L'île de Baffin (superficie : 507 451 km2, longueur : 1500 km, largeur : 200 à 700 km), au Nunavut, est la plus grande île du Canada et la cinquième en importance dans le monde quant à sa superficie. Située dans le Nunavut, dans l'archipel Arctique, elle est séparée du Groenland par le détroit de Davis et la baie de Baffin, du nord du Québec par le détroit d'Hudson, et de la presqu'île Melville par le bassin de Foxe et le détroit encaissé de Fury and Hecla. L'immensité de cette île et son littoral déroutant ont désorienté les premiers explorateurs et ont fait que, jusqu'à tout récemment, sa géographie est restée méconnue.

Géologie

C’est probablement ici que s’est formée l’une des grandes nappes glacières qui recouvrait le Canada il y a quelque 18 000 ans. Il y a presque 1500 ans, la glace recouvrait encore l’île et aujourd’hui, de vastes régions sont encore recouvertes de glace toute l’année.

Du point de vue géologique, l'île de Baffin est le prolongement de la bordure orientale du Bouclier canadien, qui s'élève à l'est pour former une crête montagneuse et qui se transforme en plateaux et terres basses à l'ouest. Sa côte orientale est profondément découpée par la baie Cumberland et la baie Frobisher. Au nord, un plateau désert comprend la presqu'île Brodeur et la péninsule Borden, qui sont séparées par l'inlet de l'Amirauté, probablement un des plus grands fjords au monde. La grande plaine superbe de Koukdjuak s'étend du sud de la rivière Hantzsch à la péninsule Foxe. Elle se compose d'une bande littorale plate faite de marais herbeux et d'une plaine légèrement plus haute comportant une série de plages anciennes.La péninsule Foxe est formée de rochers au sud et de falaises spectaculaires sur la côte ouest. L'île de Baffin est recouverte de nombreux lacs d'eau douce, tels que le lac Nettilling (5542 km2) et le lac (3115 km2).

Écologie

Faune

Narvals, morses, bélougas, baleines boréales, phoques barbus et phoques du Groenland hivernent dans la baie de Baffin. De plus, des millions d'oiseaux nidifient dans cette île : marmettes de Brünnich, mouettes et fulmars. Le refuge d'oiseaux migrateurs de Dewey Soper protège le site de nidification estivale de quelque 2 millions d'oiseaux migrateurs.

Un recensement du caribou du Sud de la Terre de Baffin effectué en 2012 a confirmé ce que signalaient les anciens et les chasseurs, à savoir un déclin important des hardes qui comptaient 60 000 à 180 000 têtes au début des années 1990. Les communautés présentes sur l’île s’inquiètent ouvertement des impacts néfastes de l’utilisation qui est faite des terres et d’autres facteurs ayant une incidence sur le caribou et son habitat. Le rapport de recensement mentionne les changements climatiques, les maladies et les activités économiques, notamment l’exploitation des minéraux, parmi les menaces potentielles qui pèsent sur les hardes.

Préoccupations environnementales

Les effets des changements climatiques sur l’Arctique deviennent de plus en plus préoccupants. Diverses études ont mis en évidences ces effets, notamment une étude de 2009 portant sur les sédiments présents au fond d’un lac de l’île de Baffin. En étudiant les sédiments, les scientifiques sont parvenus à caractériser l’évolution de l’environnement sur une période couvrant 200 000 ans. Les modifications de l’environnement intervenant jusqu’à la fin du 19e siècle pouvaient être expliquées par des processus naturels. À partir de l’horizon correspondant au début du 20e siècle, les sédiments révèlent des modifications environnementales qui dévient de la trajectoire naturelle suivie tout au long des 200 000 dernières années. Les chercheurs attribuent ces changements au réchauffement découlant des activités humaines.

Histoire

Premiers peuplements et exploration

Aux environs de 2000 avant J.-C., un peuple de culture pré-Dorsets'établit au nord de l'île de Baffin. Le peuple de culture Dorset, ainsi nommée parce que la première preuve physique de cette culture est découverte près de Cape Dorset sur la côte sud-ouest de l'île, lui succède. Entre le 11 et le 13e siècle, le peuple de Thulé se disperse dans l'ensemble de l'île, déplaçant ainsi le peuple de Dorset.

On croit que les marins norois auraient visité l'île de Baffin au tournant du 21e siècle, qui est peut-être l'île que les sagas vikings appellent Helluland. Les Anglais arrivent sur le littoral au 16e siècle. Martin Frobisher s'y rend en 1576 et y rencontre les descendants des Thulé, les Inuits de la terre de Baffin.

Il fait deux autres voyages (1577 et 1578) au cours desquels il rapporte des tonnes de minerai sans valeur, qu'il prend pour de l'or. John Davis mène trois expéditions dans la baie de Cumberland (1585, 1586 et 1587). William Baffin, dont on donnera le nom à l'île, établit la carte de la côte est en 1616 et Luke Fox entre dans le détroit de Foxe en 1631.

Malgré ses explorations couronnées de succès, les baies et les fjords de l'île continuent à dérouter les navigateurs qui cherchent le passage du Nord-Ouest. On ne redécouvrira la baie de Baffin qu'en 1818. Sir William Parry explore la côte ouest de 1821 à 1823. Il est suivi par les pêcheurs de baleines venus d'Écosse et de Nouvelle-Angleterre, qui établissent des postes de baleiniers dans la baie Cumberland (sur les îles de Kekerton et Blacklead) à la fin des années 1850. Les tombes des marins et des vestiges de la chasse à la baleine, demeurés en bon état jusqu'au début du 20e siècle, ont été découverts à Kivitoo, sur la côte de Davis. L'Église anglicane établit des missions dans ces postes et la Compagnie de la Baie d'Hudson ouvre son premier comptoir à Lake Harbour (aujourd’hui Kimmirut) en 1911.
Des scientifiques allemands construisent une station météorologique dans le fjord Kingua (maintenant le fjord Clearwater), à la pointe de la baie de Cumberland en 1882-1883. L’anthropologueFranz Boas passe l'hiver de 1883-1884 à Kekertuk et dessine une carte assez précise de toute l'île. Robert Bell est le premier à faire un levé qui le mènera le long de la côte sud en 1897. Joseph-Elzéar Bernier hiverne à Pond Inlet en 1906-1907, et dans la baie de l'Arctique en 1910-1911, d'où J.T. Émile Lavoie fait le tracé de l'inlet de l'Amirauté jusqu'au détroit de Fury and Hecla en 1910. De 1909 jusqu'à sa mort, Bernhard Hantzsch fait le levé topographique de la partie sud de l'île de Baffin et de la côte du bassin Foxe. Il meurt au camp de base qu'il a monté à l'embouchure de la rivière qui porte aujourd'hui son nom.

Aujourd'hui

La capitale du Nunavut, Iqaluit, se trouve à la pointe de la baie Frobisher au sud de l'île. Des quantités importantes de plomb, de zinc et d'argent ont été extraites des mines de Nanisivik entre 1976 et 2002 et expédiées dans les fonderies du sud du Canada. Le village de Pangnirtung constitue l'entrée sud du parc national Auyuittuq, le premier parc national situé à l'intérieur du cercle polaire arctique, alors que le village de Qikiqtarjuaq en constitue l'entrée nord. Ce parc offre quelques-uns des paysages les plus spectaculaires de l'île : col de Pangnirtung (une tranchée en forme de U de 100 km de long), glaciers, lacs, chutes d'eau et le mont Odin (qui culmine à 2143 m). Une bonne partie du parc national Sirmilik, situé dans le secteur nord-ouest de l'île, est recouverte de glaciers, ce qui a donné son nom au parc en inuktitut, « lieu des glaciers ». On peut y accéder par Pond Inlet et la baie de l'Arctique.

Sur l'île de Baffin, on retrouve également de nombreux parcs historiques et provinciaux, dont les Kekerten, Katannilik, Sylvia Grinnell, Mallikjuaq (comprenant des sites de la culture Dorset) et Qaummaarviit (comprenant des sites de la culture Thulé). Clyde River est situé sur la côte nord-est de l'île qui est fortement découpée par des fjords. Le village sert d'escale aux aventuriers attirés par les fjords, plus particulièrement les falaises escarpées du fjord Sam Ford.

Le développement économique de l’île de Baffin suscite des préoccupations environnementales et de nombreuses incertitudes sur le plan international. Les dépôts de minerai de fer sur la propriété de la rivière Mary, dans la région Qikqtani du Nord de l’île de Baffin, constituent l’un des plus grands gisements de minerai de fer exploité au Canada. On étudie également la possibilité d’exploiter les ressources en diamants de Chidliak, à 120 km au nord-est d’Iqaluit.