Peuples Kaska Dena : Territoire et population

Le territoire traditionnel des Kaska Dena.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Les Kaskas sont un peuple déné (athabascan); ces derniers sont formés de différents groupes autochtones occupant la région subarctique occidentale du Canada, ainsi que des territoires en Alaska et dans le sud-ouest des États-Unis. Avant l’arrivée des Européens, les Kaskas vivent et pratiquent la chasse sur un territoire d’environ 240 000 km2, s’étendant de ce qui est aujourd’hui le sud des Territoires du Nord-Ouest (NT) jusqu’au sud-est du Yukon (YT) et au nord-ouest de la Colombie-Britannique (BC). En 1964, l’anthropologue J. J. Honingmann identifie cinq bandes kaskas qui occupent historiquement les territoires situés près de ce qui est aujourd’hui Ross River (YT), la ville de Faro (YT), Watson Lake (YT), Lower Post (BC) et Dease Lake (BC) :

Tu tcogotena (Tu’tcogotena) : Également connus sous le nom d’ « habitants des grandes eaux », les Tu tcogotena occupent surtout les territoires de Tucho (lac Frances) et de Tucho Tue (rivière Frances) au Yukon. Le territoire des Tu tcogotena s’étend en outre jusqu’aux rivières Hyland et Smith.

Espatodena ou (E)spa’totena : Cette bande Kaska Dena – « ceux qui habitent parmi les chèvres sauvages » - occupent surtout le territoire au nord de Tsa Tue (Beaver River, YT) et de la rivière Nahanni Sud (NT). Selon le Projet sur l’histoire et l’éducation culturelle kaska de 1997, une bande dénée connue sous le nom de Gata otena, « ceux qui chassent le lapin », vivent également sur ces terres.

Naatitu a gotena (Natitu’a’gotena) : Connus sous le nom de « habitants de la (haute) montagne aigue où naît une petite rivière », les Naatitu a gotena vivent près du cours supérieur de la rivière Liard, YT, jusqu’aux terres situées au-dessus de Lower Post, BC. À l’ouest de leur territoire se trouvent les monts Cassiar, et à l’est, le rang Simpson.

Ki stagotena (Ki’stagotena) : Les « habitants de la montagne », les Ki stagotena occupent historiquement les vallées de la rivière Dease et la partie nord de Dease Lake en Colombie-Britannique.

Tse lona (Tse’lona) : Le peuple « du sommet de la montagne » (également appelé le peuple « du lieu où est situé le bout du monde ») vivent principalement dans les tranchées des cours supérieures et les vallées des Rocheuses, ainsi que dans le territoire allant du rang Kechika aux environs de Toad River et de Flat River en Colombie-Britannique.

Malgré ces divisions, les Kaskas se considèrent comme une seule et même nation (ce qui est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui). Les frontières territoriales sont souples; les chasseurs kaskas d’un groupe peuvent se déplacer vers les ressources d’un autre groupe et en user aussi souvent que nécessaire. Ce n’est qu’après l’arrivée des Européens que les frontières traditionnelles sont redessinées pour former des villes et des provinces qui séparent entre elles les communautés kaskas (voir Territoire autochtone).

Il existe aujourd’hui cinq Premières Nations kaskas (totalisant environ 3 000 membres), tous représentés par l’organisation politique du Conseil Kaska Dena :

  • Dease River (Good Hope Lake, BC)
  • Daylu Dena Council (Daylu [Lower Post], BC)
  • Nation Kwadacha (Fort Ware, au nord de Prince George, BC)
  • Première Nation Liard (Watson Lake, YT)
  • Conseil déné de Ross River (Ross River, YT)

Mode de vie traditionnel

Les Kaskas chassent le caribou, l’orignal et le mouflon de Dall (voir Mouflon) dans tout leur territoire ancestral. Les baies sauvages et les corégones complètent leur alimentation.

Les Kaskas vivent dans des tentes ou des huttes de terre qui peuvent facilement être démontées puis reconstruites à mesure qu’ils se déplacent d’un territoire de chasse à l’autre (voir Histoire de l’architecture : Autochtones). Le troc et l’échange les poussent à se déplacer en pirogue pendant les mois chauds et en raquette et en toboggan pendant l’hiver.

Organisation sociale

L’unité centrale de la société kaska est à l’époque la bande locale, soit une famille étendue avec, à sa tête, un chef mâle. La majorité des Kaskas est affiliée principalement à l’un des deux plus importants groupements (des groupes ou des clans apparentés), soit le Loup ou la Corneille (ou corbeau). Ces groupements sont de nature matrilinéaire, ce qui signifie que l’ascendance dépend de la parenté féminine (par exemple, si une mère appartient au groupement des Loups, ses enfants aussi). Les groupements kaskas sont en outre exogames; par exemple, un membre du groupement de la Corneille ne peut épouser un autre membre de son groupement (la même règle s’applique chez les Loups). Cependant, malgré ces affiliations claniques, les lois du mariage et d’autres coutumes sociales ne sont pas toujours systématiquement respectées. Aujourd’hui, les bandes kaskas (que l’on désigne comme des nations) sont régies par la Loi sur les Indiens. Un chef et un conseil élus représentent chaque nation kaska, ainsi que le chef par hérédité de chacune des nations.

Culture

L’art kaska s’inspire de la nature, de l’histoire du peuple et de son héritage. La plupart des œuvres kaskas intègrent des matériaux naturels comme du cuir, du bois ou des ramures. Leurs masques de cérémonie ont une importance spirituelle et sont fréquemment utilisés pendant les prières et les rituels.

Le tambour et les percussions occupent également une place centrale dans les cultures kaska et dénée. Le battement du tambour représente pour eux le battement du cœur de leur nation et unit les leurs dans la chanson ou la prière. Formé vers la fin des années 1980, Kaska Dena Drummers est un groupe connu qui interprète des œuvres musicales traditionnelles.

Les potlatchs, cérémonies culturelles de remise de cadeaux, font également partie de la tradition kaska. Cette pratique est cependant bannie par la Loi sur les Indiens jusqu’en 1951. Depuis, plusieurs communautés autochtones sont revenues à cette coutume.

Langue

Le kaska est une langue dénée (ou athabascane) parlée principalement dans les communautés de Ross River, Watson Lake, Upper Liard, Lower Post, Fireside, Good Hope Lake (voir Fort Good Hope), Dease Lake et Muncho Lake. Leur langue est étroitement apparentée à celle des nations voisines (parlant le déné), notamment les Tahltans, les Tagish et les Sékanis. Les locuteurs de la langue kaska peuvent habituellement comprendre ceux qui parlent ces langues voisines, tout comme eux peuvent habituellement comprendre le kaska.

Le kaska se décline en une variété de dialectes parlés dans différentes régions telles que Pelly Banks (voir Pelly Crossing) et Ross River. Ces dialectes présentent des prononciations et des expressions qui varient légèrement, mais possèdent entre elles plus de similarités que de différences.

Régions du Canada où est parlée la langue Kaska Dena.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Selon Statistique Canada (2011), le kaska est l’une des langues autochtones les plus parlées au Yukon. Cependant, puisque la majorité des locuteurs de la langue kaska sont des anciens, elle est menacée d’extinction. De 1942 jusqu’en 1958, l’anglais remplace le kaska comme langue principale dans les pensionnats, les communautés et les lieux réservés aux affaires. Depuis, les Kaskas s’impliquent activement pour tenter de revitaliser leur langue. En 1997, le Conseil tribal kaska (aujourd’hui le Conseil Kaska Dena) travaille de concert avec le linguiste Patrick Moore pour produire un dictionnaire des noms communs intitulé Guzagi K’uge’, une initiative pour préserver la langue. Le Centre des langues autochtones du Yukon offre des outils d’apprentissage de la langue, notamment des ateliers, des brochures, du contenu multimédia.

Religion et spiritualité

Les rituels et les croyances des Kaskas ressemblent à ceux d’autres peuples dénés, dont les Denesulines (Chipewyans) et les Esclaves. Même si de nombreux kaskas ont été convertis au christianisme par les missionnaires au cours des XIXe et XXe siècles, les Kaskas ont majoritairement conservé intacte leur spiritualité autochtone. Le système de croyances des Kaskas gravite autour d’un Créateur tout-puissant que l’on appelle généralement Denetia (ce qui signifie « Bonne personne »). Les Kaskas croient en outre que les entités spirituelles peuvent, à leur guise, faire le bien ou le mal. Les chamans, que l’on désigne également par le nom nedete (« rêveurs »), sont des guides spirituels détenteurs de sagesse, des guérisseurs et des voyants; ils offrent des conseils aux Kaskas pour les mener sur la voie du bien-être spirituel, émotionnel et physique.

Récits des origines

La tradition orale occupe une place importante au sein de la culture et de la spiritualité kaskas. Les histoires racontent le passé et recèlent de grandes leçons ou de morales sur la manière de mener une vie intègre. Les légendes expliquent les origines du monde et de toutes les créatures qui y vivent; ces histoires sont encore transmises de génération en génération.

Les différentes communautés ont chacune leurs récits et histoires des origines, mais il existe entre elles certains points communs. Par exemple, le Castor et le Corbeau sont des personnages récurrents dans de nombreuses légendes kaskas. Le Castor et le Corbeau sont tous deux des métamorphes, c’est-à-dire qu’ils ont le pouvoir de passer de la forme d’animal à celle d’être humain et vice-versa. Bien qu’ils apparaissent généralement dans les légendes comme des personnages bien intentionnés envers les humains, le Corbeau est aussi souvent considéré comme un filou qui tend à s’attirer des ennuis. (Voir Symbolisme du Corbeau.)

De même, les légendes kaskas racontant l’origine de la Terre diffèrent entre elles par certains aspects mais décrivent généralement un monde primaire complètement immergé. Les animaux, dont le Castor, le Rat musqué et les oiseaux, veulent atteindre la terre située sous l’eau; un jour, ils plongent le plus profondément possible pour s’y rendre. Aucun d’entre eux n’y parvient. Un jour, un oiseau (que l’on appelle le Plongeur) s’aventure sous l’eau en quête de la Terre et y demeure pendant six jours. Lorsqu’il réapparaît à la surface, ses amis animaux voient des traces de terre sous ses talons. Les animaux utilisent donc cette glaise humide pour modeler la Terre telle qu’on la connaît aujourd’hui. Des arbres et des plantes se mettent à pousser à mesure que la Terre sèche; les animaux et les humains peuvent dès lors faire de ce nouveau monde le leur.

Histoire coloniale

En 1821, la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) commence à pratiquer des échanges commerciaux avec les Nahanni, le nom désormais vieilli en usage à l’époque pour désigner les peuples kaskas (et vraisemblablement d’autres peuples autochtones enclins à l’échange, tels que les Tutchonis, vivant plus au sud).

La présence d’étrangers sur le territoire kaska augmente en 1873 après la ruée vers l’or du district de Cassiar; à ce moment, d’autres peuples des Premières Nations, des Métis, des Européens et des Chinois font leur apparition dans la région. Environ trois ans plus tard, la CBH fait ériger des postes de traite à Lower Post et McDame Creek. En 1888, le nombre de travailleurs de mines d’or décroît, mais plusieurs peuples autochtones, que l’on appelle alors les Cascars, demeurent dans la région. L’origine ethnique des familles associées aux postes de traite de Lower Post et McDame Creek est diverse, bien qu’elles soient en majorité locutrices de la langue dénée, mais les mariages mixtes entre les descendants d’immigrants représentent un premier pas vers l’intégration de ces communautés. Tandis que les occasions de travail salarié se raréfient, la chasse et le trappage d’animaux à fourrure restent les activités les plus stables. Obligés de partager leurs terres avec les colons pendant cette période, les Kaskas sont confinés dans certaines communautés et réserves, surtout dans le district de Cassiar, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.

Pendant la première moitié du XXe siècle, l’influence euro-canadienne sur les peuples kaskas s’accroît. Lower Post est intégré à la voie aérienne entre Edmonton et Whitehorse après les années 1920, exposant ainsi la communauté à plus d’influences extérieures. À l’époque de la Deuxième Guerre mondiale, les revenus liés au trappage d’animaux à fourrure et au travail salarié augmentent puisque Watson Lake devient une station d’approvisionnement pendant la construction de la route de l’Alaska, et Lower Post, un dépôt. Le nombre de services gouvernementaux est en hausse considérable, et les interactions entre Kaskas et Euro-Canadiens continuent de servir des besoins d’administration et d’éducation, ainsi que ceux du travail minier.

Au début des années 1940, de nombreux enfants kaskas commencent à être envoyés au pensionnat de Lower Post; c’est le cas environ jusque dans les années 1980. Il est interdit aux enfants de parler leur langue maternelle ou de pratiquer une religion autochtone. Beaucoup d’entre eux subissent des insultes ainsi que des sévices physiques et sexuels. D’anciens pensionnaires tentent aujourd’hui de sensibiliser le reste de la population canadienne en levant le voile sur cette époque sombre de l’histoire, ouvrant ainsi la voie à une réconciliation. (Voir Commission de vérité et réconciliation du Canada.)

Traités et revendications territoriales

Dès 1994, le Conseil Kaska Dena entame des démarches de négociation de traités avec les gouvernements fédéral et provincial. Leur objectif est d’établir les termes d’un traité qui décrira précisément leurs droits de jouir de terres ancestrales et leurs ressources, leurs droits liés à la structure gouvernementale et aux relations fiscales, entre autres. Ces groupes en sont présentement à la quatrième étape sur un total de six. En 2013, le Conseil Kaska Dena signe un « accord progressif » avec la province de la Colombie-Britannique tandis que les négociations d’un traité officiel sont encore en cours. L’accord progressif n’est pas un traité mais garantit aux Premières Nations le respect de certains des droits visés par le traité, et ce, avant que les démarches administratives soient complétées.

Depuis 2006, les Kaska Dena sont impliqués dans une querelle territoriale concernant leurs frontières occidentales, définies par le Traité n° 8. Les Premières Nations du Traité n° 8 de West Moberly, Halfway River, Saulteau, Prophet River, Doig River et Fort Nelson affirment que les véritables frontières occidentales définies par le Traité n° 8 épousent celles du bassin versant Arctique-Pacifique. En 2005, ces nations se rassemblent pour intenter une poursuite judiciaire et exiger de la Cour suprême de la Colombie-Britannique une déclaration territoriale. Si le gouvernement fédéral est d’accord avec les revendications des nations concernant la frontière, le gouvernement de Colombie-Britannique et le Conseil Kaska Dena s’y opposent, croyant en effet que les véritables frontières définies par le Traité n°8 se situent plus à l’est. La majorité du territoire ancestral kaska dena se trouve dans la partie occidentale du territoire du Traité n° 8, soit celle qui fait l’objet du conflit; par conséquent, la résolution de cette querelle est d’une grande importance pour les nations kaskas. Le procès, qui a débuté en 2014, est toujours en cours.

Recoupements entre le territoire ancestral Kaska Dena et les terres définies par le Traité n° 8.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

En 2012, le Conseil Kaska Dena et le gouvernement provincial de la Colombie-Britannique signent une entente d’utilisation stratégique du territoire. Cette entente favorisera le taux d’emploi, l’investissement et le développement au sein des communautés kaskas. Le Conseil Kaska Dena a en outre été impliqué dans d’autres négociations avec le gouvernement provincial, dont l’Entente de consultation sur la forêt et de partage du revenu du Conseil Daylu Dena (2014), L’Entente de consultation sur la forêt et de partage du revenu de Dease River (2014), l’Entente de consultation sur la forêt et de partage du revenu de Kwadacha (2014) et l’Entente d’engagement stratégique du Conseil Kaska Dena (2015).

Les Kaska Dena aujourd’hui

Depuis 1981, le Conseil Kaska Dena représente les Kaskas dans les négociations de traités avec les gouvernements fédéral et provinciaux. Le Conseil a également pour mission de protéger la culture, la langue et l’héritage des Kaskas et vise à offrir des services sociaux et communautaires. Le Conseil compte neuf dirigeants, dont trois directeurs généraux élus.