Mercure, Monique

 Monique Mercure, née Émond, comédienne (Montréal, Qc, 14 novembre 1930 ) La carrière de cette admirable comédienne, parmi les plus en vue des scènes et des écrans québécois et canadiens, a connu un rayonnement international important. Jouant, en français et en anglais, une centaine de rôles majeurs au théâtre, Monique Mercure marque de sa fougue, de son intensité et de son rire franc plusieurs téléséries et films primés.

Issue d'une famille où l'on valorisait l'art et le savoir, Monique Mercure reçoit une éducation religieuse des Dames de la Congrégation Notre-Dame, puis s'oriente vers la musique. Son diplôme de l'École Vincent-d'Indy, obtenu en 1949, la destine à une carrière de violoncelliste. Elle étudie aussi la danse avec Ludmilla Chiriaeff et, plus tard, avec Nadia Boulanger à Paris. Elle épouse le compositeur Pierre MERCURE en 1949, avec qui elle aura trois enfants, avant leur séparation en 1958. Après cette date, elle se consacre au théâtre et au cinéma.

Se considérant autodidacte, Monique Mercure fréquente tout de même l'École Jacques-Lecoq à Paris, en 1957 et 1958, puis le Montreal Drama Studio, de 1959 à 1962. Elle foule les planches du THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE (TNM) en 1959 dans Les Choéphores d'Eschyle sous la direction de Jean-Pierre RONFARD, puis se partage entre les œuvres des répertoires classique et contemporain, jouant notamment Brecht (trois productions de L'Opéra de Quat'Sous, au TNM en 1960, 1961 et 1991, Mère Courage, à la Nouvelle Compagnie Théâtrale en 1984) et Genet (à trois reprises Les Bonnes, dont elle incarne les trois personnages!), et les pièces d'auteurs québécois, comme celles de Michel TREMBLAY mises en scène par André BRASSARD : Les Belles-Sœurs, au TNM en 1971, puis à Ottawa, Québec, Paris et Toronto, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, en anglais, au FESTIVAL DE LENNOXVILLE en 1977, puis en tournée européenne, et L'Impromptu d'Outremont, au TNM en 1980.

Interprète énergique et volontaire, femme d'audace et d'engagement, Monique Mercure participe à d'innombrables aventures théâtrales et cinématographiques, sous la direction des metteurs en scène Jean Gascon, Jean-Louis Roux, Michelle Rossignol, René Richard Cyr, Alice Ronfard et Lorraine Pintal, dont la prestance dans Tartuffe (1996-97) lui mérita plusieurs éloges. En 1998, elle joue le rôle de Jocaste dans la pièce de Wajdi Mouawad, Œdipe-roi. En 2001-02, dans le cadre du Festival de théâtre des Amérique, en tournée européenne et sur les scènes du Centre national des arts à Ottawa, elle endossera le rôle de Poulette dans L'hiver de force, de Réjean Ducharme, dans une mise en scène de Lorraine Pintal; en 2003-2004, elle fait un retour au Théâtre du Nouveau-Monde et en tournée avec le rôle de La Lavandière dans la pièce Tristan et Iseult, mise en scène par Alice Ronfard.

Parallèlement, Monique Mercure poursuit une carrière à la télévision avec entre autres une participation à la série Héritage, Le retour, Tout sur moi. Elle bouleverse le public en Albertine à 70 ans dans Albertine, en cinq temps de Tremblay, mise en scène par Martine Beaulne, à l'Espace GO en 1995, qui sera adaptée en téléfilm. Depuis 2004, son rôle de la mère et de la grand-mère Édith Beauchamp dans la série Providence, portrait d'une femme forte autour de qui tourne toute l'intrigue, lui confirme une notoriété sans faille. Reconnue pour son jeu, elle se mérita le prix Gémeaux pour le meilleur premier rôle féminin téléroman (2007 et 2009) et aussi le prix Artis deux années consécutives, en 2008-2009 pour ce rôle.

Au cinéma, Monique Mercure a tourné de grands films auprès des réalisateurs les plus chevronnés. On pense à Fernand Dansereau (Le festin des morts, 1964, La Brunante, 2006), Claude JUTRA (À tout prendre, 1963, Mon oncle Antoine, 1971, Pour le meilleur et pour le pire, 1975, La Dame en couleurs, 1984), Fernand Dansereau, Francis Mankiewicz, Jean-Claude Labrecque, Yves Simoneau, Robert Altman, Claude Chabrol, David CRONENBERG (The Naked Lunch, 1991, pour lequel elle obtient le prix Génie d'interprétation féminine, rôle de soutien) et François GIRARD (Le Violon rouge, 1997), entre autres. Elle est la première actrice québécoise à remporter la Palme d'Or de l'interprétation féminine au Festival de Cannes, en 1977, pour le rôle de Rose-Aimée dans J. A. Martin, photographe de Jean BEAUDIN.

Tout au long de sa prolifique carrière, la très grande Monique Mercure a remporté de nombreux prix et éloges. En 1993, Monique Mercure reçoit le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène, le Prix Denise-Pelletier, ainsi que le prix Gascon-Roux pour le rôle d'Hécube dans Les Troyennes d'Euripide au TNM. Reçue Officier (1977) puis Compagnon de l'Ordre du Canada (1994), Monique Mercure a été directrice générale (1991-1997) puis directrice artistique (1997-2000) de l'École nationale de théâtre du Canada. Elle a reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Toronto, en 1998. En 2006, elle devient membre de la Société Royale du Canada et le 4 juin 2010, le premier ministre Jean Charest lui rend hommage en lui offrant l'insigne de grand officier de l'Ordre national du Québec en reconnaissance de sa carrière et de son engagement étant l'une dit-il, des plus grandes icônes de la culture québécoise.