D’abord appelé Haut-Canada, le Canada-Ouest était la moitié occidentale de la colonie britannique de la Province du Canada. La région est gouvernée conjointement avec le Canada-Est (auparavant le Bas-Canada) de 1841 à 1867, quand le Canada-Ouest devient la province de l’Ontario sous la Confédération.

Province du Canada

En 1841, en réponse aux violentes rébellions qui avaient secoué le Haut et le Bas-Canada en 1837, le gouvernement britannique unit les deux colonies pour former la Province du Canada. Cette nouvelle colonie est créée par l’Acte d’Union à la suite des recommandations du Rapport Durham. Sa moitié occidentale, le Canada-Ouest, s’étend de la rivière des Outaouais au lac Supérieur à l’ouest et au lac Érié au sud. Au nord se trouvent les étendues sauvages de la Terre de Rupert, conférée à la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Le Canada-Ouest compte 480 000 habitants, dont des Autochtones, des migrants loyalistes originaires des États-Unis, et des colons britanniques. Malgré la plus grande population (majoritairement francophone) du Canada-Est, les deux régions ont le même nombre de sièges à la législature coloniale, qui siège d’abord à Kingston, puis à Montréal, et ensuite à Toronto et à Québec. Le Canada-Ouest jouit donc d’une plus grande représentation politique au Parlement par rapport à sa population. Cependant, le véritable pouvoir politique réside entre les mains du gouverneur britannique, qui gouverne les deux provinces par l’entremise d’un conseil exécutif dont les membres sont nommés.

Croissance

Le Canada-Ouest grandit rapidement grâce à un flot continu d’immigrants provenant d’Angleterre, d’Écosse, d’Irlande et des États-Unis. De nombreux nouveaux venus s’adonnent au déboisement, à la coupe du bois d’œuvre et à l’exploitation des riches terres agricoles de la région, et finissent par atteindre les limites du bouclier précambrien. Une fois les meilleures terres agricoles prises, l’accroissement continu de la population et la soif intarissable de nouvelles terres forcent les aspirants-colons à se tourner vers l’ouest, vers la jeune colonie de la rivière Rouge, les Prairies et au-delà pour y migrer et s’y établir.

Pendant ce temps, le développement industriel s’accélère. Des chemins de fer sont construits entre Montréal, Toronto et Sarnia, puis au Sud vers les États-Unis. Les voies navigables sont agrandies (voir Canaux et voies navigables intérieures). En dépit de la situation économique difficile et de la dépression mondiale qui marquent la fin des années 1840, le Canada-Ouest maintient sa croissance (et même une certaine prospérité) grâce à l’augmentation de la population, au développement du réseau des transports et, en 1854, à la signature de l’accord de réciprocité (ou libre-échange) avec les États-Unis. Cet accord permet aux Canadiens de vendre de grandes quantités de céréales, de bois d’œuvre, de fruits, de textiles et d’équipement industriel à leurs voisins du Sud.

En 1852, le Canada-Ouest dépasse le Canada-Est en population, avec environ 950 000 habitants contre 890 000.

Pressions politiques

En 1848, les forces conservatrices qui contrôlaient l’Assemblée canadienne depuis longtemps sont remplacées par un mouvement de réforme politique, mené au Canada-Ouest par Robert Baldwin et au Canada-Est par son allié Louis-Hippolyte LaFontaine. Faisant équipe avec les réformateurs en Nouvelle-Écosse, les copremiers ministres convainquent les dirigeants impériaux en Grande-Bretagne de conférer le gouvernement responsable aux colonies de l’Amérique du Nord britannique jugées suffisamment avancées sur le plan politique. Par conséquent, LaFontaine et Baldwin dirigent le premier conseil exécutif de la Province du Canada, ou Cabinet, qui tire ses pouvoirs de la législature élue au lieu du gouverneur colonial.

Après avoir obtenu le gouvernement responsable, cependant, les politiciens du Canada-Ouest commencent à faire campagne pour une véritable représentation proportionnelle à la population. Dans les années 1840, le Canada-Ouest bénéficiait d’un nombre de sièges disproportionnés à la législature parce que sa population était moins nombreuse que celle du Canada-Est. Cependant, à partir des années 1850, la population du Canada-Ouest surpasse celle de l’Est. Des réformateurs tels que George Brown, chef du Parti réformiste et éditeur du journal torontois The Globe, se mettent alors à réclamer avec enthousiasme la représentation proportionnelle, ou, en d’autres mots, davantage de sièges pour l’Ouest.

Ce mouvement, ainsi que de nombreuses questions controversées comme le financement des écoles catholiques par le gouvernement, rend les protestants anglais du Canada-Ouest méfiants des catholiques français, qui disposent selon eux d’une influence démesurée. En 1859, le fossé entre anglophones et francophones, ainsi qu’entre conservateurs et réformateurs au Canada-Ouest, est devenu quasi infranchissable. Il en résulte des années de gouvernement fragile et d’impasse politique au détriment de la colonie. Pour mettre fin à cette paralysie politique, des changements fondamentaux s’avèrent nécessaires.

Création de l’Ontario

En 1864, les réformateurs de George Brown, les conservateurs du Canada-Ouest de John A. Macdonald, et les conservateurs du Canada-Est de George-Étienne Cartier forment une Grande Coalition à la surprise de tous. Ils proposent de résoudre les problèmes du Canada en formant une nouvelle fédération comprenant toutes les colonies britanniques en Amérique du Nord. Les négociations avec les colonies des Maritimes débutent à la Conférence de Charlottetown, et en 1867, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick acceptent de rejoindre la Confédération en compagnie des deux Canadas, dont l’union de 1841 est dissoute.

Le Canada-Est devient la province de Québec et le Canada-Ouest devient la province de l’Ontario, avec sa propre législature et sa capitale provinciale : Toronto. Macdonald, ancien premier ministre de la Province du Canada, devient la première personne à occuper le poste de premier ministre du jeune Dominion du Canada.