John Hamilton Gray, premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard (de 1863 à 1864), politicien, officier militaire et administrateur (né le 14 juin 1811 à Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Édouard; décédé le 13 août 1887 à Charlottetown).

John Hamilton Gray sert dans l’armée britannique avant d’entrer sur la scène politique de l’Île-du-Prince-Édouard. Conservateur, il soutient la Commission des terres, créée en 1860. De nombreux insulaires espèrent que cette commission va permettre de régler la question des terres de l’Île-du-Prince-Édouard. Après l’échec de la Commission, John Gray cherche du côté de l’union coloniale pour résoudre la question, mais il démissionne de son poste de premier ministre lorsque son propre parti s’oppose à l’idée de la Confédération. Lorsque l’Île rejoint la Confédération en 1873, John Gray assume les fonctions d’administrateur en chef de la milice canadienne sur l’île.

Il ne faut pas le confondre avec John Hamilton Gray (premier ministre du Nouveau-Brunswick).

Enfance et début de carrière

Le père de John Hamilton Gray, Robert Gray, arrive sur l’Île-du-Prince-Édouard en 1787 pour occuper le poste de secrétaire particulier du gouverneur Edmund Fanning. Les deux hommes sont arrivés en Amérique du Nord britannique en tant que réfugiés loyalistes dans le sillage de la Révolution américaine. Robert Gray prendra pour épouse Mary Burns, fille de George Burns, un illustre marchand et propriétaire foncier sur l’île. John Gray est envoyé en Angleterre pour y poursuivre des études. Il sert ensuite dans l’armée britannique, entre 20 et 40 ans, et part notamment en Afrique du Sud et en Inde. Il prend sa retraite avec le grade de capitaine au sein du 7th Dragoon Guards. Alors qu’il est toujours militaire, il prend pour épouse Susan Bartley Pennefather, belle fille de J. L. Pennefather, un officier du 7th Dragoon Guards. John Gray nomme sa première enfant Harriet Worrell Gray, en l’honneur de la sœur de Charles Worrell, un propriétaire terrien local qui fut en possession, à une époque, de près de 100 000 acres, notamment de terres qui ont appartenu un jour à George Burns. Le mariage de la sœur de John Gray, Jane, à Artemas Cambridge renforcera les liens de John Gray avec les grands entrepreneurs et ces agents qui font constamment l’aller-retour entre la Grande-Bretagne et l’Île-du-Prince-Édouard.

Lorsque John Gray revient en Île-du-Prince-Édouard dans les années 1850, il est nommé au Conseil législatif, la Chambre haute de l’Assemblée législative de l’Île. John Gray s’enrôle dans l’armée durant la guerre de Crimée, mais ne sera jamais en service actif.

Carrière politique

Lorsque John Hamilton Gray revient sur l’île du Prince-Édouard après la guerre de Crimée, c’est la question de la Bible dans les écoles qui occupe le devant de la scène politique. Certains protestants veulent que l’étude biblique fasse partie intégrante du programme scolaire tandis que certains catholiques s’y opposent. John Gray, ancien de l’église St James (Église d'Écosse) à Charlottetown, porte le débat devant la Chambre des députés et emporte un siège pour les Conservateurs en 1858. Il conserve son siège à l’assemblée jusqu’en 1864 et participe aux efforts visant à résoudre un problème politique qui perdure : comment reprendre le contrôle des grandes propriétés insulaires qui appartiennent à des propriétaires ayant le statut de résidents mais qui sont absents. Le gouvernement impérial reconnaît le droit de l’Île à un gouvernement responsable en 1851. Le gouvernement réformiste de George Coles essaie alors diverses mesures pour encourager les grands propriétaires à vendre leurs terres à leurs locataires ou au gouvernement. Le gouvernement Coles parvient à acheter la propriété des Worrell, mais les membres de l’élite insulaire étant parvenus, par leurs connaissances, à bénéficier d’une vente intermédiaire, le gouvernement finit par payer plus pour l’acquisition de la propriété que le prix demandé par Charles Worrell. L’approche basée sur la vente volontaire devint du même coup impopulaire.

En 1859, le gouvernement conservateur nouvellement élu, dirigé par Edward Palmer, est à la recherche d’une nouvelle stratégie qui permettrait d’amorcer la réforme foncière réclamée par le public sans menacer les pouvoirs et les prérogatives des propriétaires terriens. John Gray propose que le gouvernement impérial mette sur pied une commission foncière impartiale qui définira les conditions permettant de mettre fin au problème des propriétaires terriens qui ne résident pas sur l’île. La Commission, créée en 1860, se révèle néanmoins inefficace, le gouvernement impérial ayant refusé d’approuver la législation qui aurait permis de forcer la vente des grandes propriétés ou de fournir les fonds nécessaires à leur achat. John Gray, qui devient premier ministre en 1863, fait adopter une loi de compromis qui donne aux locataires le droit d’acheter leur tenure à bail si leurs propriétaires acceptent de se soumettre à cette nouvelle loi. La loi renforce néanmoins le statut des propriétaires en confirmant leur titre et en cédant les créances de la Couronne relatives aux terres mises de côté pour servir de réserves de pêche.

Confédération

Alors que la question des terres n’est toujours pas résolue et que les questions religieuses enflamment encore la politique locale, John Hamilton Gray en vient à s’intéresser aux possibilités d’union coloniale qui permettraient d’acquérir un plus grand pouvoir de négociation auprès de la Grande-Bretagne et des États-Unis. À son poste de premier ministre, John Gray organise en septembre 1864 la Conférence de Charlottetown qui vise à discuter de la possibilité d’unifier l’Île-du-Prince-Édouard et ses voisines maritimes, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Mais les délégués de la Province du Canada changent l’axe de la conférence et la recentrent sur le concept d’une Confédération rassemblant toutes les colonies de l’Amérique du Nord britannique.

John Gray soutient l’idée d’une Confédération lors de la Conférence de Québec d’octobre 1864. Sa femme reste clouée au foyer par la maladie, à Charlottetown, et elle mourra deux jours après son retour. Peut-être en proie au découragement après le décès de son épouse et l’opposition manifestée par son parti au concept de confédération, John Gray démissionne de son poste de chef de parti et de ses responsabilités de premier ministre à la fin de l’année 1864. En 1867, la Confédération naît sans que l’Île-du-Prince-Édouard en fasse partie.

Voir aussi L’Île-du-Prince-Édouard et la Confédération.

Vie et carrière après la Confédération

John Hamilton Gray tente un retour en politique en 1867, mais n’obtient pas à l’époque l’investiture de son parti. Il réessaie en 1873 mais il perd alors l’élection. Ayant servi depuis 1862 au poste de commandant des volontaires de l’île, il accepte en 1867 sa nomination au poste d’adjudant général (agent administratif principal) de la milice de l’île, avec le grade de lieutenant-colonel. Lorsque l’Île rejoint la Confédération en 1873, John Gray est nommé adjudant général adjoint du district de la milice fédéral auquel l’île appartient. Il se retire de ce poste en 1881, et meurt en 1887, à Inkerman House, à la suite d’une attaque.

Héritage

John Gray fut l’un des deux hommes qui portent le nom de John Hamilton Gray et qui ont participé à la Conférence de Charlottetown. L’autre personne était un politicien du Nouveau-Brunswick qui n’avait aucun lien avec lui. En septembre 2014, dans le cadre des festivités célébrant cette conférence, un consortium de donateurs publics et privés a inauguré une statue en bronze représentant les deux John Hamilton Grays qui dialoguent à un coin de rue, dans le centre-ville de Charlottetown.