L'île Devon, Nunavut, est la deuxième plus grande île (55 247 km2) des ÎLES DE LA REINE-ÉLISABETH. Elle est découverte en 1616 par William Baffin et appelée North Devon par W. E. PARRY en l'honneur de la ville de Devon, en Angleterre. Le tiers Est de l'île est recouvert d'une calotte glaciaire dont l'épaisseur maximale varie entre 500 et 700 m. Les roches sont très anciennes. On trouve en effet des roches précambriennes, cambriennes et ordoviciennes à l'est et de la roche sédimentaire argilo-gréseuse (silstone) et du schiste argileux (shale) ordoviciens et siluriens à l'ouest. Comme la plus grande partie de l'île est un plateau d'une altitude de 300 à 500 m, ses terres sont stériles, constituées principalement de pierres gélives et presque dénuées de végétaux et de vie animale. La température annuelle moyenne est d'environ -16 °C.

Dans la zone de faible altitude de l'île, Truelove Lowland, on trouve une faune et une flore variées, des sols gorgés d'eau l'été à cause d'un drainage insuffisant, de plus fortes précipitations, des températures plus élevées (de 4 à 8 °C) et un plus grand nombre de journées ensoleillées qu'ailleurs dans l'île. Le sol n'est dénué de neige que pendant 45 à 50 jours chaque été. Les basses terres mal drainées se caractérisent par une toundra parsemée de carex et de mousses où les BOEUFS MUSQUÉS broutent à l'année. La plupart des êtres vivants dans cet écosystème sont des plantes (98,9 p. 100), le reste se composant d'herbivores, de carnivores, de bactéries, de champignons et d'INVERTÉBRÉS qui contribuent à la décomposition des substances organiques.

Les terrains tourbeux sont froids et humides à longueur d'été et ne contiennent que très peu d'éléments nutritifs. Sur le cordon littoral, composé de gros gravier et de sable grossier, la température ambiante et celle du sol est plus élevée en été. Le sol est également plus sec que partout ailleurs dans l'île. L'écosystème est caractérisé par une végétation de plantes en coussinet (polaire et semi-aride) dont se nourrit à l'année le LEMMING à collerette. Les végétaux y priment à 98,7 p. 100.

Sur le cordon littoral et dans les prés de carex humide, les invertébrés (vers, protozoaires, moucherons et larves, et collemboles) sont plus productifs et consomment plus de substances organiques (4,73 p. 100) que les lemmings, les oiseaux aquatiques et les gros boeufs musqués. Il est donc évident que les petits insectes et autres organismes du sol sont plus importants pour le bon fonctionnement de l'écosystème que ne le sont les 15 à 20 boeufs musqués qui paissent en été et les 60 à 125 qui paissent en hiver dans cette petite oasis de l'Arctique.

À cause de la saison de végétation très courte de l'île (de 40 à 55 jours) et des basses températures le jour (de 2 à 8 °C), le rythme de croissance des plantes et des animaux est lent et leur cycle vital est plus long. De nombreux invertébrés, qui normalement prennent de quelques semaines à une ou deux années à compléter leur cycle biologique dans des régions tempérées, exigent de deux à neuf ans pour y arriver à cette latitude. Bien que l'on trouve dans l'Arctique les mêmes composantes d'écosystème de base que dans les prairies de la Saskatchewan, ou les forêts d'arbres feuillus ou de conifères de l'Ontario, la diversité des espèces, le rythme de croissance des organismes et le taux de productivité de l'écosystème sont de beaucoup réduits en raison du peu d'énergie solaire dont peuvent profiter les écosystèmes de ces contrées du Nord caractérisés par le froid et le manque d'éléments nutritifs.