La musique Métis reflète leurs origines mixtes et constitue par conséquent un amalgame de styles musicaux, de langages et d'éléments socioculturels.

Influences

Un bon exemple est la chanson suivante, écrite en cri des Plaines, en anglais et en français, chantée en 1971, par une femme de 63 ans, Mme Alphonse Carrière de Winnipeg. Sa famille, originaire de la colonie de la rivière Rouge au Manitoba, déménagea au Dakota du Nord en 1872-73 (peut-être à cause de la résistance de 1870) puis revint au Manitoba, « apportant » avec elle la chanson que voici :

« My Girl is an Irish Girl »

My girl is an Irish Girl / She's all the world to me / Everytime I come to town / I buy her a package of tea / Ki-Kakwecim-ilonan les pataques [Elle nous demande des patates] / That's all she has for me. / In nice pink dress and ribbon few / Ha ni ma nakosi-w [??]

Refrain :

It's always the same to girls / Wherever they may be, / In nice pink dress and ribbon tea / All is grand and pretty./ Nehiyaw-ak [nous sommes Amérindiens] all the same. / They're all as good as we. / Kahkiyaw ki-sâkih-ikwak, [Toutes vous aiment] / Kwayês, nama ci? [N'est-ce pas vrai?]

First time I met that girl / It was at an Appleski dance, / The way she threw her feet around / Her arm and around her dancing / Al à main left and elbow swing / Ayi wesh day hi no / Ni-sâkih-ik, ni-sâkih-âw, [Elle m'aime, je l'aime] / Kwayês nama ci? [N'est-ce pas vrai?]

Refrain

There was an old man his name was Jack / He had a shack acoss the road / Everytime the girls would go by would meet old Jack / With a beaming face / And all his six foot smile he'd say / Ki-ka âtamisk-itinâwâw [Je salue les garçons] / Kahkiyaw ki-sâkih-ikwak, [Toutes vous aiment] / Kwayês, nama ci? [N'est-ce pas vrai?]

Refrain

(Collection Henri Letourneau, Société d'histoire de Saint-Boniface, Winnipeg métropolitain 1971; trad. Peter Bakker, Institut de linguistique générale, Université d'Amsterdam.)

Les Métis contribuent au monumental répertoire de « chansons » apporté de France par les Européens, mais la langue et le vocabulaire sont exceptionnellement canadiens. Dans l'exemple qui suit, comparez la version écrite comme si elle était chantée en métis avec la version écrite en français courant.

« The Young Girl Who Wanted to Get Married »

Version telle que chantée par Joe Venne :

Il y avait une belle fille / Qui voulait se mareiller / Elle démandait son père / Aussi sa tendré mère / Bonjour mon cher père / J'voudrais meu pareiller / Quand j'ai pensé aux amants / Ça m'empêche dé dormir

Français standard :

Il y avait une belle fille / Qui voulait se marier / Elle demandait à son père / Aussi sa tendre mère / Bonjour mon cher père / Je voudrais me marier / Quand je pense aux amants / Ça m'empêche de dormir.

(Joe Venne, Birtle, Man. 1988; Collection SMEA.)

Musique Métis

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Métis ont créé leurs propres chansons, dans le style de la chanson folklorique traditionnelle qui commentait les événements les plus courants de leur vie : religieux, agricoles et surtout politiques, vu les troubles de l'époque. Avec le réveil de la conscience politique à la fin du XXe siècle, plusieurs de ces chansons sont redevenues populaires, comme celle qui suit, attribuée à Louis Riel, le patriote métis du XIXe siècle:

« La Métisse »

Je suis métisse et je suis orgueilleuse / D'appartenir à cette nation. / Je sais que Dieu de Sa main généreuse / S'est fait que peuples avec attention / Le Métis semble un petit peuple encore, / Mais vous pouvez voir déja leur destin. / Entre haïs, trahis, fallait honneur, / Il fallait faire un pli de grand dessin. / Ah! Si jamais je devais être aimée, / Je choisirais pour mon fidèle amant / Un des soldats de la petite armée / Que commandait notre fier Dumont, / Que commandait notre fier Dumont.

(Mme Jean Lafrénière, Saint-François-Xavier, Man.; Collection Henri Letourneau 1969, Société d'histoire de Saint-Boniface, Winnipeg.)

Les Métis chantent aussi dans leur propre langage, le michif, qui consiste généralement de verbes cris des Plaines et de noms français.

« La Montagne Tortue ki-ka-itohtâ-nân »

La Montagne Tortue ki-ka-itohtâ-nân / En charette ki-ka-itotâpaso-nân / La viande pilee ki-ka-mîciso-nân / L'ecorce de bouleau ki-ka-misâho-nân / [Nous allons à la montagne Tortue / Nous allons à la rivière Rouge en charette / Nous portons des mocassins / Nous mangeons du pemmican / Nous nous essuyons avec des écorces de bouleau]

(John Gosselin, Lebret, Sask. 1990; Collection SMEA.)

Jusqu'à la construction récente de lieux de réunions publiques, la musique métisse avait le foyer comme seul décor. Les fréquentes réunions de famille donnaient l'occasion de chanter et de conter des histoires. Souvent, les hommes se réunissaient dans une pièce et chantaient à tour de rôle jusqu'aux petites heures. Ces chansons vivantes et pleines d'humour décrivaient les plaisirs de la boisson et de la chair. (Communication privée de Joe Venne, Birtle Sainte-Madeline, Man. 1988.)

« J'ai cogné sur ma tonne »

J'ai cogné sur ma tonne / Ma tonne qui me résonne / En s'écriant : dou-hou, y'a plus rien / Dans mon tonneau / Femmes et hommes, filles / De tous nos chanteux / Qu'on boira tant qu'on vivra plus longtemps / Mon ivrogne! (Jos Riguidelle, Collection Henri Letourneau, Archives de Saint-Boniface, Winnipeg 1972.)

Les femmes possédaient aussi un répertoire vaste de chansons, la plupart se rapportant aux plaisirs - et aussi souvent aux peines - de l'amour et du mariage. La chanson de table qui suit était chantée par toute la famille assise autour de la table lors d'une noce.

« Nous sommes ici à soir »

Nous sommes ici à soir / Assises à votre table / Salut la compagnie / Aussi la mariée / Avez-vous bien compris la belle mariée? / Êtes-vous bien entendu que le curé vous a dit? / Fidèle à votre amant envers et contre tout / Fidèle à votre tour votre amant comme vous. / Tu n'iras plus au bal, Madame la mariée? / Tu n'iras plus au bal ou aussi d'assemblée. / Vous garderez la maison tandis que nous irons / Vous garderez tout ce logis avec votre mari. / Le château sur ton terre c'est le château brillant / C'est la terre des plaisirs qui est plus de misère / Le château sur ton terre c'est un château brillant / C'est la terre des plaisirs qui est plus de misère / Adieu plaisir d'une jeune fille comme moi / Adieu la misère qui nous voit donc mariés.

(Mme Alfred LeFrénière, Collection Henri Letourneau, Archives de Saint-Boniface, Winnipeg 1972.)

Danser au son du violon

Des danses improvisées prenaient place chaque semaine dans certaines localités. Au fur et à mesure que la nouvelle d'une soirée se répandait, la famille qui organisait l'événement entassait le mobilier dans un coin de la maison et même à l'extérieur. Comme la plupart des hommes jouaient d'un instrument de musique, la musique et la danse allaient se prolonger jusqu'à tard dans la nuit. Chacun était le bienvenu à ces danses, même le prêtre, et le son de la musique pouvait être entendu dans tout le village. (Communication personnelle, Grand Rapids, Man. 1981.). Là où les danses anciennes étaient à l'honneur, les favorites étaient la polka, la valse, le « two-step », le « schottische » et la danse carrée. Même si on reconnaît que les danses carrées des Métis diffèrent de celles des non natifs (une combinaison du jeu de pieds des natifs avec des dessins de carrés venant de France et d'Écosse), c'est la fameuse gigue de la rivière Rouge qui fait l'orgueil des familles métisses. Ils aiment blaguer en disant que le meilleur moyen de rendre un Métis fou est de clouer ses mocassins au plancher et de jouer la gigue de la rivière Rouge. (Communication personnelle, Crane River, Man. 1981.) Les familles défendent leurs propres pas et leur « introduction » (les premiers pas sont personnels à chaque gigueur) et elles aiment participer aux concours de gigues. (Communication personnelle, Cayer, Man. 1981.) Un bon gigueur métis est agile sur ses pieds, garde la mesure avec la musique, utilise plusieurs pas différents durant une même danse et se déplace en cercle plutôt qu'en ligne droite. (Communication personnelle, Crane River, Man. 1981.) Il y a d'autres danses telles : la double gigue, dansée par deux couples; le « Ta pi ska kan ni si mo win », où l'un des partenaires a une écharpe de soie nouée autour de la tête et l'autre la tient par un bout; la danse du lapin, d'heureuse mémoire, où le danseur poursuit sa partenaire. (Communication personnelle, Grand Rapids, Man. 1981.)

Les instruments de musique métis sont généralement portatifs, faciles à accorder et à jouer « par oreille », comme le violon, l'orgue à bouche, l'accordéon, les cuillères, le peigne et la guimbarde; on dit que peu de foyers métis n'avaient pas un violon accroché au mur (communication personnelle, Grand Rapids, Man. 1981.) et que s'ils ne pouvaient se permettre d'en commander un par catalogue, ils s'en faisaient avec de l'érable et de l'écorce de bouleau. Quelquefois, en l'absence d'autres instruments, le violon s'accordait avec la cornemuse. (Communication personnelle, Grand Rapids, Man. 1981) Plus récemment, le violon a été supplanté par l'accordéon, un autre instrument portatif, relativement facile à obtenir et à entretenir.

Les Métis ont adapté le style du violon européen à leur propre culture, comme ils l'avaient fait pour la danse et le style des chansons. Lederman croit que l'introduction, les fins monotones, le déclin tonal et les phrases à cinq temps sont typiques de la vieille chanson ojibwa et sont aussi caractéristiques des violoneux natifs ou métis du Manitoba. Par conséquent, même si la musique des violoneux métis s'est inspirée des traditions écossaise et irlandaise, Lederman pense qu'elle possède aussi des éléments essentiels de musique traditionnelle ojibwa. Si le violon demeure populaire, l'accès des Métis aux médias populaires semble avoir eu un effet négatif en contribuant à faire disparaître les éléments musicaux sus-mentionnés. Les musiciens métis ont remplacé les phrases inégales par des phrases au rythme banal de quatre et de huit temps et ont introduit des structures harmoniques complexes plutôt que d'adhérer aux simples progressions harmoniques des anciennes mélodies. (Communication personnelle, Brandon, Man. 1989.)

Tendances actuelles

De plus en plus, les Métis chantent et composent en langue anglaise et en style pop ou country. La chanson contemporaine suivante, interprétée par Edgar Desjarlais de Winnipeg, résume le dilemme social des Métis :

« Red Man's Shoes - White Man's Shoes »

I ain't red nor am I white, / I've been like this for all of my life / People say I'm white inside / White inside and red outside.

Choeur :

But sometimes I find myself, / Wishin' I was in Red Man's Shoes / Then sometimes I find myself, / Wishin' I was in White Man's Shoes.

But I'm not ashamed at all my friends, / I'm proud to be just what I am. / Nothin's gonna change the way I feel / Inside my heart and inside my head. / Red Man's Shoes - White Man's Shoes, / Red Man's Shoes - White Man's Shoes.

(Collection SMEA, 1990.)