Mercy Anne Coles, auteure d’un journal personnel (née le 1er février 1838 à Charlottetown, en Île-du-Prince-Édouard; morte le 11 février 1921 à Charlottetown, en Île-du-Prince-Édouard).

Mercy Coles est une des filles de George Coles, le premier premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard. Elle assiste aux Conférences de Charlottetown et de Québec avec ses parents. Son journal personnel, Reminiscences of Canada in 1864, est l’un des documents les plus détaillés sur les événements qui ont précédé la Confédération. L’ouvrage contient une description des Pères de la Confédération, notamment de la personnalité de chacun d’entre eux, et il lève le voile sur la politique sociale du milieu du XIXe siècle au Canada.

Famille et enfance

Mercy Coles est l’un des douze enfants de Mercy Haine et George Coles, le premier premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard. La famille Coles est établie depuis longtemps en Île-du-Prince-Édouard, mais les Haine habitent en Angleterre. George Coles et Mercy Haine s’y rencontrent avant de s’y marier en 1833. Ils se rendent en Île-du-Prince-Édouard l’année suivante.

Mercy Coles grandit à Charlottetown, où son père est un important chef d’entreprise, responsable d’une distillerie et d’une fabrique, avant qu’il se lance en politique. George Brown, un des Pères de la Confédération du Canada-Ouest (Ontario) et éditeur du journal Globe, décrit Mercy Coles comme étant l’une des « nombreuses filles [de George Coles], séduisantes, bien éduquées, bien informées, et vives d’esprit ».

Conférences de Charlottetown et de Québec

Mercy Coles assiste aux Conférences de Charlottetown et de Québec, en 1864, avec ses parents. Les femmes et les filles célibataires des délégués sont invitées aux festivités organisées en marge de ces événements. Mercy Coles relate en détail ses expériences dans Reminiscences of Canada in 1864. Ses récits décrivent plusieurs Pères de la Confédération et les activités sociales qui ont ponctué les réunions officielles de chaque conférence.

Les bals et les réunions dans les salons ne servaient pas seulement de divertissements. Pour les délégués et leur famille, ces événements permettaient d’établir de précieux contacts politiques. Edward Whelan, délégué de l’Île-du-Prince-Édouard, décrit ainsi la scène qu’il observe à la Conférence de Québec dans son journal de Charlottetown, l’Examiner :

les membres du cabinet – en particulier les plus influents d’entre eux – sont aussi les danseurs les plus infatigables que j’ai jamais rencontrés. Apparemment, ils ne manquent aucune des danses de toute la soirée. Ce sont des personnages rusés et il ne fait aucun doute qu’ils agissent à des fins politiques. Ils savent que s’ils parviennent à gagner l’affection des femmes et des filles du pays en dansant avec elles, les hommes en seront d’autant plus faciles à conquérir.

Mercy Coles, la fille du délégué de l’Île-du-Prince-Édouard, George Coles, est ainsi approchée par plusieurs politiciens haut placés qui espèrent qu’elle pourra inciter son père à soutenir la Confédération. George Coles n’est pas tenté par le plan proposé pour la Confédération. Il déclare n’être disposé à accepter les dispositions d’une éventuelle union qu’à la condition que la tenure à bail, un vieux problème sur l’île du Prince Édouard, soit abolie dans la colonie (voir Questions des terres de l’Île-du-Prince-Édouard). La délégation de la Province du Canada n’accepte pas cette condition et elle évite de l’inclure dans les 72 résolutions présentées à la conclusion de la Conférence de Québec, mais il devient dès lors difficile de rallier George Coles à la cause de la Confédération. (Voir aussi L’Île-du-Prince-Édouard et la Confédération.)

Mercy Coles retranscrit les échanges qu’elle a à la Conférence de Québec avec le futur premier ministre du Canada, John A. Macdonald. « M. J.A. Macdonald a dîné avec nous hier soir, écrit-elle. Après le dîner, il m’a tenu compagnie en parlant de choses et d’autres ». Plusieurs jours plus tard, Mercy Coles poursuit : « Je suis allée dîner dans la soirée. John A. s’est assis à côté de moi. Quel vieux menteur! Il m’a apporté mon dessert dans le salon. Le Conundrum ».

Elle est consciente de l’importance politique des festivités et mentionne dans son journal lorsqu’une activité sociale ne permet pas d’aboutir aux fins escomptées. Le 14 octobre 1864, elle écrit ainsi :

Je pense que le bal fut plutôt un échec pour les délégués. Les gens du Québec n’ont présenté aucune des femmes ni aucun des hommes à un partenaire potentiel et ne se sont pas préoccupés de savoir s’ils avaient ou non soupé. Les deux colonels Gray [John Hamilton Gray, de l’Île-du-Prince-Édouard, et John Hamilton Gray, du Nouveau-Brunswick] sont assez mécontents de la manière dont leurs filles ont été traitées.

À 26 ans, Mercy Coles est la deuxième plus âgée des femmes célibataires présentes à la conférence et elle espère rencontrer son futur époux dans le courant de l’année. Elle découvre néanmoins qu’il y a sur place beaucoup plus de femmes célibataires que d’hommes célibataires. Elle écrit que Samuel Leonard Tilley, 46 ans, un des délégués du Nouveau-Brunswick et père veuf de huit enfants, est l’un des rares célibataires disponibles présents durant les festivités organisées à Québec. « C’est une vraie farce, écrit-elle. C’est le seul galant de la soirée et avec cinq femmes célibataires autour de lui. Il a du pain sur la planche pour toutes les contenter ».

Elle attrape la diphtérie pendant son séjour à Québec et est traitée par le docteur Charles Tupper, premier ministre de la Nouvelle-Écosse. Sa maladie fait qu’elle manque certaines des festivités, mais elle reçoit un flux continu de visiteurs et consigne les nouvelles qu’ils lui donnent. Après la Conférence de Québec, la famille Coles suit la tournée promotionnelle en faveur de la Confédération à Montréal, Ottawa, Toronto et Niagara Falls.

Vie ultérieure

Mercy Coles continue à parcourir le Canada après les conférences de la Confédération et à relater ses expériences dans son journal personnel. La famille Coles traverse une passe difficile aux plans financier et personnel dans les années 1860, après la destruction des entrepôts de George Coles lors du grand incendie de Charlottetown qui embrase la ville le 15 juillet 1866. L’état mental de George Coles commence à se détériorer dans les années qui suivent et sa famille, en particulier Mercy Coles, prend soin de lui jusqu’à sa mort en 1875.

En 1917, pour le 50e anniversaire de la Confédération, Mercy Coles accorde plusieurs interviews à la presse. Elle relate alors son vécu des conférences historiques qui menèrent à l’union de l’Amérique du Nord britannique. Elle se remémore notamment sir John A. Macdonald qui s’enquiert de sa santé après sa diphtérie dans le Canada-Est (Québec). Elle conte ainsi l’anecdote au Guardian de Charlottetown :

En arrivant à l’hôtel [à Montréal, le 27 octobre 1864], j’ai été surprise de constater que j’étais la personne invalide pour laquelle des préparatifs avaient été faits. M. Macdonald, qui s’est toujours comporté en ami très attentif envers moi, avait annoncé mon arrivée par télégraphe. La chambre qui m’avait été assignée était équipée d’une grande cheminée.

Mercy Coles décède à Charlottetown en 1921.

Importance

Son journal personnel n’a jamais été publié dans sa version intégrale, mais Mercy Coles et ses descriptions des Pères de la Confédération font aujourd’hui partie de l’histoire culturelle du Canada. Mary Coles est un personnage central joué par la Troupe de la Confédération lors de la reconstitution annuelle à Charlottetown, en Île-du-Prince-Édouard, des négociations qui aboutirent à la Confédération. Son journal personnel est l’un des documents de référence essentiels qui renseignent sur les manœuvres politiques et les personnalités qui ont amené à la Confédération. Christopher Moore s’est inspiré du journal personnel de Mary Coles pour décrire, dans son livre Three Weeks in Quebec City: The Meeting That Made Canada (2015), la dynamique sociale qui a baigné la Conférence de Québec.