Autochtones, médias des

Avant les années 60, seuls quelques périodiques étaient publiés à l'intention des lecteurs autochtones, la plupart, par des organisations missionnaires et gouvernementales non autochtones. Les exemples les plus notables sont le Kamloops Wawa (1891-1905), paraissant en langue chinook, et les publications des Oblats en inuktitut dans les années 40 et 50. Parmi le petit nombre de journaux authentiquement autochtones, signalons le Indian (1885-1986), publié à Hagersville, en Ontario. The Native People (1968-1982), publié par la Alberta Native Communications Society, marque le début de l'ère moderne des médias autochtones.

Les progrès rapides de la technologie des communications ainsi que l'exposition croissante des autochtones à la radio, à la télévision et à la presse écrite sensibilisent davantage les dirigeants INDIENS, INUITS et MÉTIS à la puissance des communications de masse comme moyen d'influer sur le processus politique. Convaincues que les médias d'information visent avant tout des auditoires non autochtones et qu'ils sont contrôlés par des intérêts non autochtones, plusieurs organisations autochtones locales (voir BANDE), provinciales et fédérales commencent à publier leurs propres bulletins et journaux durant les années 70. Ces publications se consacrent surtout à la promotion des questions autochtones et publient peu de nouvelles et d'articles d'intérêt général. Par la suite, de nombreuses autres publications traitent de sujets beaucoup plus variés.

Au milieu des années 60, grâce à une subvention de démarrage du gouvernement de l'Alberta, Eugene Steinhauer, un Cri qui deviendra plus tard président de l'Association des Indiens de l'Alberta, se procure un magnétophone et du matériel rudimentaire de montage audio et commence à produire des émissions de nouvelles et d'affaires publiques qui sont diffusées par les stations affiliées à la Société Radio-Canada (SRC) dans les régions éloignées de l'Alberta. Dès 1968, l'entreprise de Steinhauer était devenue la Alberta Native Communications Society (Société autochtone de communications de l'Alberta), une organisation à but non lucratif subventionnée par le gouvernement provincial et le Secrétariat d'État, qui en vient à publier le journal The Native People et à produire des émissions pour la télévision, sous le slogan « Des signaux de fumée aux satellites ». D'autres entreprises autochtones de communications, subventionnées au moins en partie par le Secrétariat d'État dans le cadre de son Programme de communication des autochtones, et quelques-unes partiellement subventionnées par les provinces, voient le jour dans diverses régions du Canada.

Dès 1987, on compte 17 entreprises autochtones de communications engagées dans la radio, la télévision et la presse écrite et visant à offrir aux autochtones le reflet de leurs expériences de vie, domaine négligé par les grands médias. Depuis ses débuts, le programme du Secrétariat d'État repose sur le principe voulant que ces entreprises autochtones doivent s'adresser à la fois aux Indiens inscrits et non inscrits et éviter de tomber sous le contrôle ou l'influence des organisations politiques autochtones, afin d'élargir la tradition de « liberté et d'indépendance » propre à la presse de la société non autochtone. Certains dirigeants autochtones acceptent ce principe, mais d'autres le rejettent avec vigueur. Cette opposition est particulièrement forte en Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick, où la plupart des dirigeants autochtones croient qu'aucune société autochtone de communications ne saurait exister sans faire partie ou subir l'influence des organisations politiques autochtones.

Au cours des années 70 et 80, environ 190 publications autochtones voient le jour, mais la plupart sont éphémères. La publicité et le tirage ne comptant que pour 10 p. 100 de leurs revenus, de nombreuses publications sont incapables de se constituer une solide assise financière ou de prospérer dans un climat politique incertain. En 1990, le gouvernement Mulroney met fin aux subventions (de près de 3,5 millions de dollars, à l'époque) destinées aux publications autochtones, en abolissant le Programme de communication des autochtones, qui existait depuis 20 ans. Si cette mesure ébranle bon nombre de publications subventionnées, elle ne porte cependant pas le coup de grâce que plusieurs appréhendaient. En fait, le nombre de publications a plus que doublé, passant de 25, en 1985, aux 69 inscrites dans l'Annuaire des media Matthews (sous la direction du ministère du Patrimoine canadien), sans compter toutes les autres publications, telles les bulletins de plus en plus nombreux d'organisations de femmes autochtones.

Télécommunications

Depuis les débuts de la radio dans les régions nordiques, on a diffusé de façon intermittente et sans licence en diverses langues autochtones. Au début des années 80, l'une des réalisations les plus importantes survenues dans les communications autochtones est peut-être la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d'accorder une licence de diffusion à la Inuit Broadcasting Corporation et à Taqramiut Nipingat Incorporated, afin que ces sociétés produisent des émissions de télévision à l'intention des auditoires en majorité inuits de l'Arctique de l'Est et du Nord du Québec, et qu'elles les relient par l'intermédiaire de la chaîne satellite de la SRC. Un autre développement est l'autorisation accordée à CANCOM, une entreprise privée de transmission par satellite, d'assurer des services de radio et de télévision dans les régions moins bien desservies (voir COMMUNICATIONS DANS LE NORD; COMMUNICATIONS PAR SATELLITE).

Tandis que les publications parviennent à se débrouiller par leurs propres moyens, le gouvernement fédéral continue de subventionner la production et la distribution d'émissions de radio et de télévision dans le Nord. Dans le cadre du Programme d'accès des autochtones du Nord à la radiotélédiffusion, lancé en avril 1983, le gouvernement fournit une aide à 13 entreprises autochtones de communications situées dans les deux Territoires et dans les régions nordiques de 7 provinces. Les émissions de radio et de télévision qu'elles réalisent rejoignent environ 400 communautés, soit un auditoire d'un quart de million d'autochtones.

En janvier 1992, Television Northern Canada (TVNC) lance un organisme indépendant sans but lucratif qui distribue par satellite des émissions de télévision destinées aux autochtones des communautés nordiques. TVNC produit 100 heures d'émissions par semaine, en 11 langues et dialectes autochtones ainsi qu'en français et en anglais, et projette d'élargir ses services.