Colonisation

Peuples autochtones

Pendant des siècles, les Inuits de la région vivent en petits groupes nomades autour de la baie, où l’abondance de caribous, de poissons, de phoques, de morses et de baleines leur garantit une source stable de nourriture et de quoi fabriquer des vêtements. Leur mode de vie dépend toutefois des mouvements de la faune locale, qui sont eux-mêmes conditionnés par les variations du climat. Les Inuits sont par conséquent contraints de se déplacer sans arrêt à la recherche de ressources.

Le premier étranger à établir des contacts avec eux est l'explorateur anglais Martin Frobisher. De 1576 à 1578, il se rend à trois reprises à la baie entre 1576 et 1578, croyant qu’il s’agit d’un détroit conduisant vers l'Asie. En 1861, Charles Francis Hall, un Américain, explore la région plus en profondeur et découvre qu'il s'agit en fait d'une baie. En 1914, la Compagnie de la Baie d'Hudson établit le premier de ses comptoirs d'échange dans la région. Malgré les visites des explorateurs, des négociants, des missionnaires et de la police, les Inuits parviennent à maintenir un style de vie plutôt indépendant dans leurs campements.

Colonisation par les Européens

Les changements débutent en 1942 lorsque les États-Unis entreprennent la construction d'une immense base aérienne à la pointe de la baie dans le cadre d'un réseau de transport développé pendant la guerre en Europe. Les Inuits trouvent des emplois saisonniers et certains commencent à s'établir de manière permanente dans la région. La base aérienne, sous-utilisée pendant la guerre, est ensuite rachetée par Ottawa. Elle reprend vie pendant la Guerre froide contre ce qui était alors l’Union soviétique, époque où elle devient un centre de transport et de communications pour l'édification des stations de ligne de radars avancés (connues sous le nom de réseau DEW) dans tout l'Arctique de l'Est.

Développement

En 1963, la localité, appelée alors Baie Frobisher, commence à s'agrandir lorsque le gouvernement fédéral y établit le bureau principal des opérations de la région de Baffin. En 1971, elle compte un immeuble de grande hauteur, de nouvelles écoles et la désormais célèbre cathédrale anglicane en forme d'igloo inaugurée par la reine Elizabeth II. En 1987, ses habitants décident de rebaptiser la Baie Frobisher Iqaluit, son nom inuktitut d'origine signifiant « beaucoup de poissons ».

Paysage urbain

À l'instar de villes plus au sud, Iqaluit offre une gamme complète de services : on y trouve un hôpital moderne, des banques, des tribunaux, des écoles, des services de garde et des clubs sociaux, ainsi que le campus principal du Nunavut Arctic College. Iqaluit possède également un musée, un centre d’information touristique, des galeries d'art, plusieurs églises, une mosquée, des services de communications par satellite et un réseau informatique moderne. La communauté francophone de la ville, petite mais active, dirige sa propre école et son centre communautaire.

Population

En 1993, l'Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, qui détermine l'orientation de la création du nouveau territoire du Nunavut en 1999, est conclu entre le gouvernement fédéral et les chefs inuits. Deux ans plus tard, Iqaluit est choisie comme capitale territoriale. Des changements surviennent rapidement : le secteur de la construction et les emplois connaissent un essor considérable, au même rythme que la croissance de la population (47 % entre 1991 à 2001). Aujourd'hui, plus de la moitié de la population est d'origine inuite.

Économie et main-d’œuvre

L'économie locale est encore largement dépendante du gouvernement mais le secteur privé est en émergence dans les domaines de la construction, la vente au détail, le tourisme et les métiers d'art, entre autres. Les salaires y sont relativement élevés comparés à ceux de certaines régions plus au sud du Canada, mais le coût de la vie y est également plus cher. Le niveau d'emploi chez les Inuits demeure pourtant assez faible, une situation que le gouvernement et les organisations inuites tentent de corriger au moyen de cours de formation, d’embauches préférentielles et d’emplois à contrat.

Transport

En tant que centre administratif, des transports et des communications du Nunavut, Iqaluit relie par voie aérienne la région au Sud du Canada, à Yellowknife et à toutes les communautés du Nunavut. Iqaluit possède un aéroport moderne qui offre des vols quotidiens à partir du sud et vers le sud. Durant l'été, malgré ses hautes marées, la ville devient également un port pour le transport maritime annuel de marchandises lourdes. Avec sa croissance rapide, Iqaluit a vu croître le nombre de véhicules; la ville emprunte également aux régions du sud des systèmes comme celui des noms de rue ou du transport en commun.

Communications

Iqualuit compte aussi des studios de radio et de télévision du Service du Nord de Radio-Canada présentant des émissions en anglais et en inuktitut; on y trouve en outre des stations de radio locales et des journaux hebdomadaires.

Administration et politique

Iqualuit est la capitale canadienne située la plus au nord. Son administration municipale est constituée d’un maire et de huit conseillers élus pour un mandat de quatre ans. Elle fournit les mêmes services communautaires, et fait face aux mêmes difficultés municipales, que la plupart des autres administrations locales au Canada. C’est la grande diversité de ses citoyens, arrivés d’autres régions de Nunavut et du Canada, qui distingue l’administration d’Iqaluit; cette dernière tente de préserver l’équilibre entre les traditions inuites et les changements plus récents qui résultent de l’influence du sud.

Selon les critères du Nord, cette ville est un noyau d'activité politique. En tant que capitale, elle abrite l'assemblée législative, les bureaux principaux des ministères gouvernementaux ainsi que de nombreuses organisations de défense des droits des Inuits. Elle sert ainsi de relais entre les trois régions du Nunavut, soit Qikiqtaaluk (Baffin), Kivalliq et Kitikmeot. À cinq kilomètres à l'est d'Iqaluit se trouve la petite communauté satellite d'Apex. Construite autour d'un comptoir de la Compagnie de la Baie d'Hudson, elle devient dans les années 1950 un village modèle pour les Inuits bâti par le gouvernement du Canada.

Vie culturelle

Ce qui distingue tout particulièrement Iqaluit, ce sont ses contrastes interculturels : l'inuktitut, l'anglais et le français y sont des langues d'usage courant. Des hommes vêtus de parkas de caribou vont à la chasse dans une région survolée par des avions. Les peaux de phoques sont raclées et nettoyées dans des maisons où se trouvent des postes de télévision et parfois même des ordinateurs. Les sculpteurs, qui travaillent souvent à l'extérieur de leur maison, voient leur artisanat vendu dans la plupart des magasins et des hôtels. Les pièces de théâtre, la musique, les métiers d'arts et la mode inuits se marient naturellement aux événements plus typiques du sud comme les compétitions sportives. Toonik Tyme, le festival tenu en avril qui souligne la fin de l'hiver, présente à la fois les aspects traditionnels et modernes du Nord comme des courses de motoneiges et la construction d'igloos. Beaucoup de citoyens d’Iqaluit viennent d’ailleurs; de fait, la communauté est reconnue pour son caractère décontracté, culturellement diversifié, tolérant et chaleureux.

C'est toujours la force de la terre qui domine la vie à Iqaluit et dans l'Arctique. Bien que de nombreux programmes intérieurs, souvent axés sur le sport, soient offerts durant l'hiver, bon nombre de passe-temps sont liés à la terre comme la motoneige, le camping, la chasse, la navigation de plaisance et la randonnée pédestre. Trois parcs territoriaux situés près d'Iqaluit (Qaummaarviit, Katannilik et Sylvia Grinnell) sont accessibles par l'entremise de pourvoiries locales par bateau, motoneige ou traîneau à chiens.

Iqaluit est devenue la passerelle vers l'Arctique de l'Est et ce, tant d'un point de vue logistique que culturel. Elle a su marier avec succès les installations et les technologies modernes aux traditions inuites.