Hariot Georgina Hamilton-Temple-Blackwood, marquise de Dufferin et Ava, consort vice-royale et diplomate (née le 5 février 1843 à Killyleagh, Irlande [du Nord]; décédée le 25 octobre 1936 à Londres, en Angleterre). Consort vice-royale du gouverneur générallord Dufferin de 1872 à 1878, lady Dufferin transforme Rideau Hall en centre social et culturel. Elle est la première épouse d’un gouverneur général à parcourir le Canada et l’une des consorts vice-royales les plus connues et les plus appréciées. Elle s’exprime longuement par écrit sur son séjour au Canada. Les lettres qu’elle écrit à sa mère du Canada sont publiées en 1891 sous le titre My Canadian Journal: 1872–8.

Famille

Née Hariot Rowan-Hamilton, lady Dufferin est l’aînée des sept enfants d’Archibald Rowan-Hamilton et de Catherine Anne Caldwell. En 1862, elle épouse à 19 ans Frederick Hamilton-Blackwood, baron de Clandeboye, lointain cousin de son père, alors âgé de 36 ans. Ils ont six fils et trois filles. Ses deux derniers-nés (une fille et un garçon) naissent au Canada.

En 1871, Frederick Hamilton-Blackwood est élevé au rang de comte de Dufferin et de vicomte de Clandeboye. Le couple est désormais connu sous les noms de lord et lady Dufferin (y compris lors de leur séjour au Canada entre 1872 et 1878).

Consort vice-royale du Canada

En 1872, lord Dufferin est nommé troisième gouverneur général du Canada depuis la Confédération et se rend à Ottawa avec lady Dufferin et leurs jeunes enfants. Habituée à Killyleagh Castle, lady Dufferin est consternée lorsqu’elle découvre Rideau Hall et se croit « aux confins du monde ». Elle apprend ensuite à apprécier ce lieu et écrit : « Notre maison est, dit-on, très accueillante et confortable, et les édifices du Parlement, que j’aperçois de ma fenêtre, sont magnifiques. » Lady Dufferin frappe les Canadiens par son sens du devoir en tant que consort vice-royale, sa distinction et son dévouement envers son époux et ses enfants.

Comme tout gouverneur général, lord Dufferin doit s’abstenir de participer en politique et d’être présent lors des débats à la Chambre des communes. En revanche, son épouse, qui n’est pas tenue par les mêmes obligations, observe la vie parlementaire à la chambre basse. Lady Dufferin en fait à son époux un compte rendu circonstancié, s’attardant sur les faits et gestes de chaque homme politique, et veille ainsi à ce qu’il suive le cours de la politique canadienne. Elle est généralement accompagnée d’un assistant du gouverneur général, qui présente lui aussi un rapport au gouverneur général.

Lady Dufferin décrit également les affaires parlementaires dans les lettres qu’elle adresse à sa mère (publiées en 1891 sous le titre Canadian Journal). Elle se contente parfois d’observations anodines – « La journée n’a pas été très intéressante, mais je me suis néanmoins divertie, car plusieurs personnes ont prononcé des discours très courts et j’ai pu découvrir leurs "manies et leurs tics" » –, mais y dépeint aussi des moments historiques.

[8 avril 1873] Je me suis rendue à la Chambre, car une échauffourée se préparait. […] [Le 2 avril dernier] L’opposition avait demandé la constitution d’un comité afin d’enquêter sur la conduite de membres du Gouvernement, qu’elle accusait de corruption. Elle n’a pas obtenu gain de cause et le Gouvernement a lui aussi appelé à la formation de ce même comité, afin de demander justice. Tout ceci a échauffé les esprits.

Lady Dufferin fait référence au scandale du Pacifique qui entraîne la prolongation du mandat du Parlement en 1873 et la chute du gouvernement Macdonald.

Voyages à travers le Canada

Lady Dufferin est la première consort vice-royale à accompagner le gouverneur général dans tout le Canada et à rencontrer des Canadiens de différents horizons. Pendant leur première année au Canada (1872), lord et lady Dufferin visitent la ville de Québec et Tadoussac au Québec, puis Toronto et Hamilton en Ontario. Ils acquièrent aussi une résidence d’été à Tadoussac, nouant ainsi un lien durable avec le Canada francophone. En 1873, lord et lady Dufferin se rendent à Montréal, puis parcourent les Maritimes, alors que l’Île-du-Prince-Édouard devient la sixième province du Canada à entrer dans la Confédération. « L’Île-du-Prince-Édouard a rejoint la Confédération », écrit lady Dufferin le 15 mai. « Le gouverneur général voit son dominion agrandi, mais il perd un de ses titres. » (voir également Île-du-Prince-Édouard et Confédération).

En 1876 et en 1877, lord et lady Dufferin découvrent la Colombie-Britannique et le Manitoba, et traversent les États-Unis en train. En 1877, une locomotive alimentée au bois et dotée d’une large cheminée est baptisée Comtesse de Dufferin, après la visite de lady Dufferin à Winnipeg. Cet engin sert à construire le chemin de fer transcontinental du Canadien Pacifique.

Leur tournée se termine dans les Cantons de l’Est au Québec, en 1878. Tout au long de ses déplacements, la sociabilité et l’énergie de lady Dufferin forcent l’admiration. Elle voyage alors qu’elle est enceinte de sa fille Victoria Alexandrina (née en 1873) et peu après la naissance de son fils Frederick (né en 1875).

Activités sociales et culturelles

Lord et lady Dufferin entretiennent une cour fastueuse qui sert de centre social à Ottawa et constitue une référence pour les gouverneurs généraux à venir et leurs consorts. En comparaison, les autres gouverneurs généraux en poste après la création de la Confédération et leurs épouses organisent de modestes réceptions à Rideau Hall. Lady Dufferin met en scène des pièces de théâtre amateur, dans lesquelles elle joue souvent un rôle, et organise des bals costumés. Lors de leurs voyages, le couple se divertit de la même façon. Lady Dufferin écrit pendant son séjour dans les Maritimes : « La semaine prochaine, nous avons quatre bals, trois grands pique-niques, trois dîners, un concert, un match de cricket et une revue… ‘Que dois-je porter?’, voilà bien une question que je me pose tous les jours. »

En hiver, le calendrier mondain de lord et lady Dufferin comporte des activités en plein air traditionnelles du Canada. Ils font construire une piste de toboggan (qui ressemble aux pistes de bobsleigh actuelles) sur les terres de Rideau Hall et y organisent des descentes. On pratique également le patinage sur glace à Rideau Hall et lady Dufferin est la première épouse d’un gouverneur général à utiliser la grande patinoire couverte de Montréal.

Fin de vie

L’intronisation de lady Dufferin en tant que consort vice-royale du Canada marque le début d’une longue et fructueuse carrière diplomatique. Entre 1879 et 1881, lord Dufferin est ambassadeur britannique en Russie et le couple réside à Saint-Pétersbourg. Entre 1881 et 1884, lord Dufferin est ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman et le couple s’établit à Constantinople. En 1884, lord Dufferin est nommé vice-roi de l’Inde et lady Dufferin devient donc vice-reine. Comme au Canada, elle se consacre entièrement à ses obligations; elle apprend également l’hindoustani et fonde l’Association nationale d’assistance médicale aux femmes indiennes (également connue sous le nom de Fonds de la comtesse de Dufferin).

En 1888, lord et lady Dufferin sont élevés au rang de marquis et marquise de Dufferin et Ava. lord Dufferin est ambassadeur britannique en Italie de 1889 à 1891 et en France de 1891 à 1896 avant de prendre sa retraite. Il décède en 1902. Lady Dufferin est nommée Dame Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique en 1917.

Pendant ses longues années de veuvage, lady Dufferin doit subir des drames familiaux et des pertes financières. Elle enterre ses six fils et sa fille aînée. Le patrimoine familial est dilapidé en raison de mauvais choix d’investissement et de ventes de terrains. Elle vit ses dernières années dans une modeste maison de Chelsea (Londres) et succombe à l’artériosclérose et à une insuffisance cardiaque en 1936.

Héritage

Lady Dufferin établit un précédent lorsqu’elle occupe les fonctions de consort vice-royale. Sa contribution à la vie sociale et culturelle de la capitale, et ses contacts fréquents avec la population canadienne lors de voyages à travers le pays, font des émules parmi les consorts des futurs gouverneurs généraux. La princesse Louise, qui lui succède, se rend ainsi en Colombie-Britannique et participe à la création du Musée des beaux-arts du Canada.