Matthew Coon Come

Matthew Coon Come, Grand Chef de la Nation crie d'Iiyuuschee de la Baie James et président de l'Administration régionale crie (1987-1999, 2009-); Chef national de l'APN (2000-2003); activiste et environnementaliste (né en 1956 près de Mistissini, au Québec).

Élu Grand Chef de la Nation crie de la Baie James à cinq reprises, Matthew Coon Come a assumé une fois le mandat de Chef national de l'Assemblée des Premières Nations. Il a connu la célébrité à l'échelle nationale et internationale grâce à son opposition fructueuse au projet hydroélectrique de la Baie‑James dans les années 1990, à sa revendication de l'autodétermination des Cris advenant l'indépendance du Québec, et à son plaidoyer en faveur de l'autodétermination autochtone dans le monde entier.

Matthew Coon Come naît dans une hutte bâtie le long de la ligne de piégeage de ses parents près de Mistissini, dans le nord du Québec. À l'âge de six ans, il est séparé de sa famille et envoyé dans un pensionnat. Il passe la plus grande partie de sa jeunesse au pensionnat indien de La Tuque, dans le centre du Québec, où il subit des sévices physiques et sexuels. Au cours des années 1970, il étudie les sciences politiques à l'Université Trent, où il devient président de l'association des étudiants autochtones. Il étudie également le droit à l'Université McGill. Cependant, une délégation d'aînés cris lui demande alors d'endosser le rôle de coordonnateur pour les collectivités cries de l'arrière‑pays. Il intervient donc lors des négociations qui donnent lieu à la création de la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec, SC 1984, une première historique. Cette loi favorise largement l'autonomie des bandes cris de la Baie James et des Naskapis du Québec (voir également Convention de la Baie James et du Nord québécois). Par la suite, Coon Come exerce à deux reprises les fonctions de chef de la Première nation de Mistissini. Lors de cette période, la collectivité se dote d'un centre d'éducation des adultes et de nouveaux établissements de santé. Elle apporte également des améliorations importantes à ses logements et à son infrastructure.

En 1987, Coon Come est élu Grand Chef du Grand Conseil des Cris et président de l'Administration régionale crie. L'opposition au mégaprojet hydroélectrique de la Baie James, mouvement dont il prend la tête, figure parmi les plus grandes réalisations de ses quatre mandats consécutifs de Grand Chef. En 1988, Hydro‑Québec signe un contrat d'exportation d'électricité de plusieurs milliards de dollars avec la New York Power Authority. Afin de répondre à cette demande, Hydro‑Québec envisage d'exécuter la phase Grande‑Baleine, dans le cadre du projet hydroélectrique de la Baie‑James. Elle exige la construction d'une trentaine de barrages et de 600 digues, le blocage de plusieurs grandes rivières et la dégradation irréversible d'une grande partie de la région de la Baie James. Coon Come organise une excursion en canot pour des aînés, qui les mènera de la Baie James à la ville de New York, dans le but de manifester leur opposition à ce projet. L'excursion retient l'attention au pays et ailleurs dans le monde. Elle incite l'État de New York à abroger le contrat en 1992, et le projet est annulé officiellement en 1994.

Coon Come sollicite également l'appui du Canada et de l'étranger aux droits des peuples autochtones du Québec, en particulier le droit à l'autodétermination, advenant la séparation du Québec. Lors du référendum du Québec de 1995, Coon Come crée un référendum distinct. À cette occasion, une majorité écrasante de Cris expriment leur volonté de demeurer au sein du Canada par leur vote. En 2000, Coon Come pose sa candidature aux élections du Chef national de l'Assemblée des Premières Nations. Il accuse l'APN de servir d'antenne bureaucratique du gouvernement fédéral, plutôt que de prendre énergiquement la défense des peuples autochtones. Coon Come remporte les élections et remplace Phil Fontaine, qui était plus conciliant. Après la fin de son mandat en 2003, Coon Come devient conseiller auprès du Grand Conseil des Cris. Il s'exprime sur nombre d'enjeux, dont l'exploitation minière, l'énergie renouvelable et les pensionnats.

En 2009, Coon Come est réélu Grand Chef de la Nation crie d'Iiyuuschee de la Baie James et président de l'Administration régionale crie. En 2012, il négocie l'Accord‑cadre sur la gouvernance avec le gouvernement du Québec. Grâce à cette entente historique, les Cris acquièrent un plus grand pouvoir dans la région de la Baie James. En vertu de cet accord, la municipalité de la Baie James est remplacée par le territoire d'Eeyou Istchee‑Baie‑James, autorité régionale qui sera gouvernée par des Cris et par des non autochtones. L'accord augmente effectivement l'influence des Cris dans les domaines des projets d'exploitation minière, du développement hydroélectrique et des projets d'énergie éolienne.

Matthew Coon Come assume la présidence ou la direction de nombreuses organisations, dont le Cree Nation Trust, le groupe de travail sur la gouvernance de la Nation crie et le Réseau de communication Eeyou. Il fait la promotion des droits des peuples autochtones du monde entier, et reçoit plusieurs prix et honneurs à l'échelle nationale et internationale.

Prix et honneurs

Prix Goldman pour l'environnement, 1994
Prix Condé Nast Traveler, catégorie environnement, 1994
Prix nationaux d'excellence décernés aux Autochtones, 1995
Doctorat honorifique en droit (Université Trent), 1998
Doctorat honorifique en droit (Université de Toronto), 2000