Mavis Leslie Gallant, C.C., écrivaine (née le 11 août 1922 à Montréal, au Québec; décédée le 18 février 2014 à Paris, en France). En 1950, la Montréalaise Mavis Gallant, alors âgée de 28 ans, décide de faire ce que beaucoup d’autres avant et après elle ont fait : elle déménage à Paris et devient écrivaine. Mais en quelques années, Mavis Gallant fait ce que très peu d’autres ont fait : elle réussit. Aujourd’hui, les universitaires, critiques et autres écrivains placent Mavis Gallant parmi les grands de la nouvelle littéraire contemporaine. Dans ses dix recueils, elle traite de la vie au Québec durant la première partie du XXe siècle et en Europe après la Deuxième Guerre mondiale. Elle est souvent décrite comme une « écrivaine pour écrivains », sorte de sceau exclusif que les professionnels de la littérature apposent aux écrivains qui répondent de façon exemplaire à leurs critères, comme si, ce faisant, les œuvres en devenaient hermétiques au lectorat général. En effet, Mavis Gallant a longtemps souffert de cette admiration bien intentionnée, mais limitative, tout autant que de son départ pendant la plus grande partie de sa vie en France, qui n’a pas aidé sa popularité au Canada, du moins si l’on compare son œuvre à celle d’autres écrivains à l’envergure semblable, comme Alice Munro. Membre de l’Ordre du Canada, et récipiendaire du Prix littéraire du Gouverneur général, du prix Matt Cohen, du Rea Award for the Short Story et du prix Athanase-David, ce dernier offert par le gouvernement provincial de Québec (dont elle est la seule récipiendaire de langue anglaise), Mavis Gallant est sans contredit une écrivaine canadienne de grande importance.

Enfance et éducation

Après le décès de son père, quand elle est toute jeune, Mavis Gallant est élevée à distance par sa mère et son beau-père, qui l’envoient d’une école à l’autre, dont un pénitencier américain, où elle séjourne un long moment. Jeune femme, Mavis Gallant commence à travailler à l’Office national du film du Canada avant de finalement devenir journaliste pour le Montreal Standard. Entre-temps, elle marie John Gallant, un musicien de Winnipeg, mais cette union ne dure pas. Elle profite de cette fin professionnelle et personnelle pour quitter Montréal vers Paris, en 1950, et commence à écrire de la fiction. Le barème qu’elle utilise pour mesurer son succès n’est pas des moindres : elle décide d’envoyer ses nouvelles au New Yorker, le plus important magazine littéraire de langue anglaise au monde. Si ses textes y sont acceptés, se dit-elle, cela voudra dire qu’elle a trouvé sa vocation. Bien entendu, les réponses sont positives, et Mavis Gallant se met à contribuer régulièrement au magazine dès le début des années 1950.

Succès grandissant

Les nouvelles de Mavis Gallant publiées dans le New Yorker font l’objet d’une succession de recueils pendant les 20 années qui suivent. Malgré de dithyrambiques critiques aux États-Unis et en Grande-Bretagne, elle demeure peu connue au Canada. La donne change cependant vers la fin des années 1970, lorsque ses œuvres sont publiées au Canada par McClelland & Stewart. En 1981, elle gagne le Prix littéraire du Gouverneur général de fiction pour son recueil de nouvelles Home Truths. Forte de la parution de plus de dix recueils de nouvelles durant sa carrière, Mavis Gallant est récipiendaire de nombreux doctorats honorifiques et d’autres prix, dont sa nomination comme membre de l’Ordre du Canada, en 1993. Un important compendium de ses œuvres, Selected Stories, est publié en 1996. En 2012, les maisons d'édition McClelland & Stewart et Alfred A. Knopf annoncent qu'ils publieront ses journaux intimes parisiens; un extrait de ces journaux paraît dans le New Yorker en juillet 2012.

Style

Les fictions de Mavis Gallant sont des œuvres précises et complexes qui explorent les thèmes de la stérilité, de l’aliénation et du déplacement, souvent sans leur trouver de résolutions finales. « Un été ou l’autre marcherait toujours sur sa tombe » (Le tunnel, 121) sont les étranges derniers mots de sa nouvelle « In the Tunnel, » mots qui ne répondent que très peu aux attentes du lecteur en quête d’un dénouement harmonieux. Faute de cela, Mavis Gallant offre, au mieux, une harmonie fuyante, un dénouement mi-clos et cache le sens profond de son œuvre au creux de la narratrice elle-même. Dans ce cas-ci, comme dans le cas de nombreux autres récits, dont « When We Were Nearly Young » (1960), « The Pegnitz Junction » (1973), « The Four Seasons » (1975), « Scarves, Beads, Sandals » (1995), Mavis Gallant donne à ses personnages une digne indépendance, à la fois émotionnelle et psychologique, qui leur permet, parfois aveuglément, de poursuivre leur chemin sans se préoccuper des autres. Ces personnages sont souvent de jeunes femmes, Montréalaises ou Européennes, prises dans des situations familiales difficiles ou dans un emploi sans avenir. Pour donner corps à ces situations, elle pose un regard parfois fataliste, parfois sympathique, sur les désirs on ne peut plus humains et la cruauté parfois amusante qu’ont les gens entre eux. Son écriture se montre plus chaleureuse lorsqu’elle parle du Montréal qu’elle a quitté, comme dans ce passage de sa série Linnet Muir, à propos d’une jeune femme dans un Montréal ancien :

Je me rappelle une journée de noires tourmentes de neige printanières, nos reflets dans les vitres sombres, les ronds épars de chaude lumière, les lampes à abat-jour verts, les sifflements et gargouillis des radiateurs qui semblaient toujours annoncer quelque scène dramatique, le relâchement soudain des fins d’après-midi où chaque molécule était devenue poison. (Entre zéro et un, 264)

L’intensité et la beauté de ce passage ne viennent pas seulement du choix et de l’expression des détails, mais de l’homogénéité de ton que Mavis Gallant atteint, tout en arrivant à son surprenant dernier mot. Elle y décrit un bureau montréalais durant la Deuxième Guerre mondiale ou, plus précisément, y révèle un « climat de l’esprit » certain, une expression que Mavis Gallant utilise aussi pour parler des objectifs que la littérature doit atteindre. Assise entre Montréal et l’Europe dans la deuxième partie du XXe siècle, Mavis Gallant a évoqué les climats de nombreux esprits comme nulle autre écrivaine de nouvelles ne l’a fait en littérature contemporaine.