Basil H. Johnston, auteur, linguiste et professeur anishinaabe (ojibwé) (né le 13 juillet 1929 dans la Première Nation de Wasauksing, en Ontario; décédé le 8 septembre 2015 à Wiarton, en Ontario). Un des auteurs autochtones les plus importants du Canada et un conférencier du Musée royal de l’Ontario, Basil Johnston écrit beaucoup au sujet des traditions, de la langue et de la vie moderne des Anishinaabes. Il a influencé bon nombre d’auteurs autochtones contemporains, y compris Drew Hayden Taylor et Joseph Boyden, pour n’en nommer que quelques-uns.

Enfance et éducation

Né le 13 juillet 1929 dans la Première Nation de Wasauksing, près de Parry Sound, en Ontario, fils de Rufus et Mary (née Lafrenière) Johnston, Basil Johnston est le seul garçon d’une famille de cinq enfants. Sa famille déménage plus tard dans la Première Nation de Neyaashiinigmiing (Cape Croker), sur la côte est de la péninsule Bruce, en Ontario. Ses parents se séparent alors qu’il est encore jeune. En 1939, pauvre et analphabète, sa mère se laisse convaincre par le prêtre et l’agent des Indiens local de l’envoyer, ainsi que sa sœur de quatre ans Marilyn, au pensionnat indien St. Peter Calver dirigé par les Jésuites dans la communauté de Spanish, à 120 km à l’ouest de Sudbury, dans le nord de l’Ontario. Il fera part de ses expériences de pensionnat, en partie, dans son livre très populaire, Indian School Days (Key Porter, 1988).

Bien que son expérience au pensionnat fasse l’objet de son écriture, Basil Johnston ne rend pas publics les abus dont il y a souffert jusqu’à tard dans sa vie. En 2004, il révèle que, après s’être fait arracher de chez lui et envoyé au pensionnat indien St. Peter Calver (souvent appelé le pensionnat de Spanish), les garçons plus âgés de l’école, tout comme le personnel de celle‑ci, l’ont abusé sexuellement. Comme de nombreux autochtones de sa génération qui ont fréquenté des pensionnats indiens, il a été victime d’abus physiques et psychologiques pendant son éducation et a caché la vérité une grande partie de sa vie.

En huitième année, le père de Basil Johnston le retire brusquement du pensionnat. Pendant quelques années, l’adolescent vit seul dans la réserve de Cape Croker et essaie de subvenir à ses propres besoins par le traditionnel piégeage d’animaux à fourrure, sans grand succès. Il retourne alors à Spanish pour y fréquenter la nouvelle école secondaire.

Basil Johnston s’épanouit à l’école secondaire, où il apprend à aimer les livres et le hockey. Il prononce le discours d’adieu de sa classe et poursuit ses études au Collège Loyola à Montréal (un collège d’expression anglaise dirigé par les Jésuites, aujourd’hui partie de l’Université Concordia). Au collège, il joue au hockey universitaire avancé. Les sports resteront pour lui un passe-temps sérieux : il joue au hockey récréatif jusque dans la cinquantaine; et le football et le baseball lui tiennent également à cœur.

Basil Johnston obtient son baccalauréat avec distinction du Collège Loyola et déménage à Toronto vers la fin des années 1950. Pendant un certain temps, il travaille à la Chambre de commerce de Toronto. En 1959, il épouse Lucie Desrochers, qu’il a rencontrée lors d’une activité sociale à l’église Holy Rosary à Toronto. De cette union naîtront trois enfants.

En 1962, Basil Johnston s’inscrit au Collège d’éducation de l’Ontario et obtient un diplôme d’enseignement secondaire. Il enseignera l’histoire à l’école secondaire Earl Haig à North York, jusqu’en 1970.

Travail au Musée royal de l’Ontario

En 1970, Basil H. Johnston est recruté dans le département d’ethnologie (plus tard, d’anthropologie) du Musée royal de l’Ontario (MRO) par Edward S. Rogers. D’abord embauché sur une base temporaire en tant que conférencier, les premières responsabilités de Basil Johnston comprennent l’animation de causeries, en employant des objets de musée comme outils d’enseignement, dans les écoles de la région de Toronto et des communautés autochtones du sud de l’Ontario. Deux ans plus tard, il est embauché de façon permanente au MRO et ses conférences déplacent l’accent mis jusqu’alors sur les objets de musée pour se recentrer sur les récits autochtones. C’est pendant sa carrière au MRO, qui dure 25 ans, que Basil Johnston devient une voix éminente de la littérature autochtone. Il profite de son poste au musée pour rassembler et transcrire les récits anishiaabes. Il s’agit d’un travail qui s’avérera révolutionnaire et très influent. En 1995, Basil Johnston prend sa retraite du MRO et retourne dans la Première Nation de Neyaashiinigmiing (Cape Croker), où il continue à enseigner et à écrire jusqu’à son décès en 2015.

Carrière littéraire

Basil Johnston est connu comme écrivain au cours des années 1970, aujourd’hui reconnu comme une période de renaissance culturelle autochtone au Canada. Dans une époque où peu de livres sont écrits par des auteurs autochtones, les éditeurs rejettent ses premiers manuscrits. Même s’ils trouvent son travail « authentique », ils craignent que ses premiers écrits n’aient pas de marché potentiel. Sans le soutien professionnel de Jack McClelland, Anna Porter et quelques autres éditeurs, les premiers classiques de Basil Johnston, Ojibway Heritage (1976) et Moose Meat & Wild Rice (1978), n’auraient peut‑être jamais été publiés.

Ses livres peuvent être classés dans les catégories suivantes :

1. Mémoires et perspectives anishinaabes contemporaines

Moose Meat & Wild Rice (McClelland & Stewart, 1978)

Indian School Days (Key Porter, 1988)

Hudson Bay Watershed: A Photographic Memoir of the Ojibway, Cree and Oji-Cree (avec John Macfie) (Dundurn Press, 1991)

Hudson Bay Portraits: Native Peoples of the Hudson Bay Watershed (avec John Macfie) (Dundurn Press, 1992)

Crazy Dave (Key Porter, 1999)

Candies: A Humour Composite (Kegedonce Press, 2015)

2. Culture et récits traditionnels anishinaabes

Ojibway Heritage (McClelland & Stewart, 1976)

Ojibway Ceremonies (McClelland & Stewart, 1982)

Tales of the Anishinaubaek (illustré par Maxine Noel) (ROM, 1993)

The Bear Walker and Other Stories (illustré par David A. Johnson) (ROM, 1995)

The Manitous: The Spiritual World of the Ojibway (Key Porter, 1995)

The Star Man and Other Tales (avec Jonas George [Wah-sa-ghe-zik], illustré par Ken Syrette)(ROM, 1997)

Mermaids and Medicine Women (illustré par by Maxine Noel) (ROM, 1998)

The Art of Norval Morrisseau, The Writings of Basil H. Johnston (Glenbow Museum, 1999)

Honour Earth Mother: Mino-audjaudauh Mizzu-Kummik-Quae (Kegedonce Press, 2003)

Think Indian: Languages are Beyond Price (Kegedonce Press, 2011)

Living in Harmony: Mino-nawae-indawaewin (Kegedonce Press, 2012)

Walking in Balance: Meeyau-ossaewin (Kegedonce Press, 2013)

3. Culture et récits traditionnels anishinaabes adaptés aux enfants

How the Birds Got Their Colours: Gah w'indinimowaut binaesheehnyuk w'idinauziwin-wauh (Kids Can Press, 1978)

Tales the Elders Told: Ojibway Legends (ROM, 1981)

By Canoe & Moccasin: Some Native Place Names of the Great Lakes (illustré par David Beyer) (Waapoone, 1986)

Gift of the Stars: Anungook gauh meenikooying (Kegedonce Press, 2010)

4. Langue anishinaabemowine

Ojibway Language Course Outline for Beginners (Education and Cultural Support Branch, Northern and Indian Affairs, 1978)

Ojibway Language Lexicon for Beginners (Education and Cultural Support Branch, Northern and Indian Affairs, 1978)

Anishinaubae Thesaurus (Michigan State University Press, 2007)

Les œuvres Ojibway Heritage et Ojibway Ceremonies sont écrites pour resensibiliser les Anishinaabes aux traditions que bon nombre d’entre eux ont abandonnées ou qu’ils n’ont jamais apprises. How the Birds Got Their Colours (1978), Tales the Elders Told: Ojibway Legends (1981) et By Canoe & Moccasin: Some Native Names of the Great Lakes sont des mythes et légendes anishinaabes, adaptés aux enfants. Moose Meat & Wild Rice est une collection de nouvelles humoristiques, surtout fictives, de la vie contemporaine sur les réserves. Indian School Days retrace l’enfance de l’écrivain au pensionnat indien St. Peter Claver à Spanish, en Ontario.

Prix et distinctions

En 1989, Basil Johnston devient titulaire de l’Ordre de l’Ontario. Il reçoit aussi de nombreux autres prix et distinctions honorifiques de la part du gouvernement fédéral, de la communauté autochtone et des institutions universitaires, y compris la Médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada, la Médaille du jubilée de la reine, le Prix national d’excellence décerné aux Autochtones pour le patrimoine et la spiritualité, le prix pour l’ensemble de ses œuvres des Prix littéraires autochtones Anskok et des doctorats honorifiques de l’Université de Toronto et de l’Université Laurentienne.

Importance

La passion de la vie de Basil Johnston a été d’enseigner aux autres la culture et la langue anishinaabes. Ceci se reflète dans ses livres et dans ses discours. Il est l’auteur de 25 livres en anglais et de 5 dans la langue anishinaabemowine (voir Langues autochtones du Canada). Il développe aussi des programmes audio pour enseigner l’anishinaabemowin et publie de nombreux articles dans de nombreux journaux, anthologies et périodiques.

En tant qu’auteur et conteur très prolifique, Basil Johnston fait beaucoup pour ouvrir la voie aux écrivains autochtones canadiens contemporains. Lorsqu’il commence à écrire, il est confronté à un public d’une époque où les voix et les récits autochtones sont peu connus du reste du Canada. À la fin de sa carrière, la production littéraire autochtone s’épanouit, comme c’est le cas de Joseph Boyden, qui devient un nom très connu.

Joseph Boyden considère Basil Johnson comme son mentor et son ami, disant que le travail de celui-ci lui « a permis d’écrire ». Drew Hayden Taylor décrit Basil Johnston comme une « véritable bibliothèque de l’univers anishinaabe ». Waubgeshig Rice le caractérise de « l’un des géants du canon littéraire autochtone ». Tomson Highway dit à son sujet : « Nous n’aurions pas pu faire ce que nous faisons aujourd’hui, cette génération actuelle d’écrivains, y compris moi-même, sans les personnes comme lui, qui nous ont précédés. » L’écrivain et éditeur Kateri Akiwenzie-Damm a publié plusieurs des dernières œuvres de Basil Johnston avec son imprimerie, Kegedonce Press.

Plus qu’un simple auteur, Basil Johnston, au cours de ses dernières années, s’est consacré à la préservation de l’anishinaabemowin, la langue des Anishinaabes, reprenant son rôle de pionnier devant les autres.