Lion de mer ou Otarie de Steller

Le lion de mer septentrional, appelé aussi otarie de Steller (Eumetopias jubatus), est le plus gros des otaridés. On le trouve depuis le sud de la Californie le long de la côte du Pacifique jusqu'au Japon septentrional, mais la plupart se reproduisent entre le Golfe central de l'Alaska et les îles Aléoutiennes occidentales. La Colombie-Britannique compte trois grandes colonies reproductrices d'otaries de Steller.

Les otaries de Steller ont une fourrure brune tannée et la partie supérieure du corps couleur chamois. Les mâles, appelés taureaux, pèsent jusqu'à une tonne et ont le cou et la partie antérieure du tronc massifs. Les femelles, ou vaches, sont plus petites - 350 kg - sveltes et élancées. Les stellers ont de grandes méniches sans poils qu'elles utilisent pour se déplacer. Leurs méniches arrière sont tournées vers l'avant sur terre et leur permettent de clopiner. Malgré leur aspect lourdaud quand ils se déplacent sur terre, les lions de mer sont d'excellents nageurs.

Ils vivent généralement sur le plateau continental, dans un rayon ne dépassant pas 45 km de la côte. Il arrive cependant qu'on les retrouve à plus de 100 km du rivage, dans des eaux de plus de 2000 m de profondeur. Les Stellers ne font pas de longues migrations comme certains autres phoques et lions de mer. Les mâles se déplacent parfois plus au nord que les femelles, et on a aperçu de jeunes veaux marqués jusqu'à 1500 km de l'endroit de leur marquage.

Les analyses génétiques indiquent qu'il existe deux espèces de Stellers. La première se trouve de la Californie jusqu'au sud-est de l'Alaska (144° longitude ouest) et comprend trois colonies en Colombie-Britannique. Cette population est en croissance depuis le début des années 1970. La seconde s'étend du centre de l'Alaska jusqu'en Russie et au Japon. Elle est en déclin depuis le milieu des années 1970 et déclarée espèce menacée de disparition aux États-Unis depuis 1997. On ignore les raisons de ce déclin, mais plusieurs chercheurs soupçonnent des déficiences nutritionnelles.

L'espérance de vie maximale est de 18 ans chez les mâles et de 30 ans chez les femelles. Pourtant, moins de 5 % des femelles atteignent l'âge de 20 ans. Les femelles ont leur premier bébé alors qu'elles sont âgées entre 3 et 9 ans. Les mâles adultes commencent à s'accoupler alors qu'ils sont âgés entre 8 et 10 ans.

Les lions de mer de Steller se reproduisent dans des endroits appelés roqueries, où les gros mâles ont leurs territoires qu'ils défendent contre leurs concurrents pour se garder le droit sur une ou plusieurs femelles. Ils sont polygames. Les mâles accostent aux roqueries à la mi-mai et y demeurent jusqu'à la mi-juillet sans boire ni manger. Ils gardent le même territoire pendant deux ans en moyenne. Les femelles accostent peu de temps après les mâles et mettent bas un seul bébé dans les trois jours qui suivent. Elles s'accouplent habituellement deux semaines après avoir mis bas. Les adultes et leurs petits restent dans les roqueries jusqu'en octobre, puis se dispersent pour le restant de l'année sur des échoueries.

La période de gestation est d'environ 50 semaines, mais le foetus ne commence à grandir qu'après l'implantation du blastocyste, fin septembre ou début octobre. Les bébés pèsent environ 23 kg à la naissance, les mâles sont habituellement plus gros que les femelles. Ils naissent entre fin mai et début juillet, mais surtout en juin. Après avoir mis bas, les femelles restent auprès de leurs petits pendant 5 à 13 jours, puis vont en mer à la recherche de nourriture. Ces voyages durent normalement moins de 24 heures et se répètent une à trois fois en trois jours. L'allaitement dure habituellement un an, mais les jeunes lions de mer peuvent rester près de leur mère jusqu'à l'âge de 3 ans. On ne connaît pas avec certitude le moment du sevrage.

Les lions de mer ne retournent pas tous à leur roquerie chaque été. Environ 45 % d'entre eux passent l'été sur des échoueries. Tous les lions de mer quittent les roqueries pour les échoueries en octobre. Ils choisissent comme échoueries et roqueries des îles et des plates-formes rocheuses éloignées, non loin de leur « garde-manger ».

Les lions de mer se nourrissent à proximité des côtes ou parcourent 150 km ou plus pour trouver de la nourriture. Les résidus de proies retrouvés dans des excréments des lions de mer (tels que cristallins d'yeux, os et becs) indiquent la variété de ces proies : principalement goberges, morues, pieuvres, calmars, saumons, harengs, lançons, capelans, poissons plats, sébastes et maquereaux. Il arrive même aux mâles adultes d'avaler à l'occasion des bébés veaux marins. La plupart des poissons sont gobés. Le type de proie varie selon les régions et les saisons.

On chassait autrefois quantité de lions de mer pour leur petit lard et leur peau et parce que les pêcheurs les considéraient comme des concurrents. Leur chasse est aujourd'hui très rare et l'otarie de Steller est une espèce protégée au Canada et aux États-Unis.