Jeunesse et éducation

Katherena Vermette naît sur le territoire du Traité n° 1, au cœur de la Nation métisse à Winnipeg, au Manitoba. Née d’une mère mennonite et d’un père métis, elle grandit dans le North End de Winnipeg, un quartier à forte population autochtone réputé à la fois pour ses hauts taux de criminalité et de pauvreté, mais aussi pour sa culture et sa communauté florissantes. Son premier recueil de poèmes, North End Love Songs (trad. Ballades d’amour du North End), est le reflet de sa vie intense et conflictuelle dans ce quartier. « J’ai passé plusieurs années à essayer de m’enfuir, de m’échapper, d’aller ailleurs avant de comprendre que je ne voulais, ni ne pouvais, aller nulle part d’autre », a-t-elle confié en 2013 lors d’une entrevue pour The Walrus. « C’est comme la famille, non? Elle nous exaspère, mais personne ne nous aime ou ne nous connaît plus qu’elle. »

Sa passion pour la poésie se développe dès l’enfance et la suit tout au long de sa vie. Elle gagne sa vie en occupant différents emplois, comme l’enseignement à la maternelle. Elle anime aussi des ateliers d’écriture, contribue à l’alphabétisation des enfants en bas âge et dirige un programme de formation d’artistes et d’embauche pour les Autochtones.

Connaissant un succès grandissant en tant que poète, elle décide de s’inscrire à l’Université de Colombie-Britannique, d’où elle décroche une maîtrise en création littéraire. C’est à l’âge de 35 ans qu’elle publie son premier recueil de poèmes, North End Love Songs (2012, The Muses’ Company).

Poésie

Katherena Vermette voit ses œuvres publiées dans de nombreuses revues littéraires et anthologies, notamment Canada and Beyond et Manitowapow: Aboriginal Writings from the Land of Water. « Selkirk Avenue » est un poème inspiré de sa fascination envers les oiseaux et leurs chants, qui l’accompagnent tous les matins. L’auteure utilise leur fragilité et leur beauté comme métaphore pour exprimer l’extrême vulnérabilité physique et émotionnelle des jeunes femmes de Selkirk Avenue, à Winnipeg, et dépeint les épreuves que doivent surmonter les sans-abris :

rouge-gorge
une fille se tient sur
selkirk avenue
tête baissée
son corps pleure
pareil à un enfant seul
tourne
en rond
son corps trop jeune coincé
dans des vêtements moulants
elle expire l’air
à pleine poitrine
rayonnante
et rouge
comme si elle était
belle
comme si elle était
fière

Son premier recueil de poèmes, North End Love Songs (2012; trad. Ballades d’amour du North End, 2017), est à la fois attristant et inspirant, beau et pittoresque. Son poème « Lost », par exemple, fait référence à un événement douloureux pour elle et sa famille. Alors qu’elle a 14 ans, son frère Wayne, âgé de 18 ans, visite un bar avec des amis et n’est ensuite plus jamais revu vivant. Très peu de soutien et d’aide sont apportés à la famille Vermette pour la recherche de Wayne, l’indifférence de la police étant ancrée dans des préjugés liés au stéréotype des jeunes hommes autochtones. « Son frère est disparu / comme un gant / ou une chaussette / ou un trousseau de clés », écrit Katherena Vermette [traduction libre]. Elle décrit la réponse alors fournie par les policiers, très générique, prenant dans les derniers vers de son poème « Indians » un ton carrément amer et cynique :

on m’a répondu
qu’il reviendrait,
saisi par l’ennui
ou sans le sou […]
pourtant, cette terre est le tombeau
de tant d’indiens
cette rivière gonfle
gèle
craque
entoure nos indiens
de ses bras glacés [traduction libre]

North End Love Songs rend aussi hommage à la beauté de la vie. « Family », notamment, est une ode à la puissance de la famille, que le poème compare aux ormes. L’orme d’Amérique, non indigène au Canada, borde les rues de Winnipeg Nord. C’est toutefois l’orme du Canada, poussant près de la rivière, qui captive la jeune Katherena Vermette et l’inspire à composer son œuvre. Les images créées par l’artiste, de même que son recours à la métaphore, portent aux nues cet arbre en apparence ordinaire :

ces ormes qui nous entourent
sont comme nos tantes
nos oncles
nos cousins
ils sont tous différents
mais leur peau est la même
[…] ses préférés
sont les ormes riverains
pas très hauts
ils restent près
de la terre
elle peut
y grimper
s’appuyer
contre l’écorce solide et sombre
laisser son petit corps reposer
entre leurs bras arrondis
leurs feuilles aiguisées
s’avancent au-dessus de la rivière
elle regarde
les vagues
se replier les unes sur les autres
comme une famille [traduction libre]

En 2013, North End Love Songs est couronné du Prix littéraire du Gouverneur général de poésie de langue anglaise, ce qui attire l’attention du public vers l’auteure. « Ce recueil a une dimension extrêmement personnelle, mais ce n’est rien de nouveau, » raconte-t-elle à The Walrus lors d’une entrevue en 2013. « Ça parle d’une jeune fille, ou d’une femme, qui cherche une identité et une place dans le monde. Ça résume assez bien toute “l’expérience canadienne”. C’est aussi une histoire enracinée dans la culture autochtone, et je crois que la population veut vraiment des histoires sur ses premiers habitants. »

Livres

La première carrière de Katherena Vermette, l’enseignement à la maternelle, est à l’origine de son désir profond de contribuer à l’éducation des enfants autochtones. Cette intention se manifeste notamment dans sa collection The Seven Teaching Stories (2014-2015), une série de sept livres destinée aux enfants en bas âge qui traite des sept enseignements sacrés de la tradition anishinaabe tels l’amour, le respect, le courage et l’honnêteté. Dans The Just Right Gift: A Story of Love, un garçon part à la recherche du cadeau idéal pour sa grand-mère. « Il veut trouver un présent aussi doux que ses baisers et aussi chaleureux que ses sourires. »

En 2016, Katherena Vermette publie son premier roman, The Break (House of Anansi). L’histoire commence avec une jeune mère métisse qui voit par sa fenêtre un crime être perpétré. À partir de cet événement, l’histoire évolue à travers différentes perspectives, ce qui mène à une saga intergénérationnelle dépeignant la vie dans le North End de Winnipeg. The Break reçoit une nomination pour le Prix du Gouverneur général et le Prix de fiction Rogers Writer’s Trust, en plus d’être finaliste lors de Canada Reads. (Voir aussi Femmes et filles autochtones disparues et assassinées au Canada.) Il remporte le Prix du premier livre d’Amazon.ca.

Films

C’est en 2016 qu’est diffusé pour la première fois this river (v.f. cette rivière), le premier documentaire de Katherena Vermette. Coréalisé par Erika MacPherson et mettant en vedette l’activiste Kyle Kematch, cette rivière raconte les horreurs de la recherche d’un être cher disparu. Dans son documentaire, Katherena Vermette discute de la disparition de son frère aîné. Le film remporte en 2017 le prix Écrans canadiens pour le meilleur court métrage documentaire.

Prix et distinctions

Prix du Gouverneur général pour North End Love Songs (2013)

Prix Écrans canadiens du meilleur court métrage documentaire pour this river (2017)

Publications

North End Love Songs (The Muses’ Company, 2012; traduit chez Mémoire d’encrier sous le titre Ballades d’amour du North End en 2017)

The Seven Teaching Stories (Portage and Main Press, 2014-2015)

The Break (House of Anansi Press, 2016)

Importance

Jeune femme autochtone à la voix influente, Katherena Vermette est une étoile montante de la littérature canadienne. Dans sa poésie, sa prose et son documentaire, elle traite d’enjeux vitaux présents dans le Canada moderne : la recherche d’une identité et les vestiges de préjugés et d’une discrimination issus du passé.