Marie Chouinard, O.C., danseuse, chorégraphe, réalisatrice (née le 14 mai 1955 à Québec, au Québec). Officier de l’Ordre du Canada et lauréate de nombreux autres prix et distinctions, Marie Chouinard est internationalement reconnue comme une figure d’avant-garde majeure du monde de la danse. Le travail de cette iconoclaste fascinée par les rituels présente la danse comme un art sacré et le corps comme un véhicule spécial doté d’une force spirituelle qu’il convient de célébrer. En tant que soliste, Marie Chouinard fait partie des meilleurs artistes expérimentaux du monde.

Début de carrière

Marie Chouinard débute comme artiste multidisciplinaire d’avant-garde avec une série de brèves vignettes de danse telles que Cristallisation, en 1978, dans laquelle elle laisse tomber des œufs crus et Danse pour un homme habillé de noir et qui porte un revolver en 1979. Dès le début de sa carrière, elle se forge une réputation extraordinaire. Elle flirte régulièrement avec le scandale : en 1981 avec Danseuse-performeuse cherche amoureux ou amoureuse pour la nuit du 1er juin, une œuvre au cours de laquelle elle se vend aux enchères; en 1980 avec Petite danse sans nom dont une scène qui la voit uriner lui vaut d’être bannie du Musée des beaux-arts de l’Ontario ou encore en 1982 avec Marie Chien Noir qui comporte une séance de masturbation.

Montréalaise, Marie Chouinard vit et étudie à Berlin, à Bali et au Népal. En 1981, elle est la première à occuper le studio du Québec à New York mis à la disposition des artistes par le gouvernement du Québec. Nombre de ses œuvres de jeunesse nécessitent une maîtrise musculaire particulière, comme en témoignent les sons gutturaux venus de l’estomac qu’elle émet pour évoquer des animaux mythologiques dans Drive in the Dragon et S.T.A.B.(Space, Time and Beyond) en 1986 et dans L’Après-midi d’un faune en 1987.

La Compagnie Marie Chouinard

En 1990, Marie Chouinard fonde La Compagnie Marie Chouinard pour créer Les trous du ciel, une œuvre de grande ampleur dans laquelle un clan d’êtres fictifs primitifs exécute des « chants de gorge ». Puis, en 1993, la compagnie interprète Le Sacre du printemps, la première œuvre de Marie Chouinard créée à partir d’une partition musicale, ici d’Igor Stravinsky. Ces deux spectacles sont ensuite offerts à l’occasion d’une tournée de grande envergure en France, en Belgique, en Hollande, aux États-Unis et au Canada. Le Sacre du printemps est présenté pour la première foisavec un orchestre complet à Taipei à Taiwan en 1994. Il est également interprété en 1996 en compagnie de l’Orchestre du Centre national des arts.

L’Amande et le diamant, troisième œuvre collective de Marie Chouinard, met en scène cinq couples à divers stades de l’extase charnelle. Cette pièce, moins controversée pour son imagerie que pour ses longueurs et sa surabondance, est présentée pour la première fois au Festival Danse Canada à Ottawa en 1996. Une version légèrement remaniée sort ultérieurement à Montréal sur une nouvelle musique de Luciano Berio.

Marie Chouinard reprend ces trois œuvres de sa compagnie dans Trois Fois Marie Chouinard, un spectacle présenté pendant trois semaines au début de 1998. Elle adopte le même format longue durée pour Les Solos 1978-1998, une présentation chronologique de ses solos les plus intimes et de deux nouvelles œuvres entièrement dansée par des membres de sa compagnie. Malgré une durée de trois heures, Les Solos obtiennent un tel succès populaire qu’un nombre record de dix représentations supplémentaires viennent s’ajouter aux représentations montréalaises prévues. Trois Fois Marie Chouinard et Les Solos sont présentés en tournée séparément et simultanément.

Marie Chouinard chorégraphie deux nouvelles œuvres pour sa compagnie, Les 24 préludes de Chopin en 1999 et Le Cri du monde en 2000, qui obtiennent un immense succès tant auprès de la critique qu’auprès du public. En 1999, elle crée un nouveau solo, Des feux dans la nuit, pour Elijah Brown, un danseur impressionnant de sa compagnie, puis, en 2001, un autre solo, Étude no 1, pour Lucie Mongrain.

Carrière ultérieure

Marie Chouinard reçoit souvent des commandes de chorégraphies d’artistes indépendants et ses œuvres sont présentées dans le monde entier.

Depuis 2000, elle aspire à de nouveaux horizons et présente des chorégraphies encore plus mystérieuses, pénétrantes et raffinées. La série Cantique, qui comprend deux films et une installation interactive montrant la transformation des visages de deux danseurs en 2003 et 2004, semble être inspirée d’une autre de ses œuvres de 2003, Chorale, dans laquelle dix danseurs présentent sa vision unique de la sexualité et du divin, la voix et les mouvements étant poussés à leur paroxysme.

La compagnie de Marie Chouinard est toujours très demandée par la plupart des festivals de danse les plus importants au monde et chaque nouvelle production amène les critiques à chercher de nouvelles façons de formuler leur enthousiasme pour son travail. En 2005, bODY_rEMIX/les vARIATIONS_gOLDBERG, une œuvre inspirée des dessins et des poèmes de l’écrivain belge Henri Michaux et adaptée à l’interprétation par Glenn Gould des Variations Goldberg de Bach, permet au public de découvrir un monde entièrement nouveau de mouvements assistés ou entravés par différents types de béquilles, de cordes, de prothèses, de barres fixes et de harnais.

En 2007, des subventions fédérale et provinciale s’élevant à deux millions de dollars permettent à La Compagnie Marie Chouinard de s’établir dans un lieu bien à elle. Les nouveaux studios ouvrent dans une ancienne bibliothèque reconvertie du quartier branché du Plateau-Mont-Royal, au cœur de Montréal. En 2008, une nouvelle production de la Compagnie, Orphée et Eurydice, est encensée par la critique. Après s’être abstenue, pendant 20 ans, de danser en solo sur scène, Marie Chouinard fait un retour inattendu en 2009 avec gloires du matin :)-(:, qu’elle offre également l’année suivante, lors de plusieurs représentations à guichets fermés, à la Biennale de Venise.

En 2010, Le nombre d’or (Live) obtient un grand succès critique après avoir été présenté en première à l’Olympiade culturelle de Vancouver. Cette même année, Carole Prieur, une danseuse qui collabore depuis longtemps avec La Compagnie Marie Chouinard et qui a souvent interprété les chorégraphies du début de carrière de la chorégraphe, est nommée danseuse de l’année par le prestigieux magazine allemand spécialisé Tanz, tandis que deux autres œuvres de Marie Chouinard sont interprétées par d’autres compagnies : la troupe São Paulo Companhia de Dança achète les droits de Prélude à l’après-midi d’un faune, et 24 Préludes de Chopin est adaptée pour 17 danseurs du Ballet national du Canada.

Œuvres pour le cinéma et pour la télévision

Pour le cinéma et pour la télévision, Marie Chouinard a notamment participé aux réalisations suivantes : Performance, une production du réseau autrichien ORF de 1982, avec Laurie Anderson, Robert Wilson, Trisha Brown, Simone Forti et Marina Abramovic; Le Sacre du Printemps, en 1995 et Les Solos 1978-1998, en 1999, deux films vidéo réalisés par l’artiste canadienne Isabelle Hayeur; et Cantiques nos 1 et 2, en 2003. Elle a également participé à deux films : Corps à corps, réalisé par Jean-Claude Burger au Québec en 1998, et J’aurais aimé vous voir danser, madame Akarova, réalisé par Michel Jakar en Belgique en 1999.

La Compagnie Marie Chouinard remporte en 2009 un prix Gemini dans la catégorie Meilleure interprétation d’ensemble pour un programme ou une série – arts du spectacle pour Body Remix/Goldberg Variations (2008), une version filmée de bODY_rEMIX/les vARIATIONS_gOLDBERG.

Distinctions

Marie Chouinard est faite Officier de l’Ordre du Canada en 2008. Deux ans plus tard, à la veille du 20e anniversaire de sa compagnie, elle reçoit le prix Denise-Pelletier attribué par le gouvernement du Québec à une ou un artiste international(e) pour l’ensemble de son œuvre. Toujours en 2010, la monographie Compagnie Marie Chouinard Company est publiée par les éditions du passage, et La Compagnie Marie Chouinard remporte un prix du mérite artistique d’Imperial Tobacco récompensant une quête d’excellence artistique.

Le gouvernement français nomme Marie Chouinard chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres lors d’une cérémonie à Paris en 2012. L’événement coïncide avec la première française du Nombre d’or (Live), une œuvre d’importance, présentée un peu partout dans le monde en tournée, illustrant la manière délicieusement scandaleuse dont la chorégraphe sait faire rire le public aux éclats.

Toujours fidèle à son inspiration faite de poésie, de travail sur le corps, de silence et de respiration, Marie Chouinard continue aujourd’hui d’ajouter de nouvelles œuvres à son répertoire qui en compte déjà plus de 50, toutes marquées au sceau d’un humour singulier, de la sexualité, d’une construction méticuleuse et d’un art total de l’interprétation.

Prix

Prix Jacqueline-Lemieux (1986)

Prix Jean A. Chalmers de chorégraphie (1987)

Prix Paper Boat, Glasgow (1994)

Prix Bessie pour l’ensemble de sa carrière dans les arts du spectacle, New York (2000)

Prix du Centre national des arts (2003)

Grand Prix du Conseil des arts de Montréal (2007)

Officier, Ordre du Canada (2008)

Prix Denise-Pelletier, Gouvernement du Québec (2010)

Prix du mérite artistique, Imperial Tobacco (2010)