Voyons le rôle joué par le chef des Mohawks, John Norton dans la cruciale bataille des Hauteurs de Queenston qui s’est déroulée pendant la guerre de 1812. Sans la participation de John Norton et d’environ 80 guerriers originaires de la rivière Grand qui aident à repousser plus de mille soldats américains, la bataille aurait pu être perdue et la guerre prendre un tout autre tournant.

John Norton est à tous points de vue un personnage unique. Né en Écosse vers 1760 d’une mère écossaise et d’un père Cherokee emmené en Écosse par des soldats britanniques, John Norton s’engage dans l’Armée britannique en 1784. Affecté en Amérique du Nord en 1785, il déserte les rangs de l’armée deux ans plus tard pendant qu’il est en service à Niagara (il obtient son pardon par la suite et reçoit une démobilisation officielle). Il intervient auprès des Six Nations de la rivière Grand, apprend la langue et la culture mohawks sous l’influence de leur chef, Joseph Brant (Thayendanegea), qui l’adopte, faisant de lui son neveu. Ce statut lui confère le titre de chef, et le nom Teyoninhokarawen, qui signifie en langue mohawk « porte ouverte ». Malgré sa désertion, il maintient des liens étroits avec les Britanniques, reste un anglican convaincu, et est toujours considéré comme un allié par l’administration.

Lorsque la guerre éclate, John Norton (qui est alors au début de la cinquantaine) est nommé capitaine par l’armée britannique. Il recrute des Mohawks originaires de la rivière Grand et d’autres soldats, qui ne tardent pas à prouver leur réputation de guerriers féroces. Le 13 octobre 1812, un détachement de 1 000 soldats américains traverse la rivière Niagara, cherchant à s’emparer des Hauteurs de Queenston. Une partie des forces américaines atteignent le sommet, encerclent l’artillerie britannique et forcent les Habits rouges à quitter les hauteurs. Au cours d’une contre-attaque, le général Isaac Brock, l’un des chefs militaires britanniques les plus respectés de son temps, est tué (voir Isaac Brock : un héros tombé au combat).

Alors que la confusion règne parmi les troupes britanniques, John Norton, John Brant et environ 80 guerriers des Six Nations et Delaware s’interposent et attaquent. Dix fois moins nombreux que les Américains, ils les repoussent pendant des heures, suffisamment longtemps pour que les renforts arrivent et que les Britanniques puissent conserver leur avant-poste stratégique.

Cet effort de guerre remarquable consenti par John Norton et les guerriers des Six Nations est loin d’être le seul. L’année suivante, John Norton et ses guerriers couvrent la retraite des Britanniques vers Burlington Heights, après que les Américains aient pris Fort Niagara, fournissent des éclaireurs avant une attaque de nuit fructueuse à la bataille de Stoney Creek et contribuent à la défaite des Américains à la bataille de Beaver Dams.

Après la guerre, John Norton est nommé au grade de major. Globalement, les Autochtones représentent jusqu’à 10 % des forces britanniques engagées dans la guerre. En 2012, le premier ministre Stephen Harper annonce la création d’une bannière et d’une médaille des Forces canadiennes commémoratives de la guerre de 1812 qui seront remises aux collectivités métissesPremières nations. Selon la déclaration de Stephen Harper, « Les peuples autochtones du Canada ont été, à tous points de vue, essentiels à la victoire qui a imposé le Canada en tant que pays à part entière en Amérique du Nord. » Nous rendons également hommage aux efforts qui ont non seulement façonné notre passé, mais donné naissance à la nation que nous sommes aujourd’hui.

Voir aussi Participation des Premières nations et des Métis à la guerre de 1812.