Plus de 2 800 infirmières civiles formées se sont enrôlées dans l’Armée canadienne durant la Première Guerre mondiale, devenant les premières femmes de l’époque moderne à servir comme officiers brevetés dans l’armée. En tant que membres du Service de santé de l’Armée canadienne (SSAC), les infirmières militaires soignaient et prenaient soin des soldats blessés, et ce, aussi bien à l’étranger qu’au pays. Cinquante-trois d’entre elles sont décédées de maladie ou du fait de l’ennemi.

Les premières femmes officiers

En 1904, la Milice canadienne crée le Service de santé de l’Armée canadienne (SSAC) qui comprend un petit service infirmier permanent. Seules les femmes sont habilitées à servir en tant qu’infirmières militaires. L’armée crée un grade spécial d’officier pour les infirmières qui, avec le titre d’infirmière militaire, se voient conférer le grade relatif de lieutenant. Leur appellation complète est lieutenant infirmière militaire ou, en cas de promotion, capitaine infirmière militaire ou major infirmière militaire. Jusqu’au milieu des années 40, le Canada est le seul pays à nommer des femmes officiers. La responsabilité du service infirmier incombe à une directrice générale des soins infirmiers.

Le service infirmier du SSAC est, au départ, composé de deux infirmières (Georgina Pope et Margaret Macdonald). En 1914, les forces régulières comptent cinq infirmières auxquelles s’ajoutent un petit nombre d’infirmières civiles de réserve ayant achevé une formation d’infirmière militaire d’un mois et participé à un camp de formation.

Lorsque la guerre est déclarée en août 1914, le SSAC nomme Macdonald comme directrice des soins infirmiers. Elle devient alors responsable du recrutement et de la mobilisation d’infirmières civiles. Macdonald est la première femme de l’Empire britannique à détenir le grade de major.

Qui sont-elles?

Pour être nommée dans le service infirmier du SSAC, une femme doit être citoyenne britannique, avoir obtenu un diplôme d’un programme reconnu de soins infirmiers de trois ans, jouir d’une excellente moralité, faire preuve d’un comportement empreint de dignité, avoir une bonne condition physique et être âgée de 21 à 38 ans. Toutefois, plusieurs infirmières militaires sont intégrées au SSAC sans satisfaire à ces critères standard. Un certain nombre d’entre elles n’ont pas reçu une formation d’infirmière professionnelle, d’autres n’ont pas encore atteint l’âge requis ou ont dépassé l’âge limite et d’autres enfin sont mariées.

Durant la Première Guerre mondiale, 2 845 infirmières militaires canadiennes servent dans le SSAC, et ce, aussi bien au Canada qu’à l’étranger. L’immense majorité de ces femmes sont des infirmières avec toutes les qualifications requises. Vingt-neuf autres femmes réussissent à s’enrôler dont quelques-unes disposent d’autres qualifications professionnelles. N’ayant pas reçu l’autorisation de s’enrôler en tant que médecins, deux femmes médecins rejoignent les rangs de l’armée comme infirmières militaires. D’autres obtiennent leur nomination, souvent grâce à leurs relations politiques, en dépit d’une absence de qualification. Elles servent en tant qu’infirmières visiteuses et s’occupent des conditions de vie des infirmières.

L’âge moyen des infirmières militaires est de 29,9 ans au moment de leur enrôlement, l’une d’entre elles est toutefois âgée de 19 ans et deux au moins ont atteint 56 ans. La plupart sont canadiennes de naissance avec des origines britanniques. Bien que le règlement stipule que seules les célibataires, les divorcées ou les veuves, c’est-à-dire des femmes n’ayant pas d’enfant à charge, peuvent s’enrôler, plusieurs volontaires trouvent le moyen de contourner cette exigence. Des infirmières mentionnent, dans leur journal ou dans des lettres, que des collègues se sont mariées secrètement sans toutefois démissionner une fois mariées comme elles auraient dû le faire.

Les affectations

Les infirmières militaires du SSAC servent de 1914 jusqu’au début des années 20, longtemps après la signature de l’armistice mettant fin à la Grande Guerre en novembre 1918, de nombreux soldats blessés ayant encore besoin de soins et de rééducation. Le besoin d’infirmières perdure également du fait de l’épidémie de grippe qui s’abat sur les camps militaires en 1918 et 1919.

Les infirmières militaires servent au Canada, en Angleterre, en France, en Belgique, en Russie et dans les pays de la Méditerranée à Gallipoli et à Thessalonique. Au fur et à mesure de la démobilisation du Corps expéditionnaire canadien, le nombre d’infirmières militaires du Service de santé de l’Armée canadienne, qui vient d’être renommé Corps de santé royal canadien, décroît pour atteindre, en 1920, un effectif d’après-guerre de huit.

L’héritage

Vingt infirmières militaires sont tuées durant la guerre lorsque des hôpitaux sont bombardés en France et lorsque le navire-hôpital Llandovery Castle est coulé dans l’Atlantique. Trente-trois autres meurent de maladies liées à leur service en temps de guerre. Parmi toutes les infirmières militaires ayant servi pendant la guerre, huit ont obtenu la Médaille militaire, trois-cent-dix-sept la Croix-Rouge royale, une la Médaille royale de Victoria et cent-soixante-neuf ont été citées à l’ordre du jour. Deux directrices ont obtenu l’Ordre de l’Empire britannique. Plus de cinquante d’entre elles ont également reçu d’autres décorations étrangères.