Description

La baleine boréale (Balaena mysticetus), ou baleine du Groenland, est une baleine à fanons qui vit dans les mers arctiques. On la reconnaît à ses longs fanons, des organes d’alimentation spécialisés qui remplacent les dents, mais aussi à sa longue mâchoire supérieure arquée qui lui a valu son nom vulgaire en anglais, bowhead whale (baleine à la tête arquée).

La baleine boréale est un grand cétacé trapu, au corps arrondi, doté d’une grosse tête qui fait environ le tiers de sa longueur totale. Les adultes peuvent mesurer plus de 18 m de long et peser plus de 60 000 kg. Le corps est presque tout noir avec quelques zones blanches sur le menton et le pédoncule caudal (queue). La baleine boréale ne possède pas de nageoire dorsale.

Distribution et habitat

L’aire de répartition canadienne comprend les régions arctiques de l’est et de l’ouest qui abritent deux populations distinctes : la population des mers Béring-Chukchi-Beaufort, qui fréquente aussi les eaux de l’Alaska et de la Fédération de Russie, se rencontre au Canada dans les eaux du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest durant la période estivale. La population de l’Est du Canada et de l’Ouest du Groenland occupe également un vaste territoire et se rencontre toute l’année dans les eaux canadiennes. En été, elle fréquent le détroit de Davis, la baie de Baffin, le détroit de Lancaster, les bras de mer et les fjords de l’archipel Arctique, le détroit d’Hudson, le bassin Foxe et le Nord-Ouest de la baie d’Hudson. Les baleines boréales occupent une aire de distribution pratiquement circumpolaire car d’autres populations se rencontrent dans les mers de Barents et du Groenland, autour de Svalbard, et dans la mer d'Okhotsk. Ce sont les seules baleines à fanons qui restent toute l’année sous les hautes latitudes. Elles sont bien adaptées à la vie dans des eaux couvertes de glace et possèdent une bonne épaisseur de petit lard qui les isole du froid et joue le rôle de réserve d’énergie. La baleine boréale est capable de briser une glace de 20 cm d’épaisseur pour venir respirer en surface. L’effectif de la population dans l’Ouest de l’Arctique est estimé à partir des photographies permettant d’identifier chaque individu grâce à ses marques naturelles. Cette méthode a permis de recenser plus de 10 000 animaux en 2001. Les effectifs dans l’Est de l’Arctique canadien ont été estimés à partir des relevés aériens effectués en 2002 et 2003. Bien qu’ils soient imprécis, ces relevés indiquent que cette population est actuellement composée de plusieurs milliers d’individus. Les deux populations sont en voie de rétablissement après avoir été réduites par la chasse à la baleine commerciale.

Alimentation

La baleine boréale filtre l’eau avec ses fanons pour se nourrir des petits animaux qui constituent le zooplancton. La mâchoire supérieure compte plus de 330 fanons de chaque côté et chaque fanon peut mesurer plus de quatre mètres de long. Les fanons sont faits de kératine, la matière dont sont également faits les ongles et les cheveux humains. Pour s’alimenter, la baleine boréale ouvre largement sa gueule pour engouffrer d’un seul coup une grande quantité d’eau contenant de nombreuses proies. Elle ferme ensuite partiellement sa gueule tout en pressant sa langue contre sa mâchoire supérieure et force l’eau à travers ses fanons qui retiennent les proies qu’elle peut ensuite ingérer.

Reproduction et développement

Les baleines boréales femelles atteignent leur maturité sexuelle et portent leur premier petit à l’âge d’environ 25 ans, lorsqu’elles mesurent approximativement 13 m de long. L’accouplement a lieu d’un bout de l’année à l’autre, mais surtout à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Les baleineaux naissent 12 à 16 mois plus tard, au printemps ou au début de l’été de l’année suivante. Les femelles ne donnent naissance qu’à un seul baleineau, ce qui est typique des mammifères marins. Les baleineaux mesurent de 4 à 4,5 m de long à la naissance et prennent 1,5 cm/jour durant leur première année. Ils sont généralement allaités durant un an et la plupart des femelles mettent bas tous les 3 à 4 ans.

Relation avec les humains

Les deux populations ont été chassées par les humains durant des siècles. Les Inuits et leurs ancêtres, les Thuléens, ont chassé la baleine pour sa viande, son huile (petit lard), son muktuk (peau avec sa couche de petit lard) et ses os. La baleine boréale était très importante pour les Thuléens qui en tiraient de la nourriture, du combustible et des matériaux pour se construire des abris. Les grands os comme ceux des mâchoires et des côtes étaient utilisés pour la construction des habitations pour l’hiver et permirent donc à ces peuples de s’adapter à une région où le bois flotté est très rare, voire inexistant. Les fanons et les os plus petits étaient utilisés pour fabriquer une multitude d’articles pour la vie quotidienne tels que des patins de traîneau, des harpons et des manches de couteau.

La chasse commerciale de la baleine a commencée dans l’Est du Canada dans les années 1500, puis dans la région Beaufort-Chukchi-Beaufort en 1848. Les deux opérations commerciales sont terminées à la fois vers 1915. Les deux populations ont été durement touchées par cette chasse. Les baleines étaient tuées pour leur huile et leurs fanons. Ces derniers étaient utilisés pour la fabrication d’articles nécessitant un matériau flexible et solide, comme des raidisseurs de col, des fouets ou des baleines d’ombrelle ou de corset. Les matériaux synthétiques tels que le plastique et la fibre de verre sont aujourd’hui utilisés pour ces usages.

Le nombre de baleines boréales a augmenté depuis 1931, lorsque leur chasse commerciale fut interdite mais les Autochtones d’Alaska, de Chukotka (Russie), du Canada et de l’Ouest du Groenland continuent aujourd’hui à tuer quelques spécimens des deux populations à des fins de subsistance. Les quotas sont fixés très prudemment par des organismes gouvernementaux et intergouvernementaux.

Défis

La baleine boréale peut être affectée par toute une gamme d’activités humaines, notamment le bruit provenant des bateaux et des activités d’exploration et de production du pétrole ainsi que par les collisions avec les navires et les prises accidentelles dans les files de pêche qui peuvent les blesser ou les tuer. La réduction de la glace de mer dans l’Arctique provoquée par les changements climatiques pourrait entraîner un regain d’activités humaines et permettre aux épaulards d’accéder plus facilement à l’habitat fréquenté par les baleines boréales et ainsi intensifier ainsi la prédation.

L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature a inscrit la baleine boréale sur la liste des espèces faisant l’objet d’une « préoccupation mineure » tandis que le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a déclaré que les deux populations rencontrées dans les eaux canadiennes étaient « préoccupantes ». (Voir aussi Animaux en voie de disparition.)