Histoire du michif

Le michif résulte de la longue proximité entre les locuteurs du cri et de l’ojibwé et les commerçants francophones. Leurs descendants – les Métis – auraient créé cette langue dans les plaines au début des années 1800 en mélangeant divers dialectes à base de français et de cri – le michif français (métis français) et le cri des Plaines.

À l’origine, le michif est parlé principalement par les chasseurs de bison métis dans leurs camps d’hiver (voir Chasse au bison). Bien qu’il ne soit pas parlé par tous les Métis (les Métis fortunés et de nombreux pêcheurs, agriculteurs et éleveurs ne parlent pas un mot de michif), le michif devient leur langue la plus commune au cours des XIXe et XXe siècles.

Le michif est parfois aussi appelé michif cri (ou cri métis). Ce qualificatif permet de distinguer cette langue des autres langues métis qui sont parfois également appelées michif, comme le michif français. Le terme michif sert aussi parfois à désigner les Métis eux-mêmes – le mot provenant de la prononciation du vieux français « métif » par les locuteurs des Plaines. Dans le présent article, michif désigne spécifiquement la langue michif cri, sauf avis contraire.

Structure linguistique

Bien qu’il ait parfois été considéré comme n’étant que du « mauvais français » ou un mélange désordonné de divers éléments, le michif est en fait doté d’une structure linguistique complexe, qui suggère que ces locuteurs parlaient aussi bien le cri que le français. Il se peut qu’ils aient parlé également d’autres langues, notamment l’ojibwé. Aujourd’hui, peu de locuteurs du michif peuvent néanmoins comprendre ou parler couramment ces langues.

Le michif a principalement adopté les noms, les chiffres, les articles et les adjectives du français et la syntaxe, la structure verbale, les pronoms démonstratifs, les pronoms interrogatifs et les pronoms personnels du cri. Les pronoms et adjectifs possessifs, les prépositions et les adverbes de négation ont été empruntés aux deux langues. Les exemples suivants de phrases en michif illustrent comment le français et le cri sont combinés de manière unique pour créer cette langue :

Anglais/Français

Michif

Good afternoon / Bonne après-midi

Bonn apray mijii.

It is a nice day / C’est une belle journée

Miiyoukiishikaw

What sort of meat is this? / Quelle sorte de viande est-ce?

kel sorte de viaan oma

I like fish / J’aime le poisson

Li pwesoon nimiyaymow

Système d'écriture

Il n’existe aucun système standardisé d’écriture du michif. Les communautés qui parlent le michif épellent donc les mots comme ils les prononcent dans leur dialecte régional, ce qui engendre de nombreuses variations. Mise à part l’influence des différences linguistiques locales, l’absence de système uniforme d’écriture de cette langue peut être attribuée à l’origine du michif qui est avant tout une langue orale.

Un petit nombre de systèmes orthographiques existent aujourd’hui, notamment au sein de la réserve de Turtle Mountain, dans le Dakota du Nord, aux États-Unis (c’est le premier système à avoir été mis au point) et d’autres ont été créés par des linguistes tels que Rita Flamand, Robert Papen et Norman Fleury.

Usage de la langue

Le michif est toujours parlé dans les régions où les chasseurs de bison métis passaient jadis l’hiver, comme dans le secteur des rivières Assiniboine et Qu’Appelle (Manitoba), dans la vallée de la Qu’Appelle (Saskatchewan) et dans le Grand Coteau du Missouri (Dakota du Nord).

Selon les données publiées par Statistique Canada pour 2011, 640 personnes auraient déclaré le michif comme leur langue maternelle en Saskatchewan (40,6 %), au Manitoba (26,6 %) et en Alberta (11,7 %).

La plupart des Métis ne parlent pas le michif, car ils ont grandi au sein de communautés où l’anglais ou le français dominait, que ce soit dans leur foyer, sur leur lieu de travail ou dans les pensionnats indiens où les enfants étaient forcés d’abandonner leur langue autochtone.

La persistance du michif est cependant révélatrice de l’ancrage temporel et de la particularité historique des traditions culturelles des Métis. Les locuteurs du michif n’étant probablement plus que de l’ordre de 1 000 au Canada, plusieurs initiatives de revitalisation de la langue ont été lancées au sein des communautés métis. En 1998, Patrimoine Canada a accordé des subventions au Ralliement national des Métis pour financer les efforts visant à préserver le michif. La Fédération des Métis du Manitoba et le Métis Resource Centre ont entre autres publié des dictionnaires du michif et mis sur pied des programmes linguistiques axés sur cette langue.

Autres langues métis

Le michif est la langue métis la plus communément parlée et la plus connue, mais ce n’est pas la seule. Les Métis ont parlé d’autres langues mélangeant des éléments de français, d’anglais et de langues autochtones et certaines de ces langues sont encore parlées de nos jours.

Cri français

Dans le village d’Île-à-la-Crosse et les communautés voisines, y compris à Buffalo Narrows, certains résidents métis parlent une langue qui est essentiellement du « cri des bois » additionné de quelques mots français. Bien qu’il ait parfois été qualifié de « dialecte » ou de « sous-dialecte », les linguistes conviennent que cette version du cri est complètement différente du michif cri décrit dans le présent article.

Michif français

Le michif français (aussi appelé métis français) est une variante du français qui a contribué à la naissance du michif. Le michif français serait né parmi les métis de sang mixte autochtone-français qui vivaient aux alentours des postes de commerce de la région des Grands Lacs au XVIe et XVIIe siècles. Lorsque ces personnes se sont déplacées avec la traite de la fourrure au XVIIIe siècle jusqu’aux régions qui forment aujourd’hui l’Ouest et le Nord du Canada, elles ont apporté avec elle le michif français. Cette langue s’est donc développée indépendamment du français parlé en France et même de celui parlé dans d’autres régions du Canada ou des États-Unis. Elle reflète une influence des langues autochtones de la famille algonquienne et donc l’histoire des contacts entre les Européens et les Autochtones. Elle est toujours parlée à Saint-Laurent et à Saint-Ambroise, deux communautés situées sur le lac Manitoba.

Bungee

Le bungee (ou bungi), dérivé du mot saulteau (ojibwé) panki qui signifie « un peu » ou « un morceau de », est un mélange d’anglais, de gaélique, d’ojibwé et de cri. Cette langue a également emprunté quelques mots au français. L’accent bungee est soit disant très influencé par la façon de parler des habitants des îles d’Orkney et des Écossais. Parlée autrefois par les Métis qui avaient des parents à la fois ojibwé ou cri et écossais, cette langue est aujourd’hui pratiquement éteinte, un petit nombre seulement d’anciens étant encore censés la parler.

Brayet

Le brayet (également écrit « braillet » ou « braillette ») est une autre langue née des échanges entre les Autochtones et les Européens. Il n’existe que peu de renseignements sur cette langue, mais elle aurait incorporé des mots français et ojibwés et aurait jadis été parlée dans les régions autour des Grands Lacs, telles qu’à Sault-Sainte-Marie (Ontario), et plus vers l’ouest autour du lac des Bois. Le brayet est généralement considéré comme une langue éteinte.

Importance

Le michif et les autres langues métis montrent à quel point la langue constitue un aspect important de l’identité, de l’histoire et du patrimoine culturels d’un peuple. Caractérisé par son unique mélange de français et de cri, le michif est une langue à part entière que les Métis d’aujourd’hui tiennent à préserver et à promouvoir.