Sa jeunesse

D'abord étudiante au couvent Villa-Maria, c'est à l'école Trafalgar que Madeleine Parent complétera ses études secondaires.

Inscrite à l'Université McGill en 1936, elle y obtient un baccalauréat en sociologie. Déjà, son tempérament de « battante » fait qu’elle s'implique, parallèlement à ses études universitaires, dans la Canadian Students Assembly. Ce mouvement milite pour que les enfants des familles défavorisées puissent obtenir des bourses d'études. On la retrouve aussi dans des associations catholiques puis dans la branche contestataire du mouvement étudiant.

Dès la fin de ses études universitaires, lors d'une assemblée de la Ligue des droits civils, elle fait la connaissance de Léa Roback, organisatrice syndicale, qui la convainc de rejoindre le mouvement syndical. Mais le monde syndicaliste était souvent sous la gouverne des hommes; qu'à cela ne tienne, elle obtient le poste de secrétaire au comité d'organisation du Conseil des métiers et du travail de Montréal.

Ses luttes syndicales

Elle fera ses premières armes dans l'industrie du textile dans les secteurs de Saint-Henri et Hochelaga de Montréal.

En 1942, âgée d'à peine 24 ans, elle dirige le mouvement de syndicalisation des usines de Valleyfield et Montréal de la puissante Dominion Textile sous la bannière des Ouvriers unis du textiles d'Amérique (OUTA). Cette même année, elle fait la connaissance de Kent Rowley qui deviendra non seulement son époux mais aussi son compagnon de luttes.

En juin 1946, comme la Dominion Textile refuse toujours de reconnaître le syndicat, une grève qui durera 100 jours est déclenchée. Tout de suite, Maurice Duplessis, premier ministre du Québec, déclare cette grève « illégale ».

Rowley et elle seront arrêtés le 13 août tout comme les autres leaders syndicaux lors d'un affrontement entre la police et les grévistes à Valleyfield, mais les 6 000 ouvriers obtiennent gain de cause et se syndicalisent.

Dès lors, le gouvernement provincial et à sa tête Maurice Duplessis, deviennent ses farouches opposants.

Le 10 avril 1947, plus de 700 travailleurs et travailleuses de la laine affiliés aux Ouvriers unis du textile d'Amérique (OUTA) livrent une grève qui durera cinq mois. Madeleine Parent, son mari Kent Rowley et Azélus Beaucage, un autre organisateur syndical, sont de nouveau arrêtés et accusés de conspiration séditieuse. Kent Rowley fera six mois de prison et Madeleine Parent, après un procès qui, dans les annales judiciaires du Québec, aura battu tous les records pour sa durée, sera finalement acquittée.

Fondation du Conseil des syndicats canadiens

L'OUTA est affilié aux syndicats américains. En 1952, la direction des Ouvriers unis du textile d'Amérique conclut un accord avec la Dominion Textile, selon les exigences imposées par Maurice Duplessis, toujours premier ministre.

Sous la pression de ces mêmes syndicats qui les accusent d'être communistes, Madeleine Parent et Kent Rowley sont expulsés de l'OUTA et quittent le Québec pour l'Ontario. Madame Parent y organise, avec son mari le Syndicat canadien des travailleurs du textile et de la chimie puis, en 1969, c'est la Confédération des syndicats canadiens qui voit le jour. Cet organisme veillera à rapatrier au Canada des syndicats d'allégeance américaine. La bataille de madame Parent sera récompensée : en 1968, 70 % des ouvriers québécois cotisaient à un syndicat américain; en 1998 il n'en restait que 30 %.

Madeleine Parent a été de tous les combats, particulièrement ceux des femmes; elle est membre fondatrice du Comité d'action pour le statut de la femme (NAC) à Ottawa et fait connaître sa position de féministe engagée; elle représentera le Québec entre 1972 et 1983. Pendant cette période, elle défendra les droits des femmes autochtones et se battra pour l'égalité salariale.

Retour au Québec et militantisme

Après la mort de Kent Rowley en 1978, Madeleine Parent revient au Québec. Son ardeur de farouche militante ne s'est pourtant pas éteinte. On la retrouve à la tête d'une grève acharnée pour Purtex en 1979, grève qui fut déclenchée pour « protester contre la surveillance des travailleurs à l'aide de téléviseurs en circuit fermé ». Elle n'hésitera pas à militer pour le « oui » lors du Référendum du Québec de 1980.

En 1983, bien que retraitée, elle continue malgré tout à épouser diverses causes dont celle pour l'Avancement des femmes immigrantes et autochtones et elle s'implique même dans le Comité canadien d'action sur le statut de la femme. Elle s'est aussi investie dans la Fédération des femmes du Québec et a participé à la Marche mondiale des Femmes à deux reprises soit en 1995 (Marche Du pain et des roses) et en 2000 (Marche contre la pauvreté et la violence faite aux femmes).

Face à l'influence américaine, elle dénonça l'ALENA (l'Accord de libre-échange nord-américain) et a affirmé sa position contre la première guerre du Golfe en 1991 de même que la deuxième en 2002. En tant que pacifiste elle s'est aussi insurgée contre l'intervention militaire en Afghanistan.

Dans la nuit du 11 au 12 mars 2012, Madeleine Parent, s'est éteinte, nous laissant le souvenir d'une « battante » qui a su faire comprendre l'importance du syndicalisme. Dévouant sa vie à la lutte pour une justice sociale, elle sut braver les forces du pouvoir, assumant la tête haute, les conséquences de ses actions.

Honneurs et reconnaissances

Son rayonnement a dépassé le cadre du Québec. En 1984, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) lui rend hommage et reconnaît son travail lors de son 52e congrès.

En 1993, elle reçoit le prix Idola Saint-Jean. Ce prix a été créé par la Fédération des femmes du Québec en 1991 afin de souligner la « contribution exceptionnelle d'une femme oeuvrant depuis plusieurs années à l'amélioration de la situation des femmes au Québec et à l'avancement du féminisme. »

Madeleine Parent a reçu, au fil des ans, des doctorats honorifiques des universités Athabasca, Carleton, Concordia, Laurentienne, Trent, Windsor, York, et de l'église Unie de l'université McGill.

En 1997, une dizaine d’organismes féministes ouvrent la Maison Parent-Roback, un immeuble possédé et géré par ces organismes qui y ont leur siège social.

En décembre 2013, le Pont Madeleine-Parent a été nommé en son honneur. Situé sur le tracé routier de l’autoroute de l’Acier (A-30) à Beauharnois au Québec, il permet de franchir le canal de Beauharnois et la voie maritime du Saint-Laurent. Alors que très peu d'infrastructures majeures québécoises sont nommées afin de commémorer des figures féminines, cette reconnaissance publique est d’autant plus significative. Un parc à l’intersection des rues Saint-Patrick et Thomas-Keefer à Montréal (arrondissement Sud-Ouest) ainsi qu’un espace urbain à Salaberry-de-Valleyfield portent également son nom.