Marina Nemat

Marina Nemat, écrivaine, activiste en droits de la personne (Téhéran, Iran, 22 avr.1965). Marina Nemat grandit à Téhéran, en IRAN, au sein d'une famille chrétienne (voir CHRISTIANISME) et apprend les récits bibliques de sa grand-mère russe. Adolescente, elle participe avec des amis à des manifestations dénonçant la diminution des droits des femmes (voirMOUVEMENT DES FEMMES) sous la révolution islamique de l'ayatollah Khomeini. À 16 ans, elle est arrêtée au cours d'une manifestation étudiante et faussement accusée d'être membre du parti communiste. Détenue à la prison d'Evin pendant deux ans, elle est maintes fois battue, violée et privée de sommeil. Elle est sur le point d'être exécutée lorsqu'un interrogateur, Ali, déclare son amour pour elle, se porte à sa défense et obtient qu'on la remette aux mains de sa propre famille.

Marina Nemat est stupéfaite de la gentillesse de la mère d'Ali et d'apprendre que celui-ci a également été torturé par les hommes du shah à la prison d'Evin. Elle en vient ainsi à comprendre les cycles d'inhumanité favorisés par les régimes despotiques. Bientôt, elle est forcée de se convertir à l'ISLAM, de changer de nom et d'épouser Ali. Quatorze mois plus tard, ce dernier est abattu en public et Marina Nemat est renvoyée à la prison d'Evin après avoir fait une fausse couche. La famille d'Ali négocie son retour chez ses parents, qui refusent de parler de l'expérience vécue par leur fille : « J'attendais qu'ils me demandent quelque chose, n'importe quoi qui aurait pu m'indiquer où commencer mon récit. » La torture qu'elle a subie et son mariage forcé demeurent sources de honte et de culpabilité. En 1985, elle épouse son premier amour, Andre, dans une cérémonie chrétienne secrète. Ils immigrent (voirIMMIGRATION) au Canada en 1991 avec leur fils.

Pour venir à bout de ses cauchemars sur ce qu'elle a vécu à la prison d'Evin, Marina Nemat décide de se rappeler volontairement ses souffrances et de les noter; c'est ainsi que commence l'ébauche de ses mémoires, Prisoner of Tehran (2008; trad. Prisonnière à Téhéran) (voirÉCRITS À CARACTÈRE INTIME). Dans une prose précise et mesurée, Marina Nemat y décrit son intention d'oublier le passé : « Alors que nous nous éloignions de Pearson, j'ai regardé par la fenêtre, et l'immensité du paysage m'a stupéfaite. Le passé était loin derrière, dans l'intérêt de tous. » Saluée par la critique comme « l'autobiographie la plus belle et la plus élégante écrite au Canada », l'œuvre a été traduite dans le monde entier et a remporté le prestigieux prix Grinzane Cavour en Italie.

En 2008, après une dépression nerveuse (voirSANTÉ MENTALE), Marina Nemat se remet à écrire et produit After Tehran, A Life Reclaimed (2011). Elle y révèle comment la stabilité de sa vie au Canada a été érodée par les voix et les visions qu'elle avait enfouies. Sur un rythme soutenu, Marina Nemat réfléchit à la confusion de la vie qu'elle a été forcée de partager avec Ali, mise en évidence par sa réaction à son décès par balle : « Je l'ai détesté, j'ai essayé de lui pardonner et, en vain, j'ai essayé de l'aimer. »

Dans un langage sans invective ni rancœur, Marina Nemat montre comment l'humanité se dégrade quand un régime entretient la peur plutôt que la liberté, la violence plutôt que la libre expression, la destruction plutôt que le débat. Sa prose délibérée et audacieuse définit son objectif : « Je suis un témoin et une écrivaine, pas une politicienne. » Elle affirme que ses récits sont des protestations universelles et pas seulement les siennes, qu'elles sont celles de nombreuses personnes qui souffrent.

En 2012, Prisoner of Tehran est finaliste au concours Canada Reads de la radio anglaise de la SRC. Parfois, au cours de débats houleux, la véracité des propos de Marina Nemat est remise en question, ce qui attire l'attention de la presse nationale. Marina Nemat répond publiquement, répétant que ses histoires ne sont pas uniques, mais qu'elles constituent « le témoignage humble et imparfait de milliers d'autres qui ont été terriblement lésés... torturés et exécutés parce qu'ils avaient osé parler ». Les mémoires de Marina Nemat mettent au jour un régime qui, tout en inspirant une peur profonde au sein de sa population, a fait naître chez les individus la force profonde de résister.

En 2008, Marina Nemat est lauréate du premier prix Dignité humaine décerné par le parlement européen. Elle est membre et porte-parole de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, d'Amnistie internationale, du Centre Canadien pour Victimes de Torture et de PEN Canada. Elle habite en banlieue de Toronto.