.

On ne peut que constater le caractère dramatique de la situation, puisque, hélas, depuis 2004, les chiffres ont continué à augmenter. Cinq ans après le rapport initial, Amnistie Internationale en publie un second intitulé Assez de vies volées ! Discrimination et violence contre les femmes autochtones au Canada : une réaction d’ensemble est nécessaire mettant en évidence les cinq facteurs ci‑après comme constituant les principales raisons de cette tragédie nationale ininterrompue que constitue la violence envers les femmes autochtones :

  1. Le rôle joué par le racisme et la misogynie dans la reproduction des violences dont les femmes autochtones sont victimes;
  2. Les importantes disparités entre femmes autochtones et non autochtones dans la réalisation de leurs droits économiques, sociaux, politiques et culturels;
  3. La déstabilisation des sociétés autochtones liée aux enlèvements de masse des enfants autochtones retirés à leur famille et à leur communauté, un phénomène initié dans le passé et qui se poursuit de nos jours;
  4. Le nombre disproportionné de femmes autochtones dans les prisons canadiennes, dont beaucoup ont elles‑mêmes été victimes de violences;
  5. La réaction insuffisante et inadaptée de la police face aux violences dont sont victimes les femmes autochtones, comme l’illustre la gestion des affaires de disparitions.

En 2014, Amnistie présente un rapport au Comité spécial sur la violence faite aux femmes autochtones du Parlement intitulé Violence against Indigenous Women and Girls in Canada : A Summary of Amnesty International’s Concerns and Call to Action. Dans sa soumission, l’ONG internationale exhorte le gouvernement fédéral à prendre des mesures immédiates dans le cadre d’une démarche globale de lutte contre la violence subie par les femmes et les filles autochtones au Canada.

Amnestie Internationale a joué un rôle essentiel, aux côtés des collectivités autochtones, des groupes de femmes et des mouvements locaux citoyens, pour pousser le gouvernement fédéral à lancer une enquête publique nationale.

Association des femmes autochtones du Canada : initiative Sœurs par l’esprit

L’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) obtient, en 2005, un financement de Condition féminine Canada en vue de conduire des recherches et de mener des actions de sensibilisation sur la violence envers les femmes autochtones. Ces fonds permettent le lancement de l’initiative Sœurs par l’esprit. Dans le cadre de cette initiative, l’AFAC a également élaboré et mis en place une base de données nationale permettant le suivi des cas de violence à l’encontre des femmes autochtones. Ce travail débouche sur un rapport final intitulé Les voix de nos sœurs par l’esprit : ce que leurs histoires nous disent.

Cette publication présente notamment un cadre de prévention de la violence exercée contre les femmes autochtones et de lutte en la matière, des récits racontant l’histoire de femmes autochtones disparues ainsi que des recommandations en vue de l’élaboration de politiques dans ce domaine. La politique de prévention et de sécurité préconisée par l’AFAC prévoit, entre autres, des outils d’éducation des femmes et des filles autochtones en matière de sécurité et examine les facteurs de risque qui rendent les femmes autochtones plus vulnérables à la violence, notamment la pauvreté, l’itinérance et le manque de logements abordables. (Voir aussi Conditions sociales des autochtones et Autochtones : conditions économiques.)

En ce qui concerne la police, le rapport de l’AFAC souligne la nécessité d’améliorer les choses dans un certain nombre de secteurs essentiels, appelant notamment à une plus grande responsabilisation des agents et à plus de transparence, à la mise en œuvre d’activités de sensibilisation des agents aux réalités culturelles autochtones par la formation, et à des efforts pour mettre en place de bonnes relations avec les collectivités autochtones. L’association explique également, dans sa publication, qu’il est impératif de multiplier les recherches et les activités de sensibilisation sur les différentes formes que peut prendre la violence, en particulier celle exercée par des inconnus et celle perpétrée par des connaissances de la victime. L’exigence d’une amélioration des procédures de suivi et d’identification des cas de femmes autochtones disparues et assassinées constitue un autre domaine clé mis en avant dans ce rapport. L’AFAC affirme que la violence vécue par les femmes autochtones est bien plus élevée que ce qu’en disent les statistiques gouvernementales et les données recueillies par la police. Le rapport fait remarquer qu’environ 60 % des incidents criminels avec violence dans lesquels la victime est autochtone ne sont jamais signalés à la police et que les données démographiques ne sont pas systématiquement recueillies. (Voir aussi Démographie des Autochtones.)

Legal Strategy Coalition on Violence Against Indigenous Women (groupe sur la stratégie juridique en matière de violence à l’égard des femmes autochtones)

Le Legal Strategy Coalition on Violence Against Indigenous Women (LSC) est mis en place en 2014 à la suite du meurtre d’une étudiante inuite, Loretta Saunders. Il s’agit d’un groupe pancanadien militant en faveur d’une enquête nationale et cherchant à ce que les familles de femmes autochtones disparues et assassinées obtiennent justice. En février 2015, le LSC publie un rapport dans lequel il soutient que plus de 700 recommandations effectuées dans le cadre de 58 rapports précédents sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ont été largement ignorées par la police et par le gouvernement.

Rapports de la GRC sur la violence à l’égard des femmes autochtones

En 2013, le commissaire de la GRC demande un rapport interne sur les femmes autochtones disparues et assassinées pour servir de guide à la planification opérationnelle de l’organisation. En mai 2014, la GRC publie Les femmes autochtones disparues et assassinées : Un aperçu opérationnel national. Ce rapport documente, pour la période allant de 1980 à 2012, 1 017 homicides et 164 disparitions, soit un total de 1 181 femmes autochtones victimes de ce type de violences. Un rapport actualisé sort en 2015 sous le titre Les femmes autochtones disparues ou assassinées : Mise à jour 2015 de l’Aperçu opérationnel national. Il documente 11 cas supplémentaires de femmes autochtones ayant pu être identifiées et portées disparues depuis l’aperçu produit dans le rapport de 2014.

Avant ces rapports, les enquêtes de la GRC sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées avaient notamment porté sur un tronçon de la route no 16 en Colombie‑Britannique surnommé la route des larmes. Alors que la GRC reconnaît, pour la période allant de 1969 à 2006, 18 meurtres et disparitions dans sa liste des affaires de la route des larmes, pour l’essentiel des femmes et des filles autochtones, les groupes autochtones affirment que ces chiffres sont trompeurs, car ils ne prennent en compte que les disparitions et les meurtres s’étant produits dans une zone géographique bien déterminée et que ce sont, en fait, plus de 40 affaires qui se seraient produites dans tout le nord de la Colombie‑Britannique.

Critique des rapports de la GRC

Plusieurs groupes, dont Amnistie Internationale et le LSC critiquent ces rapports de la GRC, estimant qu’ils présentent d’importantes lacunes de données. L’ONG internationale fait remarquer que le rapport actualisé de 2015 ne comprend que des affaires relevant de la compétence de la GRC. Or, le rapport original de 2014 incluait des affaires relevant de plus de 300 organismes de police. Selon Amnistie, cela signifie que les femmes autochtones disparues ou assassinées, par exemple, en Ontario ou au Québec, ne sont pas prises en compte dans cette mise à jour. Une telle omission est préoccupante compte tenu du climat de violence et du déficit de confiance ayant caractérisé, depuis toujours, les relations entre la police et les Autochtones. À l’automne 2015, huit agents de la Sûreté du Québec sont suspendus à la suite de 14 allégations d’abus de pouvoir, d’agression sexuelle et d’autres formes d’agression contre les femmes autochtones.

Le LSC critique le rapport de 2015 pour avoir mis en exergue la violence conjugale en tant que facteur de risque, faisant ainsi porter une lourde responsabilité aux hommes et aux communautés autochtones, tout en s’abstenant de souligner que de nombreux auteurs de violences exercées à l’encontre de femmes et de filles autochtones sont soit de simples connaissances, soit des inconnus.

Réaction du gouvernement fédéral

En dépit de la pression constante exercée par les femmes et les collectivités autochtones ainsi que par des groupes et organismes de défense des droits de la personne comme Amnistie Internationale, l’Alliance canadienne féministe pour l’action internationale, Human Rights Watch et le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes de l’ONU, le gouvernement fédéral canadien persiste à dire qu’il n’est pas nécessaire de lancer une enquête publique nationale. En fait, l’ancien premier ministre Stephen Harper, s’exprimant au Collège du Yukon à Whitehorse en août 2014 à la suite du décès de Tina Fontaine, assassinée, à l’âge de 15 ans, après avoir quitté son foyer d’accueil, déclare que la violence contre les femmes et les filles autochtones au Canada ne devrait pas être considérée comme un « phénomène sociologique ». En d’autres termes, il estime que l’affaire Fontaine ne s’inscrit pas dans le cadre d’une crise beaucoup plus large résultant de différentes formes de violence raciale, sexuelle et coloniale ainsi que d’enjeux socio‑économiques. Plusieurs mois plus tard, le 17 décembre 2014, lors d’une entrevue avec Peter Mansbridge, correspondant en chef de la CBC, le premier ministre déclare qu’une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées ne figure pas au rang des principales priorités du gouvernement.

À la suite des élections fédérales de 2015, le gouvernement du Canada, sous l’autorité du nouveau premier ministre Justin Trudeau, lance une enquête publique nationale.

Enquête publique nationale

Le 8 décembre 2015, le gouvernement du Canada fait part de ses projets pour le lancement d’une enquête nationale indépendante sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Il s’engage à financer cette enquête sur deux ans à hauteur de 53,86 millions et lance une série de réunions préalables à l’enquête afin de recueillir les avis et les commentaires et de déterminer les attentes des différentes parties prenantes dans tout le pays. On attend le rapport définitif de la commission d’enquête qui présentera ses constatations et ses recommandations pour l’avenir d’ici le 1er novembre 2018.

Constatations issues du processus d’enquête préliminaire

La première étape de l’enquête consiste à mettre en place un processus d’enquête préliminaire qui prend place entre décembre 2015 et février 2016. Il s’agit de recueillir les avis, les commentaires et les attentes de différents groupes, notamment les membres des familles concernées, les collectivités autochtones et les intervenants de première ligne relativement à la portée et à la structure de l’enquête. Ce processus s’inscrit en cohérence avec l’engagement de l’enquête de privilégier le bien‑être des familles autochtones et de veiller à la conformité aux normes culturelles autochtones. Une synthèse des avis recueillis au cours du processus d’enquête préliminaire est publiée en mai 2016. Elle comprend quatre recommandations :

  1. Le leadership de l’enquête doit être transparent, indépendant et représentatif de la population autochtone. Le processus doit être dirigé par des femmes autochtones et prendre en compte les besoins des survivantes, des familles et des proches. Des efforts doivent être faits pour éviter un long processus judiciaire complexe.
  2. L’enquête doit intégrer de nombreux points de vue et entendre le plus grand nombre possible de personnes et d’organisations.
  3. Il est important que l’enquête adopte, dans son analyse des enjeux, une approche aussi large que possible. Elle doit prendre en considération l’ensemble des causes socio‑économiques, culturelles et politiques de la violence envers les femmes, les filles, les personnes transsexuelles et bispirituelles autochtones et recommander des solutions en conséquence. (Voir aussi Droits des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transgenres au Canada.)
  4. L’enquête doit fournir différentes formes de soutien aux familles et à leurs alliés, notamment des cérémonies, un soutien spirituel, du counselling en santé mentale et un soutien communautaire.

Sur la base de ces constatations, le gouvernement désigne cinq commissaires pour conduire l’enquête : Marion Buller, commissaire en chef, membre de la Première Nation de Mistawasis et première femme autochtone nommée à la Cour provinciale de la Colombie‑Britannique; Michèle Audette, ancienne présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada; Brian Eyolfson, avocat spécialisé en droit de la personne; Marilyn Poitras, spécialiste en droit constitutionnel; et Qajaq Robinson, avocate élevée au Nunavut. L’enquête emploiera également d’autres personnes et ne commencera probablement pas à auditionner les familles dans le cadre de témoignages formels avant le printemps 2017. Marilyn Poitras démissionne en tant que commissaire en juillet 2017, affirmant qu’elle est incapable d’exercer ses responsabilités de commissaire compte tenu de la structure actuelle de la commission.

Constatations de la commission nationale d’enquête

L’enquête nationale est officiellement lancée le 1er septembre 2016. Elle devrait publier un rapport provisoire au plus tard le 1er novembre 2017 et un rapport définitif au plus tard le 1er novembre 2018.

Critiques sur l’enquête

Différents groupes autochtones critiquent la commission, estimant qu’elle présente un certain nombre de manques en matière de transparence, de communication et d’inclusivité. En décembre 2016, l’Association des femmes autochtones du Canada déclare que la commission ne tient pas les familles informées de l’avancement de ses travaux. En février 2017, l’enquête licencie son directeur des communications, Michael Hutchinson, du Réseau de télévision des peuples autochtones, suscitant un certain nombre de craintes sur de possibles retards des auditions des témoins. Alors que sa remplaçante par intérim, Sue Montgomery de la Montreal Gazette, déclare que ce changement de personnel ne retardera pas l’enquête, les familles des personnes disparues et assassinées maintiennent les pressions sur les commissaires pour demander plus de clarté et des communications améliorées.

Des militants critiquent également la commission pour ne pas avoir inclus, dans la portée de son enquête, les hommes, les garçons ainsi que les personnes transsexuelles et bispirituelles autochtones disparus et assassinés. En février 2017, Susan Vella, l’avocate principale de la commission, déclare que bien que l’enquête soit ouverte à entendre les témoignages des hommes et des garçons autochtones, son objet principal restera les femmes et les filles autochtones. La commission indique aussi que l’enquête inclura d’autres groupes, représentant par exemple les personnes transsexuelles et bispirituelles.

Attitudes répandues vis‑à‑vis des femmes autochtones

À l’occasion de son discours d’ouverture lors d’une conférence internationale sur les FFADA, l’écrivaine Maria Campbell déclare : « Le patriarcat et la misogynie sont tellement profondément enracinés dans notre société qu’ils sont devenus des attitudes normales; c’est notre silence qui les a rendues telles. » D’autres militantes autochtones féministes font référence au manque de sensibilisation de la population vis‑à‑vis des femmes autochtones disparues et assassinées comme à un « silence assourdissant ». Les exemples suivants démontrent comment des stéréotypes pouvant être à l’origine de violences à l’encontre des femmes et des filles autochtones se perpétuent et sont, d’une certaine façon, acceptés dans différents lieux du pays à tous les échelons de la société. Dans les deux affaires ci‑après, des femmes autochtones se sont exprimées pour sensibiliser le public à cette forme de violence.

En 2012, l’avocate, militante et professeure mi’kmaq Pamela Palmater dénonce l’appellation insultante de deux hamburgersofferts sur le menu du restaurant Holy Chuck : « Half‑Breed » (littéralement « sang‑mêlé ») et « Dirty Drunken Half‑Breed » (littéralement « immonde sang‑mêlé ivrogne). Ces deux termes constituent historiquement des appellations dénigrantes racistes utilisées pour perpétuer la violence à l’égard des Autochtones.

En juillet 2015, deux tableaux font leur apparition dans une vitrine – l’un d’entre eux représentant une femme autochtone ligotée et bâillonnée – à l’occasion des Journées Hospitalité de Bathurst au Nouveau‑Brunswick, un festival culturel local. Patty Musgrave, conseillère autochtone du Collège communautaire du Nouveau‑Brunswick, écrit alors au conseil municipal, exprimant son indignation à la vue de ce tableau banalisant, voire glorifiant, la violence à l’encontre des femmes autochtones et l’histoire coloniale. Elle explique dans sa lettre : « Le bâtiment abritant ces œuvres d’art a été le théâtre de deux meurtres, dont celui d’une femme; deux crimes jamais résolus, et je trouve plutôt insultant d’autoriser l’exposition de ces peintures dans cette vitrine alors que des familles toujours en deuil pourraient l’interpréter comme s’inscrivant dans vos “Journées Hospitalité”. »

Les militants et les familles des femmes autochtones disparues et assassinées continuent à lutter sans relâche contre ces attitudes si répandues dans notre société, recherchant inlassablement la justice, la responsabilisation de tous, la réconciliation et une meilleure éducation du public. (Voir aussi Autochtones : organisations et activisme politiques.)

Soutien et sensibilisation

Au cours des dernières années, dans le contexte du lancement de l’enquête publique nationale et d’une plus grande visibilité du drame des FFADA, les communautés et les femmes autochtones ont reçu de très nombreuses manifestations de soutien. Les associations autochtones ont elles‑mêmes apporté leur soutien politique, émotionnel et juridique et ont également joué un rôle déterminant dans l’obtention d’une enquête publique. Des marches annuelles, des vigiles, la réalisation de documentaires et d’autres campagnes de sensibilisation ont rassemblé des personnes de tous horizons autour d’un objectif commun de recherche de la justice. Depuis le début des années 1990, se tient, chaque 14 février, la Marche commémorative des femmes, également appelée « Their Spirits Live Within Us » (leur esprit est toujours vivant parmi nous). La première édition a eu lieu dans l’est du centre‑ville de Vancouver sur un territoire non cédé appartenant aux Salish de la côte(voir Territoire autochtone). La Marche commémorative des femmes se déroule maintenant dans de nombreuses villes, d’un océan à l’autre, avec pour objectif de mieux faire connaître le drame des femmes autochtones disparues et assassinées, de promouvoir l’empathie et la compassion au sein du public, et d’apporter aux familles ayant perdu un être cher frappées par cette tragédie une certaine forme de guérison. Le 4 octobre est marqué par des vigiles organisées à l’initiative des Sœurs par l’esprit afin de sensibiliser la population et d’honorer les familles des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées. Les manifestations et les activités se déroulant dans de nombreuses villes canadiennes ce jour‑là sont financées par l’entremise de l’Association des femmes autochtones du Canada. Les campagnes Walking with Our Sisters (marchons avec nos sœurs) et REDress (réparation/robe rouge), deux projets indépendants d’installation artistique, ainsi que le projet Faceless Dolls (poupées sans visage), une initiative de l’AFAC), sont quelques‑unes des autres initiatives locales et citoyennes dans ce domaine.

D’autres groupes et d’autres personnes non autochtones ralliés à cette cause apportent également leur appui, participant à des vigiles et à des campagnes de sensibilisation. Les médias grand public, comme CBC, se montrent eux aussi actifs, aussi bien en matière de documentation que d’éducation du public. L’actrice Zoe Saldana travaillerait à un film pour contribuer à accroître la sensibilisation du public au sujet des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.