La reine Victoria (qui a régné de 1837 à 1901) célèbre ses 60 années de règne en 1897. Les célébrations organisées pour cette grande occasion – le premier jubilé de diamant – mettent en avant le rôle de la reine en tant que « mère » de l’Empire britannique et de ses dominions, dont le Canada. Le premier ministre Wilfrid Laurier est à la tête de la délégation canadienne aux cérémonies de Londres, tandis qu’au Canada, chaque communauté organise ses propres festivités en l’honneur de la reine.

Victoria et le Canada

Victoria devient reine le 20 juin 1837, à l’âge de 18 ans, en succédant à son oncle, le roi William IV. Elle sera populaire au Canada tout au long de son règne. À partir de 1845, son anniversaire, qui tombe le 24 mai, est célébré dans la Province du Canada sous le nom de fête de Victoria. Victoria choisit Ottawa comme capitale du Canada et en 1867, elle joue un rôle clé dans l’établissement de la Confédération. Elle rencontre en effet John A. Macdonald et quatre autres Pères de la Confédération à Londres et leur fait part de son soutien pour l’unité et l’autonomie gouvernementale du Canada.

La romancière Lucy Maud Montgomery (1874-1942) se souvient de l’admiration des Canadiens pour la reine : « Durant toute notre enfance, on nous a inculqué que “la reine" était un modèle à suivre pour toutes les filles, mariées ou reines, à toutes les étapes de leur vie. À l’époque, il y avait un portrait encadré de la reine dans chaque foyer… »

Le jubilé de diamant est donc l’occasion de réjouissances populaires dans tout le Canada.

Le règne le plus long

Victoria est le premier monarque britannique à marquer les 50e (or) et 60e (diamant) anniversaires de son accession au trône par des célébrations publiques. Le jubilé d’or de 1887 met l’accent sur le rôle de la reine en tant que grand-mère de l’Europe. Cette année-là, le cortège du jubilé est dominé par les enfants et les petits-enfants de la reine qui se sont mariés avec d’autres membres de dynasties royales en Europe. En 1897, le jubilé de diamant célèbre par contre Victoria comme étant la mère de l’Empire britannique.

Le jubilé de diamant fait l’objet d’éloges particuliers parce qu’il survient moins d’un an après que Victoria a remplacé son grand-père, George III, le 23 septembre 1896, en tant que monarque britannique resté le plus longtemps sur le trône. Victoria marque cet événement en privé, au château de Balmoral, en Écosse, et inscrit dans son journal : « Les gens voulaient s’adonner à toutes sortes de festivités, mais je leur ai demandé de s’abstenir jusqu’à l’anniversaire de mes soixante années au trône, au mois de juin suivant. » Le jubilé de diamant est donc l’occasion de célébrer Victoria comme le monarque ayant régné le plus longtemps, en plus de marquer ses 60 années sur le trône.

L’Empire britannique

Après la mort de son époux, le prince Albert, en 1861, Victoria s’intéresse de plus en plus au rôle qu’elle peut jouer pour la croissance et l’expansion de l’Empire britannique. En 1877, elle reçoit le titre d’impératrice des Indes à la suggestion du premier ministre britannique Benjamin Disraeli. Victoria n’a jamais voyagé à l’extérieur de l’Europe, mais elle valorise sa relation avec les habitants de son empire, d’un bout à l’autre du monde, en particulier avec les peuples autochtones.

Durant la dernière décennie de son règne, l’image que se fait le public de Victoria est celle de la « veuve de Windsor », une femme sobre à la tête d’un empire sur lequel « le soleil ne se couche jamais ». Les célébrations du jubilé de diamant sont organisées à Londres pour mettre en relief ce rôle. Les premiers ministres des dominions britanniques, y compris le Canada, sont invités d’honneur.

Célébrations britanniques

Le 20 juin, pour le 60e anniversaire de son accession au trône, Victoria assiste à un service d’Action de grâce à la chapelle St. George, près du château de Windsor. Le service inclut l’Hymn of Praise, composé par Felix Mendelssohn, un des compositeurs favoris de la reine, et chanté par la chanteuse soprano canadienne Emma Albani. Victoria écrit dans son journal : « Je me rappelle si bien ce jour, il y a 60 ans, lorsque ma chère maman m’a sortie du lit pour m’annoncer la nouvelle de mon accession au trône ».

La journée du mardi 22 juin, choisie pour le défilé du jubilé de diamant, est déclarée jour férié en Grande-Bretagne et « dans tous les pays où des sujets britanniques sont résidents ». Trois millions de personnes se rendent à Londres pour les célébrations. Près de 25 000 soldats de l’Empire britannique campent dans des tentes installées dans Hyde Park. Durant la semaine qui précède l’événement, plus d’un million de personnes viennent réserver leur place le long de l’itinéraire que suivra le défilé. Dans les centaines de tribunes, plusieurs sièges sont réservés aux dignitaires ou vendus à des membres du public, les revenus étant versés à des œuvres caritatives. D’autres spectateurs louent des emplacements sur des toits ou sur des balcons situés le long de l’itinéraire, ou vont même jusqu’à dormir pendant des jours sur le trottoir pour être sûrs d’avoir une place.

Victoria commentera ainsi cette journée : « Une journée inoubliable. Personne, je pense, n’avait jusqu’à présent été accueilli avec l’ovation qui m’a été réservée tout au long de ces neuf kilomètres de rues, y compris sur Constitution Hill. La foule était assez dans un état indicible. Elle rayonnait d’un enthousiasme vraiment merveilleux et extrêmement touchant. Les acclamations étaient assourdissantes et chaque visage resplendissait de joie ».

Un service d’Action de grâce est offert à l’extérieur de la cathédrale St. Paul, car la reine, âgée de 78 ans, est incapable de monter les escaliers menant à l’intérieur de l’édifice.

Délégation canadienne

Le premier ministre Wilfrid Laurier est fait chevalier par la reine Victoria, le 21 juin, à Londres. Il reçoit à cette occasion le titre de Chevalier grand-croix de l'ordre de Saint-Michel et Saint-Georges.

Lors du défilé, le lendemain, la cavalerie canadienne parade en cinq colonnes en tête de la procession coloniale, Laurier suivant dans un carrosse. À la suite de Laurier, on trouve un détachement des Grenadiers de Toronto et des Royal Canadian Highlanders. Le défilé se termine par l’arrivée de représentants d’autres parties de l’empire ainsi que des membres des familles royales britanniques et étrangères puis de la reine elle-même.

Célébrations au Canada

Victoria remercie les Canadiens pour leur chaleureux accueil dans un message qu’elle adresse au gouverneur général, lord Aberdeen : « Je remercie du fond de mon cœur mon peuple bien-aimé. Que Dieu les bénisse ». Lord Aberdeen répond : « Ce message de la Reine tout juste reçu, des plus gracieux et des plus touchants, va être immédiatement porté à la connaissance des peuples de Sa Majesté dans tout le Dominion, et va remplir de joie bien des cœurs déjà comblés. En ce jour mémorable, nous offrons avec joie à la reine notre loyale dévotion et nos hommages les plus affectueux. Que Dieu protège et bénisse la reine ». En guise de cadeau, le Canada offre à la reine la création des Infirmières de l'Ordre de Victoria du Canada.

Des célébrations civiques sont organisées partout au Canada pour fêter le jubilé de diamant. Le 22 juin, jour férié, des drapeaux et des bannières sont hissés dans les rues et des feux d’artifice sont tirés dans la soirée. Les journaux remarquent que le jubilé, tout comme la fête annuelle de Victoria, est l’occasion pour les Canadiens de différentes origines de se rencontrer. Un journaliste de Winnipeg écrit que les festivités « montrent à quel point le patriotisme peut souder de manière joyeuse et fraternelle les membres de toutes les nations et de toutes les croyances ».

De nouvelles pièces musicales composées en l’honneur de Victoria resteront populaires pendant des décennies. Les enfants participent à leurs propres défilés pour le jubilé. On verra ainsi, 10 000 enfants défiler en portant des drapeaux jusqu’à la Colline du Parlement à Ottawa.

Jubilé de diamant d’Elizabeth

Les célébrations du jubilé de diamant de Victoria servent de précédent au jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, en 2012. Comme en 1897, un service d’Action de grâce est offert à la cathédrale St. Paul. Les célébrations de 2012 ont elles aussi un parfum international, mais contrairement à celles de 1897, au cours desquelles les premiers ministres du Dominion s’étaient déplacés à Londres, ce sont les enfants et les petits-enfants d’Elizabeth qui se rendent dans tous les royaumes du Commonwealth en 2012.

D’autres aspects du jubilé de diamant de 1897, tels que les « garden-parties », établissent des précédents durables pour les contacts futurs de la famille royale avec le public.