Matériel agricole

L'agriculture canadienne évolue rapidement de 1850 à 1900, et les modifications apportées à la machinerie agricole sont à la fois la cause et le reflet des changements survenus dans d'autres secteurs.

En plus de la bêche, de la houe et du râteau bien connu des jardiniers modernes, les anciens outils à main comprennent le semoir, un récipient perforé en bois transporté au moyen d'une courroie placée derrière le cou et servant au semis à la volée; la faucille et la faux, des couteaux que l'on tient respectivement avec une et deux mains, utilisées pour la moisson et la fenaison; le fléau, deux baguettes de bois attachées à une courroie, utilisé pour battre les grains de céréales; le van (plateau à vannage), réceptacle en demi-lune pourvu de deux poignées et servant à secouer les grains de céréales afin de les séparer de leur enveloppe; la fourche, permettant de lancer le foin ou de pelleter le fumier; la pelle à grain en bois; le coupe-foin ou le crochet à foin; et le greffoir, un couteau servant à couper les branches pour en faire des boutures. La plupart de ces outils sont remplacés, et d'autres, comme la charrue par exemple, subissent des modifications importantes.

Charrue

Les charrues en bois à poignée simple fabriquées de façon artisanale sont remplacées par des charrues en acier, automotrices, à deux poignées, conçues de façon scientifique et fabriquées en série. Ensuite viennent des charrues à siège à versoir simple, puis double, et enfin des machines énormes comptant jusqu'à 16 versoirs. La charrue évolue en fonction des sources d'énergie. D'abord les boeufs (parfaits pour les premières fermes parsemées de racines), ensuite les attelages de chevaux, puis les attelages multiples (jusqu'à 16 chevaux par attelage). Suivent les moteurs à vapeur ayant la puissance de 50 chevaux ou plus et finalement les tracteurs à essence, plus polyvalents, plus légers, mais aussi puissants.

Batteuse

Les batteuses subissent les modifications les plus importantes et les plus coûteuses. En 1850, la plupart des agriculteurs coupent les céréales avec des faux à râteau, et la récolte dépend des quelques courtes semaines de la moisson. L'hiver, les céréales récoltées sont battues au fléau sur le plancher de la grange ou piétinées par les chevaux jusqu'à ce que le grain se libère de la paille et soit ramassé. Il est ensuite vanné, par le vent ou un courant d'air artificiel au moyen d'un tarare. Des machines plus efficaces, comme les moissonneuses inspirées des inventions de Cyrus McCormick et d'Obed Hussey, aux États-Unis, et de Patrick Bell, en Angleterre, permettent aux agriculteurs de récolter de plus en plus de céréales. Des batteuses plus grosses, d'abord actionnées par des trépigneuses à un ou deux chevaux, puis par d'immenses moteurs à vapeur, commencent à faire leur apparition. Des batteuses mécaniques sont fabriquées par Waterloo, Sawyer-Massey, Hergott, Lobsinger, Moody et d'autres fabricants canadiens.

Semoir

Les premiers semoirs manuels à la volée sont remplacés par des semoirs à grains sophistiqués, à 11, 13 ou 15 chevaux, et qui enfoncent les graines dans un sol bien labouré, à une profondeur et à un intervalle précis.

Instruments de travail du sol

Ils s'améliorent aussi. Les herses fabriquées à partir de branches avec des pointes de fer sont remplacées par diverses herses à ressorts d'acier capables de briser plus rapidement la terre fraîchement retournée pour en faire un lit de semence sans mauvaises herbes.

L'industrie

Les industriels profitent de cette évolution rapide. Les petites forges des villages canadiens s'agrandissent au fur et à mesure que la demande de fer augmente, en particulier après l'essor du chemin de fer dans les années 1850 qui permet au fer bon marché provenant de l'Angleterre et des États-Unis d'entrer plus facilement au Canada. La demande de fer pour la fabrication de moteurs entraîne l'établissement d'une industrie métallurgique perfectionnée à Hamilton, en Ontario. Les premiers artisans du fer, par exemple les Van Normans, utilisent du fer des marais de mauvaise qualité. Dans les années 1850, le fer de meilleure qualité stimule la croissance des fonderies locales.

Le fer commence à remplacer le bois pour la fabrication de l'outillage agricole. Les fabricants sont de plus en plus nombreux, surtout à l'extrémité ouest du lac Ontario, où Massey, Verity, Patterson, Wilkinson, Sawyer, Cockshutt, Wisner, Harris et d'autres établissent leurs usines et produisent des charrues, des caisses épandeuses, des tarares, des semoirs, des moissonneuses, des faucheuses, des batteuses et des moteurs à vapeur. Le bois étant bon marché et abondant, on l'utilise autant que possible. Cependant, le fer est essentiel pour la fabrication des pièces coupantes et des parties mobiles en général. D'importants fabricants semblent apparaître du jour au lendemain. Certaines de ces compagnies, entre autres celles qui sont conservatrices ou qui ne disposent pas de fonds suffisants, disparaissent rapidement. D'autres prospèrent et continuent à dominer l'industrie de la machinerie agricole jusqu'à la fin du XXe siècle.

Quand une machine devient désuète en raison de nouvelles technologies, comme la moissonneuse-lieuse à fil de fer qui remplace la moissonneuse à aile, elle-même remplacée par la moissonneuse-lieuse à ficelle, la concurrence s'intensifie. Quelques compagnies canadiennes, par exemple le fabricant de charrues William H. Verity, se spécialisent dans la production d'un seul outil. Cependant, la plupart des grands fabricants produisent des lignes complètes d'équipement agricole. La Massey Manufacturing Co., d'abord établie à Bond Head, puis à Newcastle et enfin à Toronto, en raison de la nécessité d'avoir un système d'approvisionnement et de livraison ferroviaire, ne fabrique que 50 outils en 1847. En 1860, elle fabrique deux catégories d'outils : des machines simples de conception canadienne (des hache-paille, des herses, des brouettes, des tarares, etc.) et des machines plus sophistiqués copiées d'inventions américaines brevetées (la moissonneuse-faucheuse de Manny, la nouvelle moissonneuse-râteleuse de Wood, le horse power de Pitt, la faucheuse brevetée de Ketchum). La fabrication de machines américaines au Canada est une source de grande fierté. L'absence de lois sur les brevets, jusqu'en 1869, encourage les fabricants canadiens à se rendre chaque année aux États-Unis, à la recherche de nouvelles idées et d'ententes leur permettant de produire les nouvelles inventions américaines.

L'Ontario

Dans les années 1850, en raison de la guerre de Crimée, les marchés les plus vigoureux sont ceux de l'Ouest de l'Ontario, où la majorité rurale des années 1850 est en mesure d'épargner grâce au prix élevé des céréales. Dans l'Est de l'Ontario, le nombre de fabricants est moindre, mais quand même important. Les plus importants étant Frost and Wood de Smiths Falls, qui survivent à la période de forte concurrence des années 1890. La compagnie Herring de Napanee, qui commercialise des tarares et des moissonneuses, finit par disparaître, alors que Massey-Harris évolue dans un marché de plus en plus vaste après 1891. Les fabricants d'outillage ne restent pas tous dans la même ligne de production. Par exemple, la compagnie Gibbard de Napanee, qui fabrique à l'origine des tarares et des cercueils, commence à produire des meubles de qualité et abandonne complètement la fabrication d'outillage.

Les Maritimes

Les fabricants des Maritimes connaissent aussi une période de croissance. Cependant, après la Confédération, le marché est limité et finit par être dominé par d'importants fabricants ontariens qui étendent leur marché vers l'Est. Connell Brothers de Woodstock, au Nouveau-Brunswick, et Harris and Allen, de Saint-Jean, sont des fabricants prospères des centres agricoles loyalistes. Il en existe d'autres à l'Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse.

Le Québec

Les fabricants d'outils y sont plus influencés par les machines de conception européenne, et la charrue médiévale à deux roues est couramment utilisée par les agriculteurs québécois tout au long du XIXe siècle. Puisque de nombreux Canadiens français s'adonnent à l'agriculture, du moins en partie, pendant tout le XIXe siècle, les conditions sont favorables pour les fabricants d'outillage. Au XXe siècle, la compagnie Doré et Fils, de La Prairie, ainsi que Mathew Moody and Sons, de Terrebonne, sont de prospères fabricants de batteuses à poste fixe et de trépigneuses à cheval-vapeur. On retrouve encore certaines de ces machines dans l'Est du Canada.

L'Ouest canadien

La croissance de l'agriculture dans les Prairies survient au XXe siècle. Bien que Winnipeg attire certains fabricants d'outillage, lorsque le marché des Prairies s'ouvre, les fabricants de l'Est, protégés par les tarifs élevés de la politique nationale, sont prêts à offrir les nouvelles moissonneuses à cadre ouvert, lancées par les compagnies Harris, Massey et Toronto Reaper. Après 1900, la popularité des moteurs à vapeur autopropulsés, exige un haut niveau de perfectionnement technologique, et les compagnies américaines Case, Deere et International Harvester font une concurrence féroce aux fabricants ontariens. Ces compagnies conçoivent et construisent rapidement des tracteurs à vapeur de plus en plus gros pour les terres productives des Prairies. L'industrie des batteuses prend de l'expansion pour répondre à l'augmentation de puissance des tracteurs à vapeur.

Encore une fois, les fabricants ontariens, grâce à leur avance sur le plan de la technologie, s'emparent du nouveau marché de l'Ouest, et Waterloo, Lobsinger, Sawyer-Massey, Hergott et Bell doivent rapidement y expédier des batteuses portatives de plus en plus grosses. Fabriqués en bois à l'origine, ces nouveaux dinosaures des Prairies sont bientôt faits de fer galvanisé et sont ainsi aptes à résister aux ravages du temps. Beaucoup de ces machines sont abandonnées sur les fermes des Prairies, tandis que la nouvelle génération se fraye un chemin dans les champs de blé.