Éducation et enseignement

Joseph Boyden étudie d’abord au Brebeuf College School, à Toronto, et à l’Université York, avant de fréquenter l’Université de La Nouvelle-Orléans. Il partage ainsi son temps entre le nord de l’Ontario et la Louisiane, où il est écrivain en résidence du programme de création littéraire de l’Université de La Nouvelle-Orléans (sa femme, Amanda Boyden, y est également artiste en résidence). Par le passé, Joseph Boyden a également effectué des résidences à l’Université Trent, à l’Université Wilfrid Laurier et à l’Université d’Athabasca, en plus d’enseigner au Northern College et pour le programme de création littéraire de l’Université de la Colombie-Britannique. Il a également été membre du jury d’Arts & récits autochtones, un concours d’arts visuels et de littérature pour les jeunes de descendance autochtone organisé par Historica Canada.

Débuts de carrière

Dans ses œuvres, Joseph Boyden s’attarde aux expériences, historiques ou contemporaines, des Premières Nations du nord de l’Ontario. Ses récits racontent en détail les dangers de la pauvreté, de la violence et de la consommation abusive de drogues et d’alcool tant dans les réserves qu’à l’extérieur. Les traumatismes et l’isolation relatifs aux pensionnats y sont également dépeints avec force. Malgré tout, les portraits qu’il brosse de ces groupes marginalisés montrent également la force des Autochtones, c’est-à-dire leur cohésion sociale et familiale, leur soutien mutuel, leur sens de l’amitié, leur coopération et leur humour. Joseph Boyden met en lumière la valeur menacée, mais cependant cruciale, du souvenir collectif de la vie agricole, et l’importance du respect et de la compréhension qui lui sont associés.

La première publication d’importance de Joseph Boyden est le recueil de nouvelles Là-haut vers le Nord (2006), qui comprend certains récits plus légers sur la musique, les jeux de hasard et même le caractère hautement théâtral de la lutte professionnelle. Les thèmes centraux, toutefois, demeurent l’érosion des schémas existentiels et des compétences ancestrales qui ont permis aux Autochtones de subsister pendant des millénaires, ainsi que l’aliénation et les modes de vie néfastes trop souvent vécus dans les réserves et dans les villes. Plusieurs histoires introduisent des membres de la famille Bird, qui sont des personnages récurrents dans les romans subséquents.

Le Chemin des âmes (2006)

Le premier roman de Joseph Boyden, Le Chemin des âmes (2006), se veut une transposition évocatrice et poignante des techniques de survie autochtones utilisées par deux amis cris pris dans la tourmente de la Première Guerre mondiale. Le personnage principal, Xavier Bird, et son meilleur ami, Elijah Weesageechak (aussi appelé Whiskeyjack), se portent volontaires pour les tranchées. Grâce aux techniques qu’ils ont acquis dans la nature — la furtivité, la patience, l’évasion et l’adresse au tir —, ils deviennent des tireurs d’élite extrêmement efficaces sur le front ouest. Le prix du succès, toutefois, est grand, et ses conséquences pèsent lourdement sur leur personnalité et leurs croyances. Xavier Bird, grièvement blessé et dépendant à la morphine, rentre au Canada, où sa tante Niska lui prodigue des soins. Au fil du voyage en canot les ramenant à la baie James, Niska lui raconte l’histoire de sa vie pendant qu’il réfléchit à la sienne. En 2006, Le Chemin des âmes remporte le prix de fiction Rogers Writer’s Trust et figure parmi les finalistes au concours Canada Reads, organisé par la CBC. L’œuvre remporte également le prix McNally Robinson de l’ouvrage autochtone de l’année, en plus d’être nommée pour le Prix du Gouverneur général.

Les Saisons de la solitude (2009)

Les Saisons de la solitude (2009) poursuit la saga de la famille Bird dans un contexte contemporain, tout en conservant certains parallèles structurels avec les œuvres précédentes. La trame principale raconte la vie de Will Bird, un pilote de brousse plongé dans le coma dans un hôpital de la réserve de Moose Factory, en Ontario. Sa nièce, Annie Bird, voyage au sud vers Toronto, Montréal et New York afin de retrouver Suzanne, sa sœur disparue. Elle finit toutefois par revenir en Ontario pour relater ses périples à Will. Le roman reçoit des critiques dithyrambiques et gagne le prix Scotiabank Giller en 2008.

Dans le grand cercle du monde (2014)

Dans le grand cercle du monde, publié en 2014, est un récit de fiction sur les missionnaires du XVIIe siècle à Wendake (aujourd’hui le centre de l’Ontario). Le roman suit trois personnages qui seraient inspirés de Jean de Brébeuf, d’un chef huron-wendat et d’un prisonnier haudenosaunee dans la période des guerres iroquoises qui mène à la dispersion des Hurons. Le roman fait partie de la liste longue du prix Scotiabank Giller et est nommé pour un Prix du Gouverneur général. Il remporte également la première place au concours Canada Reads en 2014, alors qu’il est animé par l’auteur et politicien anishinabe Wab Kinew. Malgré ces succès, l’œuvre connaît ses détracteurs. En effet, certains accusent l’écrivain de perpétuer des stéréotypes autochtones dans son livre. Hayden King va même jusqu’à dire que les « thèmes — la marginalisation de la perspective haudenosaunee, la prépondérance du point de vue du jésuite et le recours aux vieux clichés, en particulier celui de l’Indien sauvage — réduisent le roman à un récit sur l’inévitabilité de la colonisation ».

Wenjack (2016)

En octobre 2016, Joseph Boyden fait publier la nouvelle Wenjack, un récit de fiction portant sur Chanie « Charlie » Wenjack, un garçon ojibwé mort en octobre 1966 après avoir fui son pensionnat au nord de l’Ontario. La nouvelle, illustrée par Kent Monkman, est l’un des nombreux projets célébrant le 50e anniversaire de la mort de Wenjack. (Au cours de la même période, Gord Downie, du groupe The Tragically Hip, lance Secret Path, un projet qui comprend un album solo, ainsi qu’un roman graphique et un film d’animation en collaboration avec Jeff Lemire). Joseph Boyden signe aussi un scénario sur Wenjack dans le cadre des Minutes du patrimoine, en plus de collaborer avec le cinéaste métis Terril Calder à la production d’un court film d’animation relatant le décès de Wenjack et le procès qui le suit.

Ouvrages non romanesques

Joseph Boyden affirme qu’il arrive à obtenir un point de vue nouveau sur la question autochtone en se distanciant du Canada. Il voit des parallèles entre les Premières Nations privées de leurs droits et les souffrances vécues par les populations hispaniques et noires pauvres de La Nouvelle-Orléans pendant et après l’ouragan Katrina. La conférence qu’il a donnée sur le sujet à l’Université de l’Alberta est publiée en 2008 sous le titre From Mushkegowuk to New Orleans: A Mixed Blood Highway. En 2010, il écrit aussi l’essai Louis Riel et Gabriel Dumont, publié dans la collection Extraordinary Canadians de la maison d’édition Penguin.

Affaire Steven Galloway

En novembre 2016, Joseph Boyden est mêlé à un conflit qu’on finit par appeler l’affaire Steven Galloway. Un an auparavant, l’Université de la Colombie-Britannique annonce la suspension du romancier Steven Galloway au poste de chef du programme de création littéraire en raison d’« allégations graves ». En juin 2016, suivant une enquête indépendante menée par l’ancienne juge de la Cour suprême de Colombie-Britannique Mary Ellen Boyd, Steven Galloway est congédié pour un « historique d’inconduites ayant causé un abus de confiance irréparable ». Aucun autre détail n’est dévoilé par l’université concernant les allégations. En novembre 2016, Steven Galloway lui-même révèle qu’il a été accusé, entre autres choses, d’agression sexuelle (un chef que la juge Mary Elen Boyd n’a pas retenu) et qu’il a été renvoyé à cause d’une aventure qu’il entretenait avec une étudiante.

Plusieurs auteurs canadiens ont critiqué l’université pour la manière dont elle avait géré la situation, notamment en ce qui concerne l’annonce publique de la suspension de Steven Galloway, ainsi que le silence concernant la nature des allégations et les conclusions de l’enquête. À la tête du groupe se trouve Joseph Boyden, qui écrit une lettre ouverte à l’université en 2016 intitulée « À la recherche de clarté et de justice concernant le traitement de l’affaire Steven Galloway pour l’Université de la Colombie-Britannique ». La lettre, signée par des contemporains d’envergure comme Margaret Atwood, Yann Martel et Madeleine Thien, allègue que Steven Galloway n’a pas bénéficié d’un procès en bonne et due forme et que l’affaire a nui à sa santé et à sa réputation. Elle exige également qu’une enquête indépendante soit ouverte sur la gestion de l’affaire par l’université. Joseph Boyden et les signataires de la lettre reçoivent à leur tour des critiques cuisantes pour leur apparente insensibilité par rapport aux plaignantes, qui ont tout autant des raisons de craindre que leur implication dans l’affaire n’ait des répercussions sur leur carrière. Les critiques notent également que la réponse publique des auteurs reconnus au Canada au sujet de l’affaire Steven Galloway pourrait décourager d’autres membres de la communauté de se plaindre en cas d’agression sexuelle.

Identité autochtone mise en doute

Bien qu’il revendique des origines autochtones, Joseph Boyden est accusé par plusieurs de se représenter faussement, notamment parce que ses liens avec la communauté autochtone ne sont ni documentés ni confirmés. Le 22 décembre 2016, le blogueur politique Robert Jago émet ses doutes concernant l’identité autochtone de l’écrivain alors qu’il était l’animateur invité du compte Twitter @indigenousXca. Entre autres accusations, Robert Jago dénonce le fait que Joseph Boyden a accepté des bourses réservées aux artistes autochtones : « Pensez à tous les prix littéraires autochtones qu’il a gagnés […] Certains sont des bourses destinées uniquement aux Autochtones […] Combien d’Autochtones écrivains, penseurs, survivants des pensionnats sont restés sans voix parce qu’il a colonisé leur espace public? »

Le jour suivant, le site Web du Réseau de télévision des peuples autochtones publie L’identité autochtone caméléon de l’écrivain Joseph Boyden, un article signé par le journaliste d’enquête Jorge Barrera. Dans l’article, ce dernier note que l’écrivain a revendiqué des liens ancestraux divers avec les Métis, les Mi’kmaq, les Ojibwés et les Nipmucs, et que la nature changeante de ses revendications préoccupe certains pans de la communauté autochtone, surtout à la lumière du fait que Joseph Boyden est devenu un « porte-parole sur les enjeux autochtones ». Malgré des recherches approfondies, le journaliste n’est pas en mesure de confirmer le patrimoine autochtone de Joseph Boyden ni ses liens avec une quelconque Première Nation.

Le 24 décembre, Joseph Boyden répond à la controverse par son compte Twitter, @josephboyden :

Mes origines mixtes sont principalement celtes, mais j’ai également des liens avec les Nipmucs de Dartmouth, au Massachusetts, du côté de mon père et, du côté de ma mère, des liens qui datent des années 1800 avec les Ojibwés de la baie de Nottawasaga. Il existe une confusion quant à mon identité autochtone, et j’en porte partiellement le blâme. Dans les 25 dernières années où j’ai tenté de comprendre mes racines, j’ai utilisé le terme « métis » pour me désigner comme personne de sang mixte. Je ne suis pas descendant de rivière Rouge, et je m’excuse auprès de tous les Métis de rivière Rouge que j’aurais pu offenser. […] Je suis d’avis que personne ne doit être stigmatisé pour ses origines, ni être jugé parce qu’il parle fièrement en son nom et au nom des ancêtres qui ne le peuvent plus ou qui ne l’auraient pas fait. Dans un article écrit à mon sujet, j’ai dit : « Une petite partie de moi est autochtone, mais elle représente une énorme partie de ce que je suis. » Cette affirmation reste vraie aujourd’hui, et je ne me suis jamais décrit autrement.

La controverse entourant l’identité de Joseph Boyden pointe vers un débat plus grand concernant le statut d’Autochtone et ceux qu’il peut définir. Dans un article du Globe and Mail daté du 28 décembre, Hayden King remarque que Joseph Boyden « a profité d’une ambiguïté fabriquée » et que « la fraude ethnique nuit aux efforts nécessaires pour rebâtir les nations autochtones ». Wab Kinew, dans un éditorial publié dans le Globe and Mail du 3 janvier 2017, demande à « mon ami Joseph Boyden » de s’excuser pour l’ambiguïté qu’il a créée tout en soulignant ses contributions artistiques et philanthropiques auprès de la communauté autochtone :

La façon dont Joseph Boyden est entré dans notre cercle n’est peut-être pas aussi importante que le fait qu’il en fasse désormais partie. Il s’est taillé une place parmi nous en écrivant sur nous, en nous aidant et en tissant des liens d’amitié avec nous. Certains, comme moi, continuent à revendiquer sa place parmi nous. Je n’ai ni le pouvoir de lui donner un certificat de statut ni de lui conférer le droit de s’identifier comme Anishinabe. Mais je peux vous dire qu’il aura sa place parmi nous tant qu’il continuera à revenir parmi nous. J’affirme ceci en souhaitant qu’il ait agi autrement. […] S’il n’est pas Autochtone, il devrait l’admettre. S’il a eu un ancêtre autochtone dans les générations passées, il devrait nous expliquer qui il était.

Ryan McMahon, un comédien et écrivain métis et anishinabe, a également exigé plus de clarté dans un article pour Vice : « Avant de réintégrer notre cercle, montre-nous ton perlage autochtone, Joseph Boyden, et présente-toi aux gens à l’intérieur de ce cercle, parce que tu ne l’as pas encore fait. »

D’autres, toutefois, se disent préoccupés par les demandes concernant l’héritage de Joseph Boyden. Le 28 décembre 2016, le rédacteur en chef de Walrus, Jonathan Kay, avertissait les lecteurs que « d’attaquer la composition raciale d’une personne n’est jamais un exercice bénin », et soulignait les limites des données citées par Jorge Barrera dans ses recherches. « C’est justement parce que les traces écrites de l’histoire des Autochtones sur le continent sont si rares que les plaideurs autochtones ont demandé (avec un certain succès) que l’histoire orale soit traitée sur le même pied d’égalité que les preuves écrites. » Ernie Crey, chef de la bande Cheam issue de la tribu pilalt appartenant à la Nation Sto:lo, partage ces craintes : « Si nous continuons de remuer la poussière inutilement autour de l’identité de Joseph Boyden, nous finirons tous dans les laboratoires d’analyse de l’ADN. » Le 11 janvier 2017, lors d’une entrevue à la radio de la CBC avec Candy Palmater, Joseph Boyden s’excuse d’avoir dominé la discussion publique concernant les enjeux autochtones : « Je crains être devenu […] l’une des personnes ressources quand vient le temps de parler des enjeux qui touchent les Autochtones au pays […] Je devrais laisser des gens ayant des origines plus marquées dans leur communauté s’exprimer au nom de leur communauté […] Les autres ont des choses à dire, et je suis sincèrement désolé d’avoir accaparé autant du temps d’antenne. » Il se défend également d’avoir damé le pion aux Autochtones ayant des voix plus authentiques en acceptant des prix leur étant réservés en soulevant le fait qu’il n’a reçu qu’un seul prix de ce type : le prix McNally Robinson en 2005 pour son premier roman, Le Chemin des âmes.

Prix et honneurs

Prix McNally Robinson de l’ouvrage autochtone de l’année (2005) pour Le Chemin des âmes
Prix de fiction Rogers Writers’ Trust (2006) pour Le Chemin des âmes
Prix Amazon.ca livres au Canada du premier roman (2005) pour Le Chemin des âmes
Nomination, Prix du Gouverneur général (2005) pour Le Chemin des âmes
Finaliste, Canada Reads de la CBC (2006) pour Le Chemin des âmes
Prix Scotiabank Giller (2008) pour Les Saisons de la solitude
Prix CBA Libris du livre de fiction de l’année (2009) pour Les Saisons de la solitude
Prix CBA Libris de l’auteur de l’année (2009)
Gagnant, Canada Reads de la CBC (2014) pour Dans le grand cercle du monde
Membre, Ordre du Canada (2015)