Transcription

Lorsque Terry a appris quel mal le rongeait, il ne savait pas ce qu’était le cancer. Il n’avait jamais entendu ce mot. Aucun d’entre nous ne savait. Tout ça, c’était en 1977. Le public n’était pas sensibilisé. Terry lui-même avait un peu honte au début, de son opération et de son amputation. Il lui a fallu quelque temps avant de pouvoir montrer sa jambe artificielle sans être du tout gêné. Il courait au début avec des pantalons de jogging et des shorts gris. Donc ça lui a pris du temps avant qu’il puisse être suffisamment à l’aise pour pouvoir partager tout ça. Et je pense que cela faisait partie de ce qu’il recherchait. Bon, c’était d'abord et avant tout un moyen de lever des fonds. C’était ce qu’il voulait faire. Il voulait contribuer. Mais il voulait aussi montrer ce que le cancer peut faire, et ce qu’il ne peut pas faire. Il ne peut pas détruire l’âme. Il ne peut pas enlever la motivation et la détermination. Terry était resté capable de faire tout ce qu’il faisait avant de perdre sa jambe. C’était juste un peu plus difficile, comme il le disait.

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(…) à quoi pensait Terry? Je pense qu’il – vous savez on est tout le temps en train de penser, comme il le dit lui-même « Je pense juste à me rendre jusqu’à ce prochain lampadaire, jusqu’à ce prochain virage ». La vie consiste à se fixer des objectifs, et ces objectifs constituaient pour Terry des petites étapes à très court terme, mais c’est ainsi qu’il a tenu, d’un jour à l’autre. Et c’est aussi de cette manière qu’il visualisait son périple. Il se voyait passer le repère suivant, devant lui, puis se concentrer sur le suivant. Et ce processus était un peu plus facile psychologiquement que s’il pensait aux 6 500 kilomètres qu’il lui restait à couvrir, ou s’il visualisait sa position dans le pays. Ça aurait été un peu trop pressant. Et peut-être un peu intimidant. Mais en décomposant son marathon en plusieurs petites étapes, ça lui rendait la tâche plus facile.

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Je n’aimais pas du tout entendre la sonnerie de ce réveil à 4 h 30, tous les matins, mais une fois debout, j’étais d’entrain et prêt à repartir, simplement parce qu’une nouvelle journée commençait. Terry va rencontrer de nouvelles gens. On va découvrir des paysages qu’on n’a pas vus la veille. On allait de l’avant. On se rapprochait de chez nous. On se sentait emportés par une grande et belle aventure. Alors bien sûr, pénétrer sur le square Nathan Philips, avec ces 10 000 personnes qui étaient là, c’était formidable, c’est indéniable, mais pour moi, être sur le bas-côté de la route et voir une personne encourager de tout son cœur Terry avant d’éclater en sanglots, ça m’a tout autant ému.