Rita Lafontaine, O.C., O.Q., comédienne (née le 8 juin 1939 à Trois-Rivières, Québec; décédée le 4 avril 2016 à Montréal). Muse de l’auteur Michel Tremblay, elle est de la première distribution des Belles-Sœurs en 1968 et interprète par la suite une quinzaine de ses personnages sur scène. En 50 ans de carrière, cette artiste a profondément marqué le monde du théâtre québécois, mais aussi du cinéma et de la télévision.

Début de carrière

Interprète fétiche de Michel Tremblay et d’André Brassard, elle fait ses débuts au théâtre en même temps qu’eux à la fin des années 1960 et, pendant 50 ans, leurs carrières demeurent liées. Cette complicité s’établit au sein du Mouvement Contemporain, compagnie de théâtre amateur fondée par Brassard. En 1966, la comédienne et le metteur en scène montent leur premier Tremblay au Patriote-en-Haut : Cinq, première version d’En pièces détachées. En 1968, tous trois font des débuts professionnels remarqués avec Les Belles-Sœurs au Rideau Vert et, la même année, Rita Lafontaine est de la distribution de L’École des bouffons de Ghelderode, mise en scène par Brassard au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Sous sa direction, elle interprète une impressionnante galerie de personnages, chez Tremblay, mais aussi Françoise Loranger (Double Jeu, Comédie-Canadienne, 1969), Tennessee Williams (Le Pays du dragon, Théâtre de Quat’Sous, 1972), et même Euripe (Andromaque, Théâtre de Quat’Sous, 1974), Feydeau (Le Dindon, CNA/TNM, 1978) et Tchekhov (Oncle Vania, adapté par Tremblay, CNA/TNM, 1983), répertoire qu’elle a peu fréquenté.

Interprète des textes de Michel Tremblay

Indissociable de l’oeuvre dramatique de Tremblay, elle a créé une quinzaine de rôles dans ses pièces. Dirigée par Brassard, elle y rencontre ses plus grandes interprétations, retrouvant même des personnages à différentes époques : Manon dans À toi , pour toujours, ta Marie-Lou (Théâtre de Quat’Sous, 1971) et dans Damnée Manon, sacrée Sandra (Quat’sous, 1977), Albertine à 40 ans dans Albertine, en cinq temps (Rideau Vert, 1985) et dans La Maison suspendue (Compagnie Jean-Duceppe, 1990), Madeleine 1 dans Le Vrai monde? (Rideau Vert, 1987) ou Nana ‒ personnage créé en hommage à la mère de Tremblay, Rhéauna Rathier ‒, dans Encore une vous si vous le permettez (Rideau Vert, 1998). Chez Tremblay surtout, elle a peaufiné le registre populaire grâce à un naturel et à une gouaille uniques, adoptant un jeu en perpétuelle tension entre le comique et le tragique.

Parallèlement, elle travaille avec d’autres metteurs en scène, notamment René Richard Cyr, qui monte Bonbons assortis de Tremblay au Rideau Vert (2006) et L’Examen de passage de Horovitz chez Jean-Duceppe (1992), où on la voit régulièrement depuis 1986. Elle y fréquente les auteurs américains ‒ Neil Simon (Souvenirs de Brighton Beach, 1986, et Bonjour Broadway, 1989), Tennessee Williams (La Chatte sur un toit brûlant, 2000), Arthur Miller (Les Sorcières de Salem, 1989) ‒ et québécois, notamment Marie Laberge (Oublier, 1987).

Théâtre d’été

Son talent comique a été mis à profit dans plusieurs comédies estivales (voir Théâtre d’été en français). Elle est fidèle à Marie-Thérèse Quinton, dont elle défend les pièces au Théâtre de la Chèvrerie (St-Fortunat) depuis Lucky Luciano (1987) jusqu’à La Vie en couleurs (1999). En 2004, elle fonde le Centre des arts Rita-Lafontaine, à Saint-Joseph de Ham-Sud où, lors de la première saison, elle met en scène et interprète La Reine mère d’Anne Boyer et Michel D’Astous.

Cinéma

Elle a tourné dans une trentaine de films depuis ses débuts au cinéma en 1972 dans Françoise Durocher, waitress d’André Brassard, sur un scénario de Michel Tremblay. Du même tandem suivront Il était une fois dans l’Est (1974) et Le soleil se lève en retard (1976). Son rôle majeur au grand écran est sans doute la femme en mal de passion de L’Homme de rêve (1991), film de Robert Ménard pour lequel elle remporte les prix Gémeaux, des Rendez-vous du cinéma québécois et de la revue Séquence. En 2003, elle est de la distribution du film à succès La Grande Séduction du réalisateur Jean-François Pouliot.

Télévision

À la télévision, on la voit entre autres dans Le Retour (1996-2001), qui lui a valu plusieurs récompenses, les dramatiques de Janette Bertrand, notamment Dis-moi-le si je dérange (1993), Le monde de Charlotte (2001-2004), suivi de Un monde à part (2004-2006) et Les Super Mamies (2002-2003), populaire téléroman signé Lise Payette qui présente le quotidien de quatre femmes dans la soixantaine.

En 2006, elle touche à nouveau le grand public avec son spectacle solo Oscar et la dame rose, adaptation scénique du récit d’Éric-Emmanuel Schmitt, présentée au Monument-National à Montréal et au Grand Théâtre de Québec pour célébrer le centenaire de l’Hôpital Sainte-Justine (Montréal). Dans Le paradis à la fin de vos jours, pièce écrite sur mesure pour elle par Michel Tremblay, elle reprend le personnage mythique de Nana. Ce monologue de 90 minutes présenté au Rideau Vert à partir de 2008, puis en tournée, doit énormément à l’interprétation de Lafontaine qui, après avoir incarné si souvent les personnages de Tremblay, est sans doute celle qui rend le mieux son humour caustique.

Prix et distinctions

Prix Gémeaux du Meilleur rôle de soutien féminin ‒ Dramatique (Michel et François, Avec un grand A), Académie canadienne du cinéma et de la télévision (1990)

Prix Guy-L’Écuyer (L’Homme de rêve), Rendez-vous du cinéma québécois (1992)

Prix Gémeaux du Meilleur premier rôle féminin ‒ Dramatique (L’Homme de rêve), Académie canadienne du cinéma et de la télévision (ACCT) (1992)

Prix Gémeaux du Meilleur premier rôle féminin ‒ Téléroman (Le Retour), ACCT(1999)

Prix Gémeaux du Meilleur premier rôle féminin ‒ Téléroman (Le Retour), ACCT(2000)

Officier de l’Ordre du Canada (2005)

Prix hommage, Gala des Femmes du cinéma, de la télévision et des nouveaux médias (2007)

Hommage, Théâtre Espace GO (2009)

Doctorat honoris causa, Université du Québec à Trois-Rivières (2009)

Officier de l’Ordre national du Québec (2011)

Voir aussi Théâtre d’expression française; Cinéma québécois.