Les Siksikas, aussi connus sous l’appellation de Pieds‑Noirs, sont l’une des trois nations qui composent la Confédération des Pieds‑Noirs. En 2016, elle comptait environ 7 320 membres inscrits, plusieurs d’entre eux vivant dans une réserve en Alberta.

Étymologie et langue

Les Siksikas, aussi connus sous l’appellation de Pieds‑Noirs (ou Blackfeet aux États‑Unis), sont l’une des trois nations qui composent la Confédération des Pieds‑Noirs. Dans la langue des Pieds‑Noirs, Siksika signifie « Pieds‑Noirs ». De souche linguistique algonquienne, ils parlent traditionnellement la même langue que les Kainai et les Piikani, les deux autres nations membres de la Confédération des Pieds‑Noirs (voir Langues autochtones au Canada; Confédération des Pieds‑Noirs : Langue).

Territoire traditionnel

Territoire traditionnel Siksikas.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Installés sur un territoire autour des rivières Battle, Saskatchewan Nord et Red Deer, les Siksikas constituaient, parmi les nations de la Confédération des Pieds‑Noirs, celle qui occupait la position la plus septentrionale. Pendant la période de la traite des fourrures, leur territoire s’étendait également au sud jusqu’à la rivière Missouri dans le Montana.

Vie traditionnelle

Avant l’arrivée des Européens, les Siksikas étaient des guerriers pratiquant la chasse au bison. À l’instar des autres peuples membres de la Confédération, il s’agissait de sociétés de guerriers régies par des règles strictes qui entraient souvent en conflit avec leurs rivaux comme les Cris et les Assiniboines. Ils s’en remettaient exclusivement à la chasse pour leur subsistance et avaient créé une culture étroitement liée aux exigences et à la disponibilité des bisons. Les clans et les groupes se déplaçaient d’un terrain de chasse à l’autre, capturant les bisons en les poursuivant jusqu’à ce qu’ils tombent dans des précipices. Comme les autres peuples des Plaines, les Siksikas se servaient de travois — un assemblage de type traîneau habituellement tiré par des chiens ou des chevaux domestiqués — pour transporter leurs biens, notamment leurs campements de tipis d’une grande mobilité. On estime qu’au XVIIIe siècle, leur population atteignait environ 18 000 personnes; toutefois, elle sera largement décimée par l’introduction de maladies venues d’Europe.

Religion et culture

Les Siksikas disposent d’une culture religieuse et spirituelle profondément enracinée, transmise de génération en génération par le biais de la tradition orale. Entre autres caractéristiques, elle repose sur les sueries, sur la danse du soleil, sur l’utilisation de bourses sacrées et sur d’autres moyens de purification du corps et de l’âme. Les sites archéologiques Head Smashed In Buffalo Jump, Writing‑On‑Stoneet Badger‑Two Medicine, au sud du Parc national des Glaciers, font partie de leurs lieux sacrés.

L’arrivée des missionnaires chrétiens à la fin du XIXe siècle va introduire d’importants changements dans le mode de vie des Siksikas. Cependant, la tradition orale a conservé vivantes de nombreuses croyances traditionnelles jusqu’à aujourd’hui.

Récits de la création

Le récit de la création des Pieds‑Noirs prend place à Badger‑Two Medicine, sur le territoire de ce qui est aujourd’hui le Montana aux États‑Unis. Bien que les versions du récit divergent selon la tribu, les Siksikas croient généralement que N’api (aussi connu comme « le Vieil Homme » ou « le Créateur ») a créé les humains, les animaux, les plantes et toute forme de vie sur la terre dont il est partie intégrante de toute éternité. Ils pensent que N’api est l’incarnation de la lumière et le considèrent, à ce titre, comme l’origine du jour et de la vie. Comme dans d’autres religions autochtones, le Créateur n’est ici ni humain ni sexué. Depuis le début des années 1980, les Blackfeet du Montana tentent de protéger Badger‑Two Medicine d’une concession pétrolière et gazière controversée menaçant ce site sacré et ses ressources naturelles. En mars 2016, le gouvernement américain annule cette concession.

Contacts avec les Européens

En raison de leur proximité avec les forêts à fourrure du Nord, il est plausible que les Siksikas aient été les premiers membres de la Confédération à rencontrer des négociants en fourrure et à traiter avec eux. Il est possible que, de ce fait, le nom de Pieds‑Noirs ait été attribué à l’ensemble des nations de la Confédération. Les Siksikas étaient surtout en contact avec les négociants britanniques; toutefois, étant donné que leur territoire s’étendait au sud jusqu’à la rivière Missouri, ils commerçaient également avec les marchands américains.

À la fin du XIXe siècle, la population des Siksikas atteint environ 18 000 personnes; toutefois, elle va être décimée par la guerre et les épidémies nées d’un contact prolongé avec les Européens. Au XIXe siècle, l’influence grandissante de la colonie européenne conduit à la destruction des troupeaux de bisons, privant ainsi les Siksikas de leur moyen de subsistance traditionnel. Dans ce contexte, la famine et la maladie se propagent rapidement et imposent la mise en place d’une solution pour protéger les terres, les personnes et les ressources : ce seront les traités et les réserves (voir Traités autochtones).

La conclusion du traité et ses impacts

En 1877, Crowfoot, le légendaire chef des Siksikas négociateur de la paix, signe le Traité no 7 conjointement avec plusieurs autres Premières Nations(voir Traités numérotés). Les Siksikas sont alors contraints d’occuper une réserve à Blackfoot Crossing à l’est de Calgary, plusieurs d’entre eux devenant agriculteurs ou éleveurs, d’autres trouvant un emploi dans les mines de charbon sur la réserve.

S’il est vrai que la création de réserves met effectivement fin aux guerres intertribales, elle porte également un coup fatal au mode de vie traditionnel des Siksikas. Privée de la possibilité de chasser le bison, la Confédération des Pieds‑Noirs va connaître les pires difficultés pour survivre dans les réserves. Les historiens se réfèrent généralement à l’hiver de 1883‑1884 comme à « l’hiver de la famine », en raison du manque de nourriture généralisé qui sévit alors dans la Confédération.

Face aux pressions du gouvernement fédéral et des promoteurs, les Siksikas vendent, en 1910, une superficie importante de leur réserve. Les sommes ainsi perçues sont détenues en fiducie par le gouvernement qui gère la construction de nouvelles habitations, l’achat d’équipements agricoles, le paiement régulier des intérêts, l’approvisionnement alimentaire et les autres services. Toutefois, cet accord ne s’avère pas avantageux et ils réussissent à démontrer, en 1930, qu’il aurait été préférable pour eux de conserver leurs possessions pour y conduire des activités économiques plutôt que de recevoir des intérêts en paiement de l’argent détenu en fiducie. Lorsque ces ententes deviennent obsolètes, les Siksikas continuent de militer pour l’autonomie, l’autodétermination et un traitement équitable de la part du gouvernement (voir Droits ancestraux; Autonomie gouvernementale des Autochtones).

Vie contemporaine

En 2016, on compte environ 7 320 Siksikas inscrits, plusieurs d’entre eux vivant dans une réserve. La nation des Siksikas est représentée par un chef et un conseil élus, ainsi que par l’intermédiaire de la Société de gestion du Traité no 7, qui conseille les nations signataires et défend leurs intérêts.

Cette société a formulé, avec plus ou moins de succès, plusieurs revendications territoriales et de reconnaissance des droits ancestraux, comprenant le droit à l’autodétermination et à l’autonomie gouvernementale. La nation des Siksikas gère de nombreux services qui mettent l’accent sur leurs traditions, notamment des écoles, des installations de santé et de bien‑être ainsi que des programmes sociaux et des services spécialisés dans la gestion du territoire et l’exploitation des ressources. Le différend du barrage de Bassano a par exemple abouti, en 2010, à une entente octroyant aux Siksikas une somme de 53,4 millions de dollars pour le transfert illégal en 1910 par le Canada de terres appartenant à la réserve au Canadien Pacifique en vue de la construction du barrage. La revendication territoriale de Castle Mountain qui, ayant débuté en 1960, n’est toujours pas close illustre la longueur du traitement inhérente à ce type d’affaires; en 2016, les Siksikas votent pour un accord de renoncement à cette revendication contre une indemnisation de 123 millions de dollars.

En 2014, les Siksikas rejoignent d’autres Premières Nations en signant le Traité Iinii ou Traité du bison, notamment la nation des Blackfeet, la nation des Piikani, la nation des Kainai, les Assiniboines et les tribus des Gros Ventres de la réserve de Fort Belknap, les Assiniboines et les tribus des Dakota (Oyate et Sioux) de la réserve de Fort Peck, les tribus confédérées des Salish et des Kootenai (voir Salish de la côte et Salish du continent) ainsi que la nation des Tsuut'ina. En 2015, la nation des Stoneys‑Nakodas et la nation des Cris de Samson signent ce traité ouvert à d’autres Premières Nations du Canada et des États‑Unis. Entre autres questions, les signataires conviennent d’unir le pouvoir politique des nations autochtones des plaines du Nord, d’œuvrer pour la protection du bison et de renforcer les relations traditionnelles avec leurs terres.