Jeunesse

Piita Irniq grandit dans la tradition inuite, sa famille s’adonnant au piégeage, à la chasse et à l’agriculture de subsistance. Le jeune Piita Irniq et sa famille vivent dans des iglous l’hiver et dans des tentes l’été (voir Histo​ire de l’architecture : Autochtones). Ils voyagent en traîneaux à chiens et parlent l’inuktitut.

Piita Irniq se souvient qu’en 1958, des missionnaires ont annoncé à ses parents que leur fils devrait aller à l’école. C’est ainsi que le garçon, sans consultation préalable, partira avec d’autres enfants au pensionnat in​dien.

Pensionnat

Piita Irniq fréquente l’école fédérale Sir Joseph Bernier à Chesterfield Inlet, aux Territoi​res du Nord-Ouest, puis, de 1963 à 1964, l’école Sir John Franklin à Yellowknife, également aux Territoires du Nord-Ouest.

Piita Irniq raconte qu’il n’est pas rare, au Turquetil Hall (l’auberge rattachée à l’école fédérale Sir Joseph Bernier où il est alors pensionnaire), que les enfants subissent des sévices sexuels, mentaux et physiques. Il se souvient avoir lui-même fait l’objet de violence physique pour avoir parlé l’inuktitut. Piita Irniq conserve malgré tout sa langue maternelle, contrairement à de nombreux enfants qui, eux, perdront la capacité à s’exprimer en langue autoc​htone avec leur passage au pensionnat. Éloignés de leur famille et de leur communauté avec qui ils n’ont que des contacts limités, bon nombre d’entre eux perdent par ailleurs tout lien avec la culture et le mode de vie autochtones.

Piita Irniq déclare que les pensionnats indiens ont changé sa vie à tout jamais. Tentant de « noyer […] la honte » qu’il éprouve après son passage à l’école, il se tourne vers l’alcool. Il ne réintègre pas sa communauté après l’école, chose qu’il regrettera amèrement jusqu’à ce jour : « C’est quelque chose qui m’a beaucoup dérangé au cours des années passées. Mais c’est comme ça que j’avais été élevé dans le système des pensionnats. »

Piita Irniq encourage les survivants à raconter l’expérience qu’ils ont vécue dans les pensionnats indiens, afin que tous les Canadiens connaissent la vérité sur ce système cruel et qu’ils puissent déployer les efforts nécessaires pour empêcher qu’une telle tragédie ne se répète.

École de métiers et début de carrière

En 1964, Piita Irniq entreprend une formation à l’école de métiers Churchill, au Manitoba. Après avoir vu l’apprenti à l’œuvre en 1965, le surintendant de l’éducation de district envoie Piita Irniq à Kitchener, en Ontario, pour qu’il y travaille dans une fabrique de meubles.

Piita Irniq occupe dans les années 1960 différents postes au gouvernement et dans le secteur de l’éducation, notamment : animateur-opérateur et expert inuit à la CBC à Churchill; enseignant sur les ondes dans le cadre d’un programme d’éducation des Inuits géré par certaines stations de la CBC dans le Nord; conseiller culturel auprès d’Affaires autochtones et Développement du Nord canadien (aujourd’hui Affaires autoc​htones et du Nord Canada); et rédacteur en chef du magazine Inuktitut.

Carrière politique

Au cours des années 1970, Piita Irniq est inspiré par les avancées politiques qu’il observe dans les affaires autochtones, avec entre autres la mise sur pied de l’Inuit Tapirisat du Canada en 1971 (aujourd’hui, l’Inuit Tapiriit​ Kanatami) et les pourparlers sur la création du Nunavut. Il commence alors à consacrer son travail à l’amélioration de la vie du peuple inuit.

Piita Irniq entame sa carrière dans la fonction publique en janvier 1971, occupant un poste de responsable de l’information et de traducteur au sein du ministère de l’Information du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Il assume également le poste d’adjoint exécutif au sous-commissaire pour les Territoires du Nord-Ouest de 1974 à 1975.

Piita Irniq est élu à l’élection territoriale de 1975 pour représenter le Keewatin. C’est le premier Inuit à devenir directeur régional adjoint pour le ministère de l’Exécutif du Keewatin (maintenant Kivalliq), poste qu’il occupera de 1979 à 1981. Par la suite, en tant que directeur des ressources renouvelables, il encourage l’embauche d’Inuits et l’intégration des connaissances traditionnelles aux activités du ministère. Piita Irniq est président du Conseil du Keewatin de 1982 à 1983, puis est élu président de la Keewatin Inuit Association, fonction qu’il assumera pendant cinq ans. Piita Irniq est député de l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest pour la circonscription d’Aivilik de 1987 à 1991. Il ne sera pas réélu après 1991.

En 1992, Piita Irniq est nommé directeur général de l’Institut culturel inuit. L’année suivante, il devient directeur des communications pour Nunavut Tunngavik Inc., l’organisme qui coordonne – et, plus tard, met en œuvre – l’entente sur la revendicat​ion territoriale du Nunavut. Après la négociation de cette entente qui conduit à la création du nouveau territoire du Nunavut, Piita Irniq siège à la Commission d’établissement du Nunavut. Piita Irniq défend les intérêts du Nunavut en 1997 à titre de directeur adjoint du patrimoine et de la culture pour le Nunavut au sein du ministère de l’Éducation, de la Culture et de l’Emploi des Territoires du Nord-Ouest. Il est nommé sous-ministre de la Culture, de la Langue, des Aînés et de la Jeunesse en 1998. En 1999, il travaille à la création d’organismes du tout nouveau gouvernement du Nunavut, mettant un accent particulier sur les langues officielles, l’accès à l’information et les conflits d’intérêts.

Piita Irniq est nommé deuxième commissaire du Nunavut en avril 2000. Ce poste, essentiellement protocolaire, s’apparente à celui du lieutenant-gouverneur d’une province. Piita Irniq conclut son mandat de commissaire début 2005. Il sera remplacé par A​nn Meekitjuk Hanson le 21 avril 2005.

Écriture et travail artistique

Piita Irniq tient une chronique sur la vie des Inuits dans la publication Nunavut News/North. Pour ses chroniques écrites en 2006, l’Ontario Community Newspapers Association lui décerne l’année suivante le prix du chroniqueur de l’année.

Piita Irniq est également bien connu pour sa création d’inukshuks. Son œuvre est présentée lors des Jeux Olympiq​ues d’hiver de 2010, à Vancouver. Les œuvres de Piita Irniq sont également présentées à l’extérieur du Canada, dont en France, en Argentine, en Mongolie et aux États-Unis.

Importance

Tout au long de sa carrière, Piita Irniq se distingue par son engagement actif dans la défense de la culture inuite de façon générale et, en particulier, par sa promotion de l’inuktitut et ses efforts en vue de l’inclusion de l’Inuit Qaujimajatuqangit – l’ensemble des connaissances traditionnelles inuites – dans les institutions au service de la population inuite.