L’histoire du mariage de la Confédération canadienne révèle de nombreuses fissures entre les Français et les Anglais. Les deux solitudes s’opposent pendant des siècles en Europe et en Amérique du Nord, avant l’union de leurs colonies sous la forme du Dominion du Canada en 1867. La plupart des Premières Nations ne sont pas consultées afin de savoir si elles veulent se joindre à la Confédération, et bon nombre s’y opposent farouchement. De la résistance autochtone aux préoccupations financières, en passant par un assassinat politique qui mène l’armée à fouler les rues de la ville, les opposants de la Confédération ont façonné notre façon de voir le Canada.

Les frères Dorion

Alors que l’Europe est en proie à de nombreuses révolutions en 1848, un groupe de jeunes francophones radicaux crée leParti rouge(également connu comme le Parti démocratique) auQuébec.Le parti a pour raison d’être l’abolition de l’Acte d’Union unissant le Haut et le Bas-Canada en une seule colonie, et souhaite l’annexion de la Province du Canada par les États-Unis. Les plus brillants penseurs du mouvement exercent des pressions pour mettre en place des élections pour toutes les fonctions au sein du gouvernement, l’élargissement du droit de vote et la fin du système seigneurial (un système féodal de partage des terres qui place 80 % de la population dans une position de dépendance face au seigneur local), honni de la population.

Les frères Dorion forment un duo puissant au sein du parti. Jean-Baptiste-Éric Dorion, le cadet, s’emporte souvent face à ses adversaires, qui le surnomment « l’enfant terrible ». Même si ses études prennent fin après l’école primaire, il lit beaucoup et en 1844 commence à travailler comme journaliste et activiste politique. En 1847, il devient le cofondateur de L’Avenir, un journal prônant la cause du Parti rouge.

Jean-Baptiste-Éric Dorion croit que la grande union des colonies d’Amérique du Nord britannique, une idée alors considérée, serait un échec.

« Je m'oppose à la Confédération parce que j'entrevois des difficultés sans nombre au sujet des pouvoirs conjoints accordés aux gouvernements locaux et général sur plusieurs questions », affirme-t-il. « Ces conflits tourneront toujours au profit du gouvernement général et au détriment des prétentions quelques fois bien légitimes des Provinces ».

Antoine-Aimé Dorion, de huit ans son aîné, adopteune approche plus modérée. Avocat, il devient chef du Parti rouge en 1854 et occupe un siège à l’Assemblée législative de la Province du Canada. Il fait souvent l’éloge des structures politiques américaines, nourrit des convictions libérales et s’oppose à la mainmise de l’Église catholique sur la vie publique, les affaires et la finance.

Comme son frère, il lutte pour empêcher l’établissement de la Confédération, estimant qu’elle aurait pour effet de conférer des pouvoirs au gouvernement fédéral, au détriment des provinces.

Leurs objections n’empêchent toutefois pas la création de la Confédération, dont Jean-Baptiste-Éric Dorion ne sera pas témoin puisqu’il meurt en 1866 à l’âge de 40 ans. Antoine-Aimé Dorion assiste en 1864 à la Conférence de Québec pour dénoncer le projet de Confédération. Lorsque celle-ci devient réalité, il fait volte-face et devient procureur général et ministre de la Justice du nouveau pays.

Le Parti politique des frères suit la voie de l’aîné, et après la Confédération, fusionne avecClear Grits du Canada-Ouestpour former le Parti libéral.

Joseph Howe

La Nouvelle-Écosseest une colonie britannique devenue florissante, forte d’un esprit d’indépendance remontant au début du XVIIIe siècle. Pour plusieurs de ses habitants, la fusion avec le Canada semble une très mauvaise idée, à même d’en compromettre la prospérité. Né à Halifax, Joseph Howe déploie ses superbes talents oratoires et d’écriture pour empêcher que la Nouvelle-Écosse se joigne à la Confédération.

Joseph Howe dirige le Novascotian, le journal au plus grand tirage de la province, ce qui l’amène à être accusé de diffamation criminelle en 1835. Son journal ayant critiqué des responsables gouvernementaux, ceux-ci veulent le faire payer. Il est acquitté, mais cette expérience lui inculque une profonde méfiance du gouvernement.

Joseph Howe mène ensuite la lutte pour obtenir en 1848 l’établissement d’un gouvernement responsable en Nouvelle-Écosse, motivé par la conviction que l’avenir du territoire passe par l’indépendance. Il fait remarquer fièrement que la colonie a obtenu l’établissement d’un gouvernement responsable sans « qu’un coup ne soit porté ou qu’une vitre ne soit brisée ».

Les Néo-Écossaisélisent Joseph Howe à titre de premier ministre en 1860. Une fois au pouvoir, il soutient qu’il incombe à ses électeurs de décider si la Nouvelle-Écosse doit se joindre à la Confédération ou non. Il compare le plan de Confédération à une union hypothétique entre l’Écosse et la Pologne, avançant que les intérêts de la Nouvelle-Écosse ne correspondent pas à ceux du Canada.

Il réussit à convaincre l’électorat : lors de l’élection de 1867 en Nouvelle-Écosse, qui a lieu juste avant l’établissement de la Confédération, le Parti anti-Confédération de Joseph Howe remporte 36 des 38 sièges.

Tout cela ne sera qu’en vain : Charles Tupper, premier ministre jusqu’en septembre 1867 et partisan de l’union de la Nouvelle-Écosse avec le Canada, passe de la parole aux actes avant l’élection de Joseph Howe. Le lendemain de la naissance du Canada, le Morning Chronicle déplore l’événement : « La province libre et éclairée de la Nouvelle-Écosse est décédée, hier soir à minuit ».

Un autre journal local, The British Colonist, applaudit la Confédération et la fin des « jours d’isolement et d’infériorité ».

Les Néo-Écossais n’auront jamais la chance de voter sur la Confédération, mais ils se font à nouveau clairement entendre lors de la première élection canadienne. Des 19 sièges provenant de la province au sein du Parlement à Ottawa, 18 vont au Parti anti-Confédération de Joseph Howe.

Encouragé par ces résultats, Joseph Howe lutte pour l’abrogation de la Confédération; une fois cet espoiréteint, il se bat pour améliorer les conditions à l’intérieur de la Confédération. D’une manière très canadienne, Joseph Howe, tout comme Antoine-Aimé Dorion, se rend à l’évidence en 1869 et rejoint le gouvernement fédéral. Il devient lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse en 1873, pour décéder trois semaines plus tard.

Joseph Howe trouve des échos de l’autre côté du détroit de Northumberland : Edward Palmer et James Pope de l’Île-du-Prince-Édouard.

La résistance de l’Î.-P.-É.

Si la colonie de l’Île-du-Prince-Édouard accueille la Conférence de Charlottetownen 1864, à l’issue de laquelle le plan de la Confédération voit le jour, elle ne décide pas pour autant de se joindre au pays ainsi formé.

Edward Palmer, premier ministre de 1859 à 1863, rejette la Confédération. À l’instar du mouvement anti-Confédération néo-écossais de Joseph Howe, Edward Palmer croit que l’adhésion au Canada diminuerait les pouvoirs de sa province. Il va même jusqu’à s’opposer à une union avec les autres colonies des Maritimes, sous prétexte que cela ne serait bénéfique qu’au gouvernement britannique, et non pas à l’Î.-P.-É.

« Nous remettrions nos droits et notre prospérité, dans une certaine mesure, entre les mains du gouvernement général, et notre voix au sein du parlement uni serait très négligeable », soutient-il.

James Pope, se déclarant initialement plus ouvert à l’idée de la Confédération en disant approuver « dans l’abstrait le principe d’union proposé », ne peut se résoudre à accepter les modalités offertes. Il est d’avis qu’elles sont injustes pourles habitants de l’île.

Homme d’affaires et membre de l’assemblée législative de l’île à compter de 1863, James Pope voit le jour en Angleterre et immigre à l’Î.-P.-É. en 1819. Lorsque le débat sur la Confédération dégénère en vives querelles publiques, James Pope décide de taire son scepticisme et soutient un politicien de l’Î.-P.-É. en faveur de la Confédération,John Hamilton Gray.

Edward Palmer est à la tête du camp anti-Confédération. La faction de l’assemblée dirigée par John Hamilton Gray le chasse toutefois du poste de premier ministre en 1863 au profit de son chef de file.

James Pope devient à son tour premier ministre en 1865. L’année suivante, il présente la « Résolution sans modalités » à l’assemblée. La résolution rejette les modalités d’entrée dans la Confédération stipulées à la Conférence de Québecet garantit que l’Î.-P.-É. ne s’y joindra pas.

L’opposition de James Pope et d’Edward Palmer à la Confédération est représentative de l’humeur du public. Edward Palmer collabore avec des mouvements anti-Confédération de Nouvelle-Écosseet du Nouveau-Brunswick,et préconise de meilleures relations commerciales avec les États-Unis. Les deux autresprovinces maritimes se joignent à la Confédération, mais l’Î.-P.-É. reste à l’écart.

En 1871, l’Î.-P.-É. amorce la construction d’un chemin de fer comme voie de développement à son économie. L’entreprise se révèle plutôt ruineuse. Accabléde dettes, en 1873 le gouvernement fait face à un effondrement économique. Malgré sa mise en garde qu’un tel projet est voué à l’échec, Edward Palmer le soutient par nécessité politique.

James Pope est candidat aux élections qui ont lieu cette année-là, porté toutefois par une promesse très différente, celle de rallier l’Î.-P.-É. à la Confédération. C’est avec le cœur lourd qu’Edward Palmeradopte également une position pro-Confédération.

James Pope remporte les élections. Il est ainsi premier ministre de l’Î.-P.-É. lorsque la province se joint au Canada en 1873. Edward Palmer délaisse la politique et se tourne à nouveau vers la profession juridique, occupant le poste de juge en chef jusqu’à sa mort en 1889.

Les sentiments anti-Confédération à l’île refont brièvement surface en 1973, dans le cadre de la célébration du centenaire de l’union avec le Canada. Cette année-là, une poignée d’étudiants militants séduisent de nombreux habitants de l’île en jouant tout au long de l’année des tours pour se moquer de la Confédération. Ilsdrapent les portes de l’Assemblée législative de tissu noir, et installent une toilette extérieure sur le terrain de la Province House à titre de faux isoloir où le public est convié à se prononcer sur le maintien de l’Î.-P.-É. au sein du Canada.

La Rébellion du Nord-Ouest

Alors que l’opposition de l’Est à la Confédération se fonde sur des motifs économiques somme toute modérés, l’Ouest s’inspire de motivations bien différentes. Après la Confédération, le Canada cherchant à s’étendre, les vastesTerritoires du Nord-Ouest sont greffés au pays en 1870.

En 1885, ces ambitions se heurtent à une violente résistance connue sous le nom de Rébellion du Nord-Ouest. La révolte de cinq mois menée par les Métis, les Cris, les Pieds-Noirs, les Blood, les Péigans et les Saulteaux trouve son origine dans l’empiétement canadien sur leurs terres, poussant les Premières Nations vers la famine. En 1880, le chef des Cris Big Bear et le chef des Pieds-Noirs Crowfoot fondent une confédération autochtone. En 1884, Louis Riel, un leader métis de la Rébellion de la rivière Rouge, cherche à unir les peuples Nord-Ouest contre le gouvernement canadien.

En 1885, les partisans de Louis Riel adoptent une déclaration des droits révolutionnaire stipulant des revendications territoriales pour les Métis ainsi que d’autres exigences à l’endroit dugouvernement canadien. En mars de cette année-là, des militants armés forment un gouvernement provisoire et se dotent d’un président en la personne de Louis Riel. Les rebelles menés par les Métis occupent le lac aux Canards près de Batoche, aujourd’hui situé en Saskatchewan. Le 26 mars, 100 agents de la Police à cheval du Nord-Ouest(P.C.N.-O.)et des citoyens bénévoles se rendent au lac aux Canards. Les membres métis et autochtones de la rébellion vont à la rencontre des forces de l’ordre aux abords du village. L’affrontement se solde par la mort de 12 agents de laP.C.N.-O. et de 6 rebelles.

Le gouvernement canadien envoie 3 000 soldats en renfort aux 2 000 déjà stationnés dans l’Ouest. Ceux-ci se heurtent à la résistance farouche de leurs adversaires, dont ceux prêtant allégeance à Big Bear, qui s’oppose aux plans du Canada d’entasser son peuple dans une réserve. Ses guerriers lancent des escarmouches à l’endroit de prêtres, d’un agent des affaires indiennes et d’un commerçant, tuant plusieurs personnes. Les deux parties s’affrontent à nouveau à la bataille de Batoche, où le chef cri Poundmaker mène les Autochtones à la victoire.

N’abandonnant toutefois pas, les forces canadiennes capturent Batoche en mai. Le 15, Louis Riel se rend. Le dernier acte de la rébellion se joue le 3 juin au lac Loon par une petite escarmouche entre les deux camps. Le 26 mai,Poundmakeret d’autres dirigeants autochtones se rendent aux troupes canadiennes. Louis Riel est exécutéle 16 novembre 1885. Le même sort est réservé au chef cri Wandering Spirit le 27 novembre. Ainsi prend fin la Rébellion du Nord-Ouest.

L’opposition à la Confédération de la part des Autochtones se poursuitjusqu’à ce jour. La Crise d’Oka en 1990 est déclenchée par des militants mohawksqui souhaitent pousser le Canada à reconnaître les droits à la terre dont ils jouissaient avant la Confédération. Les traités numérotés de l’Ouest conduisent également à des batailles juridiques. Hayden King, directeur du Centre of Indigenous Governance de l’Université Ryerson, fait valoir que les Premières Nations considèrent les traités comme des accords de partage, tandis que le Canada les considère comme des cessions de terres.

Bon nombre de ces conflits sont résolus par la Cour suprême du Canada. On peut noter en guise d’exemple son jugement de 2014 confirmant la revendication territoriale de la Nation Tsilqot’in sur l’intérieur de la Colombie-Britannique. Alors que les luttes juridiques se poursuivent, de nouveaux territoires comme le Nunavut démontrent que les Premières Nations peuvent obtenir une plus grande autonomie locale et régionale au sein de la Confédération.

Terre-Neuve-et-Labrador

Terre-Neuve est le dernier territoire britannique d’Amérique du Nord à se joindre à la Confédération.

La colonie envoie des délégués à la Conférence de Québec de 1864. Des leaders anti-Confédération comme Charles Fox Bennetts’ opposent toutefois à toute union. Il est d’avis que cela conférerait une influence indue du Québec sur Terre-Neuve, tout en suscitant une hausse des impôts et l’imposition de la conscription militaire.

De même, les catholiques et les commerçants s’opposent au ralliement au Canada. De nombreux catholiques étant natifs d’Irlande, à l’époque une colonie britannique, ils tiennent la Grande-Bretagne responsable des maux de leur mère patrie. À Terre-Neuve, les Irlandais jouissent déjà d’une certaine autonomie politique, d’écoles séparées financées par l’État et d’autres avantages pour lesquels leurs cousins d’Irlande se battent toujours. Pourquoi s’unir au Canada et ainsi risquer de perdre ces droits acquis?

Les commerçants ne voient non seulement aucun avantage économique à la Confédération, maisils redoutent également une hausse des impôts et des tarifs qui nuirait à Terre-Neuve. Une chanson bien connue à l’époque met en garde, « Approche-toi à tes risques et périls, vilain loup canadien ». Une expression populaire crie haut et fort « Terre-Neuve aux Terre-Neuviens » et exhorte les habitants à « demeurer auprès de notre vieille mère patrie, la Grande-Bretagne ».

Lors des élections de 1869, deux ans après la Confédération, les anti-unionistes remportent une victoire électorale écrasante. Terre-Neuve demeure ainsi à l’écart du Canada.

Au tournant du vingtième siècle, la colonie est forte d’une économie vigoureuse, stimulée davantage encore par la Première Guerre mondiale. Le gouvernement en profite pour investir dans l’infrastructure routière et ferroviaire. À la fin de la guerre, toutefois, Terre-Neuve fait face à une dette de 43 millions de dollars. Dans les années 1930, cette dette se rapproche de la barre des 100 millions de dollars. Face à ces graves problèmes financiers, le gouvernement sollicite l’aide de la Grande-Bretagne, qui lui recommande de suspendre le gouvernement responsable et de confier la gestion de la colonie à une commission. La Commission de gouvernement s’investit du pouvoir en 1934. Les décisions concernant Terre-Neuve sont pour ainsi dire prises par le Parlement britannique.

La colonie retrouve le chemin de la prospérité pendant la Deuxième Guerre mondiale, à titre de basenévralgiquede l’Atlantique Nord. Après la guerre, les Terre-Neuviens se prononcent sur l’une des trois options pour leur avenir : la commission de gouvernement, l’autonomie politique ou encore la Confédération. Deux référendums mènent à une victoire serrée (52 % des voix) du camp pro-Confédération. Joey Smallwood préside au rattachement de la colonie au Canada en avril 1949.

Les braises du nationalisme terre-neuvien n’ont jamais refroidi. En 2008, Ryan Cleary, rédacteur en chef du journal The Independent de St. John’s, écrit : « Maintenant que nous roulons sur l’or, il est peut-être temps d’envisager notre rupture du Canada ». Quatre ans plus tard, l’auteur et animateur de Terre-Neuve Greg Malone fait valoir dans son ouvrage, intitulé Don’t Tell the Newfoundlanders : The true story of Newfoundland’s Confederation with Canada que le vote de 1948 en vue de l’union au Canada a été manipulé illégalement dans le cadre d’une conspiration orchestrée par Ottawa et la Grande-Bretagne. L’œuvre est un succès de librairie à Terre-Neuve.

Le FLQ

La plus violente opposition moderne à la Confédération se manifeste une centaine d’années après la formation du pays, au sein de l’une de ses provinces fondatrices. Dans les années 1960, des radicaux forment des regroupements comme le Réseau de Résistance du Québécois et Le Comité français de Libération nationale, qui deviendra le Front de libération du Québec(FLQ).

Les Québécois Raymond Villeneuve et Gabriel Hudon, en compagnie du Belge Georges Schoeters, fondent le FLQen 1963, s’inspirant des révolutionnaires anticoloniaux qui se mobilisent à l’époque à Cuba et en Algérie. Le FLQ emprunte également la symbolique et les idées des Patriotes, représentés par le parti canadien, moteur de la rébellion de 1837-1838 au Bas-Canada. Le FLQ souhaite créer un État indépendant, qui de l’avis de ses membres conférerait aux Québécois un meilleur contrôle sur leur vie, tout en permettant d’améliorer leur sort économique.

Les membres du FLQ se lancent dans une campagne de terreur, dissimulant des bombes dans les boîtes aux lettres de Westmount, ville prospère aux abords de Montréal, dans l’objectif de faire voler en éclats les symboles du colonialisme anglais. En 1964, ils dérobent argent et matériel militaire à la société International Firearms. L’un des membres en tue le vice-président. Les attaques s’intensifient tout au long des années 1960 et atteignent leur apogée lors de la crise d’octobre de 1970.

Le FLQ kidnappe le délégué commercial britannique James Cross, puis le ministre provincial Pierre Laporte, lequel est tué le 17 octobre. Le gouvernement fédéral invoque la Loi sur les mesures de guerre en temps de paix, une première dans l’histoire du pays. Les troupes armées investissent les rues et le gouvernement fédéral déclare criminelle l’appartenance au FLQ. Plus de 450 personnes sont arrêtées.

Le FLQ périclite dans les années qui suivent, mais la volonté d’indépendance au Québec n’en disparaît pas pour autant, mais croît plutôt de manière pacifique. En 1976, les Québécois portent au pouvoir le Parti québécois, qui a pour objectif principal la séparation du Canada. Sous le premier ministre René Lévesque, le PQ fait du français la seule langue officielle et tient en 1980 un référendumsur l’indépendance du Québec et son retrait de la Confédération. Malgré leur revers, Lévesque et son gouvernement sont reportés au pouvoir lors des élections provinciales de 1984. Le parti est ensuite tenu à l’écart du pouvoir pendant une décennie, jusqu’à son élection en 1994 sous le premier ministre Jacques Parizeau, qui organise un deuxième référendum en 1995. Le camp pro-Confédération ou « fédéraliste » l’emporte à nouveau, mais avec une très mince majorité de 50,58 %. La Confédération demeure intacte, par la plus infime des marges.