La plus longue campagne militaire canadienne de la Deuxième Guerre mondiale a lieu en Italie. Au cours de cette bataille épuisante de près de deux ans menée par les forces alliées en Sicile puis dans la péninsule italienne, les forces canadiennes combattent dans la chaleur, la neige et la boue, arrachant le pays à la domination allemande au prix de plus de 26 000 victimes.

Opération Husky

La campagne d’Italie du Canada commence le 10 juillet 1943 lorsque la 1re Division d’infanterie canadienne et la 1re Brigade blindée canadienne lancent l’Opération Husky, c’est-à-dire le débarquement en Sicile et la conquête de l’île. Les défenseurs italiens sont rapidement débordés et les Canadiens progressent dans la presqu’île de Pachino en direction de son aéroport stratégique. À la nuit tombée, la plupart des unités canadiennes ont atteint ou dépassé chacun de leurs objectifs initiaux. À ce moment-là, les combats n’ont fait que 7 tués et 25 blessés.

Le 11 juillet, les Canadiens sont retardés, non pas tant par l’opposition offerte par l’ennemi que par des milliers de soldats italiens souhaitant se rendre. Protégeant le flanc gauche de la 8e Armée britannique, les Canadiens suivent un itinéraire à l’intérieur des terres parallèle à la côte est, en remontant vers Catane et vers le détroit de Messine qui sépare la Sicile de l’Italie continentale et qui constitue l’objectif ultime.

En constatant l’écroulement rapide de l’armée italienne, plusieurs divisions allemandes mettent en place, dans la plus grande précipitation, une série de lignes défensives. Le 15 juillet, les troupes canadiennes doivent faire face à l’une de ces lignes à proximité de Grammichele. Les canons antichars des Allemands abattent un char, trois véhicules blindés de transport et plusieurs camions avant que les Canadiens n’atteignent la ville et ne s’en emparent. Après avoir fait 25 victimes canadiennes, les Allemands battent en retraite.

La tactique allemande en Sicile augure de celle qui sera employée pendant toute la campagne d’Italie. Il s’agit d’utiliser des fortifications solidement retranchées situées sur un terrain idéal pour les défenseurs, sur une crête ou un sommet ou le long d’un cours d’eau. Lorsqu’une ligne est enfoncée, les Allemands se replient rapidement derrière une autre.

Montagnards canadiens

Le 18 juillet, les Canadiens font face, à Valguarnera, à la résistance la plus acharnée rencontrée jusque-là. Les combats devant la ville et sur les crêtes environnantes font 145 victimes dont 40 tués. Les pertes ennemies sont cependant beaucoup plus importantes : 250 Allemands sont capturés et l’on estime que 180 à 240 d’entre eux sont tués ou blessés. Le feld-maréchal Albert Kesselring raconte que ses hommes devaient combattre des troupes de montagnards parfaitement entraînés : « On les appelle des montagnards et ils appartiennent probablement à la 1re Division canadienne. » C’est à l’occasion de cet épisode que les Allemands se sont mis à respecter les combattants canadiens.

Durant les 17 jours suivants, l’engagement des Canadiens est total. À Leonforte, la 2e Brigade d’infanterie canadienne passe une nuit dans des combats rapprochés maison après maison. Pendant ce temps, le Hastings and Prince Edward Regiment gravit de nuit le Monte Assoro s’élevant à 904 m en vue de surprendre les défenseurs allemands.

Lorsqu’arrive la première semaine du mois d’août, les Allemands sont pris dans un étau qui se resserre d’unités américaines, britanniques et canadiennes. Le 17 août, les Allemands évacuent la Sicile. À cette date, les Canadiens ont marché 210 km et les combats ont fait 2 310 victimes dans leurs rangs, dont 562 tués.

Longue marche continentale

Après un bref moment de repos, les Canadiens sont intégrés à l’avant-garde de la 8e Armée britannique avec pour objectif l’invasion de l’Italie continentale. Une longue marche difficile en direction du nord, le long de la botte italienne, commence lorsque les régiments West Nova Scotia et Carleton and York débarquent juste au nord de Reggio de Calabre le 3 septembre.

Encore une fois, ce sont essentiellement des soldats italiens se rendant par centaines qui ralentissent la progression des Canadiens. Le 8 septembre, le gouvernement italien lui-même se rend aux Alliés. À la suite de cette reddition, les troupes allemandes prennent rapidement le contrôle de la situation et se préparent à arrêter la progression alliée. La topographie extrêmement rude de la campagne de l’Italie du Sud est idéale pour organiser une défense. Il faut deux semaines aux Canadiens pour progresser de 40 km entre Lucera et Campobasso. Les combats acharnés que mènent les Allemands en reculant leur permettent de disposer de suffisamment de temps pour créer un système fortifié de lignes défensives très au sud de Rome. Baptisée « ligne Gustave », cette série de fortifications s’articule autour du sommet du Monte Cassino à l’ouest et de la rivière Sangro à l’est. Le 28 novembre, les troupes britanniques partent à l’assaut de la rivière Sangro. Après près d’une semaine de durs combats, les Allemands abandonnent cette ligne de défense pour occuper une nouvelle ligne derrière la rivière Moro.

Assaut sur le Ravin

Les pluies hivernales transforment le paysage en bourbier. Le 6 décembre, les Canadiens partent à l’assaut des défenses allemandes sur la rivière Moro. Seul le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry effectue une avancée, prenant la Villa Rogatti, avant de recevoir un ordre de retrait. Finalement, une tête de pont consolidée peut être établie sur la rivière Moro le 9 décembre; toutefois, des progrès supplémentaires sont entravés par un passage étroit et profond surnommé « le Ravin ».

Plusieurs bataillons sont réduits en pièces à l’occasion d’assauts frontaux successifs. Dans la nuit du 14 au 15 décembre, le Royal 22e Régiment contourne le Ravin. Les 81 hommes de la compagnie « C » du capitaine Paul Triquet et sept chars de l’Ontario Regiment se dirigent vers une ferme appelée la Casa Berardi. Alors que les effectifs de sa compagnie s’éclaircissent et que ses hommes hésitent, le capitaine Paul Triquet s’écrit : « […] Il n’y a donc qu’un seul endroit sûr : l’objectif! » À 14 h 30, la Casa Berardi est prise. Le capitaine Triquet devient le premier combattant canadien à obtenir une Croix de Victoria pour actes de bravoure. Après plus de quatre jours de combat pour le contrôle d’un carrefour vital, les Allemands se retirent du Ravin pour se replier dans la ville d’Ortona.

Ortona

Le 20 décembre, le Loyal Edmonton Regiment et les Seaforth Highlanders of Canada, soutenus par des chars du Three Rivers Regiment, s’empêtrent dans des combats perfides menés à Ortona, maison après maison, avec la 1re Division parachutiste allemande. S’apercevant qu’il est impossible de progresser dans les rues, les Canadiens se fraient un chemin à coups de dynamite au travers des murs imbriqués des maisons de la ville, une technique qui recevra le nom de « percement de trou de communication ». Les combats ne s’interrompent pas pour Noël; toutefois, le quartier-maître et le personnel des services centraux des Seaforth organisent un somptueux dîner. L’une après l’autre, les compagnies des Seaforth se retirent dans une église des environs d’Ortona où un souper leur est servi avant qu’elles ne retournent au combat. Les soldats de l’Edmonton et la plupart des hommes membres des équipages des chars ne profitent pas d’un tel répit.

La bataille d’Ortona ne prend fin que la nuit du 28 décembre avec la retraite des Allemands. Les combats du mois de décembre font 2 605 victimes parmi les Canadiens, dont 502 tués. Sur une force de 20 000 hommes au début du mois de décembre, on compte également 3 956 évacuations pour épuisement sur le champ de bataille et 1 617 pour maladie. La 1re Division canadienne d’infanterie a toutefois détruit deux divisions allemandes et atteint son objectif.

Au moment du jour de l’An, c’est avec des effectifs renforcés que les forces canadiennes font face aux Allemands de l’autre côté de la rivière Arielli juste au nord d’Ortona. Début novembre, le 1er Corps canadien est créé avec l’envoi en Italie de la 5e Division blindée canadienne. Le baptême du feu de ce nouveau corps ne survient toutefois que le 17 janvier 1944 lors d’une tentative de franchir la rivière Arielli qui est repoussée au prix de 185 victimes.

Percée de la ligne Gustave

En dépit de victoires locales, les Alliés ne réussissent pas à se débarrasser de la ligne Gustave dans son intégralité, leurs ambitions en la matière étant contrecarrées par les Allemands pendant tout l’hiver. Ils décident alors de concentrer leurs forces dans le cadre d’une offensive conjointe de la 8e Armée britannique et de la 5e Armée américaine au Monte Cassino vers lequel les Canadiens convergent également fin avril.

Le 11 mai, la 1re Brigade blindée canadienne, soutenue par la 8e Division indienne, attaque. Le Calgary Tank Regiment réussit à établir une tête de pont fragile au travers de la rivière Gari qui permet aux Indiens de percer la ligne Gustave et ouvre la voie, conjointement avec d’autres percées d’unités alliées, à une progression en vue d’une attaque contre la position défensive allemande suivante connue sous le nom de ligne Hitler. À l’image de la ligne Gustave, ce système défensif fortifié est hérissé d’emplacements de tir abrités et de tourelles de chars montées sur du béton et protégé par une énorme concentration de fil de fer barbelé et de champs de mines.

Ligne Hitler

Il incombe au 1er Corps canadien de percer la ligne Hitler vers laquelle il se dirige le 18 mai. Afin d’éviter les lourdes pertes humaines inhérentes aux attaques massives délibérées, le commandant de la 1re Division, le major-général Chris Vokes, tente de percer la ligne en s’appuyant sur des poussées de bataillons individuels. Après l’échec de ces tentatives, il met en place, le 23 mai, l’Opération Chesterfield, un assaut sur la largeur de deux brigades.

Les trois bataillons de la 2e Brigade sont durement touchés par le feu ennemi sur le flanc droit de la division et subissent de lourdes pertes : 162 hommes sont tués, 306 blessés et 75 faits prisonniers. Il s’agit là du pourcentage de pertes le plus élevé jamais infligé à une brigade canadienne lors d’une seule journée de combat en Italie. Toutefois, sur la gauche, le Carleton & York Regiment de la 3e Brigade réussit à enfoncer la ligne. Les deux bataillons restants et les chars du Three Rivers Regiment élargissent rapidement cette brèche étroite afin de permettre à la 5e Division blindée canadienne d’avancer au-delà de la ligne Hitler.

Prise de Rome

La 8e Armée continue sa progression le long de la vallée de la rivière Liri en direction de Rome en faisant face à une farouche résistance. Son avancée est brièvement interrompue lorsqu’elle arrive à la rivière Melfa et doit livrer une coûteuse bataille à laquelle participe le Westminster Regiment de la 5e Division. Pour avoir défendu avec succès, à la tête de ses hommes, une petite tête de pont au travers de la rivière, le major Jack Mahony reçoit la Croix de Victoria.

La prise de Ceprano le 27 mai met fin à la résistance des Allemands devant Rome et la ville est libérée le 4 juin. Ces trois semaines de combat feront 800 morts, 2 500 blessés, 4 000 malades et 400 combattants épuisés sur le champ de bataille au sein du 1er Corps canadien. Pendant ce temps-là, l’attention se déplace en France et lorsque les Alliés débarquent en Normandie le 6 juin, l’Italie devient un théâtre des opérations largement oublié. Surnommés par moquerie les « D-Day Dodgers » (tire-au-flanc du jour J), les soldats ayant combattu en Italie ont fait de ce qualificatif une marque de fierté.

Ligne Gothique

Les Alliés marchent vers le nord en direction de la ligne Gothique en août et ce sont les Canadiens qui reçoivent pour mission d’effectuer une percée à Pesaro sur la côte Adriatique. Frappant le 25 août, la 1re Division d’infanterie cherche à ouvrir une brèche à travers laquelle la 5e Division blindée pourrait passer. Cependant, ligne après ligne, les Alliés font face à une défense obstinée et il faut attendre le 21 septembre pour que la ligne Gothique tombe entièrement au prix, parmi d’autres pertes alliées, de 4 511 victimes canadiennes, dont 1 016 tués. Ce n’est que le 20 octobre que la ville de Cesena, à juste 20 km du point de départ de l’offensive suivante, est prise. Cesena est située le long de la rivière Savio, et c’est là, le jour suivant, que le soldat Ernest Alvia Smith obtient la Croix de Victoria en écartant une colonne blindée allemande.

Après avoir passé le mois de novembre en réserve, les Canadiens repartent au combat pour attaquer Ravenne. La ville tombe le 4 décembre, mais de violents combats continuent à faire rage tout le long du mois avec, à la clé, de faibles gains.

Après une brève relâche, le 1er Corps canadien se retire d’Italie en février 1945 et rejoint la 1re Armée canadienne dans le nord-ouest de l’Europe. La campagne d’Italie se termine au printemps 1945 lorsque les Allemands finissent par se rendre. Les Canadiens qui, depuis 1943, ont déployé d’immenses efforts pour se frayer un chemin du sud vers le nord, ne verront pas la victoire des Alliés en Italie, mais participeront plutôt à la libération des Pays-Bas et à l’invasion finale de l’Allemagne aboutissant à sa capitulation.

Au total, 408 officiers et 4 991 militaires du rang canadiens sont tués en Italie. En outre, 1 218 officiers et 18 268 hommes sont blessés, tandis que 62 officiers et 942 militaires du rang sont capturés, 365 autres Canadiens décédant d’autres causes. Sur les 92 757 Canadiens ayant servi en Italie, il y a eu 26 254 victimes.