Histoire

Bien avant l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, on retrouve dans le monde entier et dans de nombreuses cultures des techniques de construction et des matériaux similaires à ceux utilisés pour bâtir les huttes de terre. Les huttes de terre sont le résultat de pratiques centenaires, car de tout temps les êtres humains ont utilisé la terre pour se bâtir des abris. Les huttes de terre se retrouvent communément chez les peuples autochtones du sud de la Colombie-Britannique, des Prairies, de l’Arctique et du Labrador (voir Histoire de l’architecture : Autochtones).

Par exemple, les Inuvialuit Siglit construisent des habitations à base de bois flotté qu’ils isolent avec d’épais morceaux de tourbe découpés sur le sol de la toundra. Appelées igluryuaq, ces bâtisses sont souvent munies d’un tunnel d’entrée et d’une pièce centrale où les habitants peuvent se rassembler et se réchauffer. Elles sont habitées pendant la saison froide, au même titre que les napaqtaq, les kadjigi (construites elles aussi à partir de bois flotté et de tourbe) et les igloos (bâtis à partir de neige).

Le site archéologique de L’Anse aux Meadows, situé à la pointe septentrionale de Terre-Neuve, abrite un certain nombre de structures façonnées à partir de tourbe. Leur édification, aux alentours de l’an 1000, est attribuée aux colons scandinaves.

Colonisation

En 1870, le gouvernement canadien octroie le statut de province au Manitoba et signe l’année suivante le Traité n° 1 avec les Anishinabek et les Cris du sud-est du Manitoba, ainsi que le Traité n° 2 avec les Anishinabek du sud-ouest de la province. Pour le gouvernement canadien, ces traités ont pour objectif de faciliter à la fois la colonisation euro-canadienne de l’Ouest et l’assimilation des peuples autochtones (voir Histoire du peuplement des Prairies canadiennes).

En 1872, la Loi des terres fédérales définit le mode de distribution des terres dans l’Ouest canadien pour les colons. En échange d’un paiement de 10 $ et de leur engagement à construire une habitation sur leur terrain dans les trois années à venir, les colons reçoivent 65 hectares de terre. Le programme, visant à coloniser les « meilleures nouvelles terres de l’Ouest », est largement publicisé par le gouvernement canadien. La Loi s’inspire du Homestead Act américain de 1862.

Le bois se faisant rare dans les Prairies, les colons manquent de matériaux pour construire leur style de maison traditionnel et se tournent alors vers d’autres méthodes de construction. L’expansion vers l’Ouest canadien est largement soutenue par l’immigration en provenance d’Europe de l’Est notamment. Certains immigrés apportent leurs connaissances en matière de construction à base de tourbe. (Voir aussi Peuplement des terres.)

Construction

Les huttes de terre sont des structures qui nécessitent peu de moyens, construites à partir de tourbe. La tourbe est formée par l’herbe et la couche de terre en dessous retenue par les racines. Si des coûts de construction viennent à s’ajouter, c’est pour des éléments de confort tels que des fenêtres, des charnières ou des planches pour installer une porte. Les blocs de tourbe sont extraits de terrains marécageux asséchés en creusant des sillons de 30 à 40 cm de large. La tourbe, d’environ 10 cm de profondeur, est découpée en morceaux de 60 à 80 cm de longueur. Les blocs de tourbe sont posés les uns sur les autres, maintenus par les longues et denses racines de l’herbe. Placés face herbeuse vers le bas, ces blocs de tourbe sont utilisés comme des briques pour former des murs épais et compacts. Pour bâtir le toit, des planches ou des poutres légères en peuplier sont généralement recouvertes de tourbe, que l’on remplace parfois par du foin ou du chaume. Les techniques de construction varient selon les ressources disponibles et les pratiques locales.

La maison moyenne mesure environ 432 pi² (à peu près 40 m²), soit la taille minimum requise en vertu de la loi sur le peuplement des terres (voir Loi des terres fédérales). La face intérieure des murs peut être recouverte de papier ou de tissu, ou encore d’un mélange argileux blanchi à la chaux. Des draps ou des peaux de vaches sont utilisés comme cloisons. L’inconvénient des toits en tourbe est qu’ils ne sont pas étanches. Un jour de pluie entraîne deux jours d’écoulement d’eau dans la maison. Le chaulage permet d’atténuer le ruissellement et l’humidité qui en résulte. Malgré leur construction rudimentaire, les huttes de terre restent fraîches l’été et gardent la chaleur l’hiver. Ces maisons de tourbe offrent un abri temporaire aux colons jusqu’à leur installation dans un logement plus durable.

Importance et héritage

Les vestiges archéologiques que sont les huttes de terre aident à mieux comprendre les schémas de migration et de colonisation des premiers habitants de l’Amérique du Nord. Les fouilles archéologiques réalisées dans les provinces de l’Atlantique ont révélé la présence de colonies inuites à la fin du 16e siècle dans le sud du Labrador. Le site de L’Anse aux Meadows est généralement reconnu comme la preuve que les Européens ont débarqué en Amérique du Nord autour de l’an 1000.

Bien que les maisons en rondins et les cabanes soient plus communes que les huttes de terre dans les colonies de l’Ouest canadien, celles-ci sont devenues le symbole romantique des épreuves et de la survie dans les Prairies à cette époque (voir La colonisation de la prairie-parc par les Ukrainiens).

La Maison de tourbe Addison construite entre 1909 et 1911 à Kindersley, en Saskatchewan, est un exemple célèbre de hutte de terre canadienne. Malgré la dégradation inévitable due au caractère temporaire des huttes de terre, la Maison de Tourbe Addison se tient toujours debout aujourd’hui grâce à son toit de bois et aux ajustements astucieux apportés aux techniques de construction à base de tourbe majoritairement employées à l’époque. Entre autres techniques, les murs sont conçus pour s’incliner vers l’intérieur, formant une structure solide d’environ quatre pieds d’épaisseur à la base de la maison et de trois pieds au faîte. Cette structure est un lieu historique national reconnu en 2004 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada (voir Lieu historique).