Johanna Skibsrud

Johanna Skibsrud, poète, romancière, nouvelliste (Meadowville, N.-É., 9 mai 1980). Diplômée de l'UNIVERSITÉ DE TORONTO et de l'UNIVERSITÉ CONCORDIA, candidate au doctorat à l'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, elle commence par publier un recueil de poèmes (voirPOÉSIE), Late Nights with Wild Cowboys (2008), qui, sans vraiment attirer l'attention de la critique, s'affirme en tant que nouvelle voix littéraire - ce sont des poèmes très personnels qui traitent de la famille, des amis, des relations et des lieux. Ils sont marqués par leur référence à ce qui est susceptible de changer dans l'expérience humaine, mais illustrent également le désir de continuité et de stabilité. Les événements passés et leur poids sur les états psychologiques des protagonistes ainsi que leurs conséquences pour l'avenir sont souvent au premier plan. Le rythme et la longueur des lignes sont irréguliers et variables, reflétant la nature changeante du sujet traité et l'état d'esprit du narrateur.

Un deuxième recueil de poèmes, I do not Think that I Could Love a Human Being, sort en 2010. À bien des égards, il exprime les mêmes préoccupations que le recueil précédent; des événements d'une apparente banalité s'avèrent être le point marquant d'un changement de perspective ou de sensibilité. Des tableaux colorés, souvent brefs, évoquent le monde naturel ainsi que les actions individuelles et les réactions psychologiques qui en découlent. L'accent est mis sur l'importance d'avoir le courage de vivre pleinement chaque moment; l'existence est présentée comme un engagement envers les autres et le monde matériel, qui sont interconnectés.

Contre toute attente, le premier roman de Johanna Skibsrud, The Sentimentalists (2009; trad. Les Sentimentalistes), remporte le PRIX SCOTIABANK GILLER en 2010. Le récit explore les effets sur les générations d'une famille d'un violent incident survenu au cours de la GUERRE DU VIÊT-NAM. En s'appuyant largement sur l'expérience vécue par sa propre famille, Johanna Skibsrud tente de recréer la vérité d'un événement passé, le succès - ou l'échec - d'une telle tentative et le coût humain qu'il peut impliquer. Certains lecteurs pourront trouver déroutants les nombreux déplacements temporels de la première partie du roman, mais il s'agit là d'un prélude efficace aux événements de plus en plus dramatiques racontés par la suite. Le roman inclut un épilogue de 30 pages basé sur une transcription historique du témoignage du père de l'auteure déposé devant une commission d'enquête portant sur l'incident. Il est extrêmement difficile de faire la lumière sur des événements passés : « Tout est révélé dans les moindres détails, et pourtant rien n'est dit » déclare la protagoniste. La prose elle-même est fortement descriptive et se veut sobre, à la manière des écrits de guerre d'auteurs tels qu'Hemingway et Mailer. Avant de remporter le prix Giller, le roman est largement ignoré, et les ressources limitées de son éditeur font en sorte qu'il est pratiquement impossible de mettre la main sur un exemplaire jusqu'à ce qu'une importante maison d'édition en fasse une réimpression.

En 2011, Johanna Skibsrud lance un recueil de nouvelles, This Will be Difficult to Explain. Les récits sont de factures sociales et géographiques diverses et ont pour cadre le Canada, les États-Unis, la France et le Japon. Plusieurs personnages se retrouvent dans plus d'une histoire, ce qui fournit un contrepoids nécessaire à leur variété. « The Electric Man » met en scène un étrange individu qui tient des propos douteux sur son passé. D'autres histoires racontent les expériences d'une jeune femme en France, les difficultés de communication qu'elle éprouve et ses déboires amoureux. « Clarence » est le récit ironique d'un photographe qui découvre que son sujet est décédé, mais dont la veuve souhaite que la photographie soit prise malgré tout. Le récit éponyme, par sa représentation d'une situation historique et de son héritage, est thématiquement lié au premier roman, Les Sentimentalistes, et à deux autres récits, « The Limit » et « Angus' Bull », qui mettent en scène des familles de la campagne faisant face à des situations susceptibles d'influencer profondément le sort des participants. Le recueil se conclut avec « Fat Man and Little Boy » (les noms que les militaires américains ont donnés aux bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki), et relate les expériences de deux vieux amis qui se penchent sur l'histoire et la culture japonaises. Dans son ensemble, le recueil traite de nombreuses préoccupations déjà présentes dans les œuvres précédentes de Johanne Skibsrud.