Kahn-Tineta (Kahentinetha) Horn, militante politique, fonctionnaire (née le 16 avril 1940 à New York, dans l’État de New York). Kahn-Tineta, qui signifie « elle fait onduler l’herbe » dans la langue du peuple kanienkehaka (mohawk), est membre du clan mohawk de l’Ours de Kahnawake, au Québec.

Enfance

Kahn-Tineta Horn commence sa carrière en tant que mannequin, actrice et vendeuse de produits cosmétiques Mary Kay. Elle est couronnée princesse indienne du Canada en août 1963. En tant que conférencière, elle attire l’attention nationale sur les enjeux autochtones, tels le contrôle des territoires et des ressources, et les droits issus des traités.

Conseil national des Indiens

Au début des années 1960, Kahn-Tineta Horn devient directrice au sein du Conseil national des Indiens (CNI), un organisme créé en 1961 pour représenter les enjeux politiques, économiques et sociaux des Indiens inscrits, des Indiens non inscrits et des Métis. Tandis que le CNI prétend unifier la voix des peuples autochtones, certains lui reprochent d’être non inclusif : il ne représente pas les Inuits; et il a de la difficulté à représenter les différentes perspectives des diverses communautés autochtones. En novembre 1964, un membre du conseil envoie une note confidentielle au directeur général du CNI, Wilfrid Pelletier, qui révèle les critiques de la directrice Kahn-Tineta Horn au sujet de l’organisme. La note prétend que Kahn-Tineta Horn désapprouve la nomination de M. Pelletier; elle croit que le directeur général aurait dû être élu. La note accuse aussi Kahn-Tineta Horn et le chef Richard Pine d’essayer de créer un autre organisme qui représenterait mieux les points de vue des peuples autochtones.

En 1964, le CNI congédie Kahn-Tineta Horn de son poste de directrice et retire son titre de princesse indienne, un concours commandité par le Conseil. Celui-ci justifie le congédiement au motif que Kahn-Tineta Horn aurait représenté de façon injuste et publique ses propres points de vue comme étant ceux du Conseil.

L’année suivante, la dispute reçoit l’attention des médias grand public. Kahn-Tineta Horn critique ouvertement le CNI dans le Leader-Post de Regina, affirmant que de plus en plus, l’organisme est « contrôlé par des personnes non indiennes ». Tout en s’éloignant du CNI, elle continue à lutter pour les causes des Autochtones. Pendant les audiences publiques de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme en 1965, c’est plutôt elle (et non Wilfrid Pelletier du CNI) qui soumet une déclaration exprimant sa préoccupation au sujet des droits ancestraux dans un Québecsouverain. Son discours fait l’objet d’une grande attention et souligne l’importance du patrimoine et des langues autochtones.

En 1968, le CNI est dissous et des groupes dissidents se forment : les peuples autochtones inscrits et visés par les traités forment la Fraternité des Indiens du Canada (maintenant connue sous l’appellation de l’Assemblée des Premières Nations) en 1969; les peuples non inscrits et les peuples métis forment le Congrès autochtone du Canada en 1970; et les Inuits forment l’Inuit Tapirisat du Canada (maintenant l’Inuit Tapiriit Kanatami) en 1971.

Militantisme

Tout au long des années 1960 et 1970, Kahn-Tineta Horn est une figure active dans les mouvements pour les droits civils, comme le Mouvement pouvoir rouge et l’American Indian Movement. Dans le but de défendre les droits issus des traités et de protéger les modes de vie traditionnels, elle fonde l’Indian Legal Defense Committee et dirige celui-ci de 1967 à 1971. Elle participe aussi à de nombreuses manifestations, employant parfois des tactiques sensationnelles pour attirer l’attention sur des enjeux importants. Pendant une manifestation particulière, elle libère des rats dans une réunion gouvernementale pour représenter le déversement illégal sur sa réserve.

Lors d’un autre incident bien connu, le 18 décembre 1968, Kahn-Tineta Horn mène un groupe de 60 manifestants kanienkehakas à imposer un barrage du Pont international de la Voie maritime à Cornwall, en Ontario. Le groupe manifeste contre les droits transfrontaliers, faisant valoir que le gouvernement fédéral viole l’entente du traité de Jay de 1794‑1795. Les accusations portées [Eb1] [MCP2] 35 des manifestants sont abandonnées en mars 1969. Enfin, les droits douaniers ne sont pas retirés, mais l’événement illustre bien la nature transfrontalière des enjeux et des causes autochtones.

Bien que Kahn-Tineta Horn participe à des manifestations et est arrêtée à plusieurs reprises au cours de celles-ci, elle fait valoir avec insistance que les peuples autochtones devraient recourir aux moyens respectant « la loi et l’ordre » pour parvenir à leurs fins. En 1973, elle commence à travailler en tant que fonctionnaire au ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada (maintenant, Affaires autochtones et du Nord Canada). Elle y occupe divers postes, au sein des sections du développement des politiques sociales, communautaires et éducatives.

Points de vue sur le statut d’Indien et l’identité autochtone

Kahn-Tineta Horn a éveillé l’intérêt du monde entier pour ses opinions controversées au sujet du statut d’Indien et de l’identité autochtone. Elle appuie ouvertement l’« apartheid indien », ou le développement séparé, qui inclut la préservation du régime des réserves. En conséquence, elle s’oppose avec fermeté au Livre blanc de 1969 qui cherche à défaire le système de réserves.

Elle s’oppose aussi au mariage entre une personne autochtone et une personne non autochtone, qu’elle perçoit comme une menace au destin des peuples autochtones. Lors d’une entrevue avec le Montreal Gazette en 1971, elle explique que, bien qu’elle « ne haïsse pas les Canadiens ou les Étatsuniens blancs », elle croit qu’un « Indien qui épouse un Blanc n’est plus un Indien et ne peut plus en redevenir un. » Pour Kahn-Tineta Horn, l’identité autochtone est définie par le degré de sang (la quantité de « sang » autochtone que possède un individu, tel que déterminé par son origine).

Le conseil mohawk de Kahnawake, qui gère la réserve de Kahn-Tineta Horn, s’oppose aussi à l’intermariage. Depuis 1981, ceux qui épousent une personne étrangère à la culture doivent quitter le territoire. En ce moment, la politique du conseil sur l’intermariage est contestée par la fille de Kahn-Tineta Horn, l’olympienne Waneek Horn-Miller, qui engage une action en justice contre le conseil en 2014 pour les avoir expulsés, elle et son partenaire non autochtone Keith Morgan et d’autres couples interraciaux, en 2010. L’affaire est devant la cour en ce moment.

Féminisme

Au cours des années 1960 et 1970, Kahn-Tineta Horn commente les enjeux liés au mouvement des femmes. Elle souligne l‘importance de la place des femmes dans le foyer comme véhicules de traditions pour leurs enfants. Cependant, elle soutient aussi l’indépendance des femmes; en 1971, elle affirme au Montreal Gazette que son propre vécu constitue un exemple qui montre qu’une femme peut élever sa famille et peut faire une différence dans le monde, toute seule. Elle exprime aussi sa frustration vis-à-vis les lois et traditions patriarcales qui forcent une femme qui épouse un homme d’une autre réserve à quitter sa propre réserve pour aller vivre sur celle de son époux. C’est pour cette raison, explique Kahn-Tineta Horn, qu’elle a décidé de rester célibataire et d’élever toute seule ses filles (Ojistah Horn, Waneek Horn-Miller, Kaniehtiio Horn et Kahente Horn-Miller).

Kahn-Tineta Horn encourage le discours féministe anticolonial qui met la valeur sur le rôle historique des femmes et sur leur importance dans la société. En 1991, elle parle de la place des femmes dans la mythologie kanienkehaka, affirmant que les femmes « donnent la vie et […] constituent le point d’ancrage de la société.» Lors d’une revendication territoriale en 2006, elle soutient aussi que les femmes kanienkehakas ont un lien particulièrement étroit et historique avec la préservation et la défense de leurs territoires : « En vertu du wampum 44 de notre constitution, la Kaianereh'ko:wa/Grande loi, les femmes sont les titulaires de nos territoires. »

Films

Kahn-Tineta Horn paraît dans des films sur l’histoire et les territoires autochtones, y compris dans le court métrage David Thompson: The Great Mapmaker en 1964, qui recrée l’histoire de David Thompson, un homme qui cartographie 1,5 million de milles carrés de territoire inexploré, et dans Artisans de notre histoire, Volume 2 : Les Explorateurs (1995), un court métrage qui étudie l’exploration et la colonisation européennes du Canada.

Crise d’Oka

Kahn-Tineta Horn et ses filles, Waneek Horn-Miller et Kaniehtiio Horn, sont des participantes importantes dans le conflit foncier entre le peuple kanienkehaka et la ville d’Oka, au Québec, en 1990. Au plus fort de la crise d’Oka, Waneek, alors âgée de 14 ans, est poignardée à la poitrine par la baïonnette d’un soldat, alors qu’elle essaie de protéger sa sœur de quatre ans, Kaniehtiio, du chaos de l’impasse qui dure 78 jours. Une photographie de l’incident est publiée à la une et symbolise l’intensité de la crise d’Oka.

Différends concernant les titres fonciers et les revendications territoriales

Kahn-Tineta Horn a aidé les communautés autochtones avec les différends concernant les titres fonciers et les revendications territoriales. En 1995, elle coordonne la Free Wolverine Campaign qui vise la libération de Jones William Ignace, un aîné shuswap de 64 ans qui est emprisonné le 29 septembre 1995 pour avoir défendu des terres non cédées près du lac Gustafsen dans le territoire shuswap. Il est libéré le 4 février 1999.

Parmi ses autres efforts, il y a le discours prononcé au sujet des territoires autochtones à l’Université McGill en 2002, « How Canada Violated the BNA Act to Steal Native Land: The Forgotten Arguments of Deskaheh » (Comment le Canada a violé l’Acte de l’ANB pour voler les terres autochtones : les arguments oubliés de Deskaheh). Au nom des Haudenosaunee, Kahn-Tineta Horn et une autre militante, Katenies, soumettent en 2006 un avis de saisie aux développeurs du parc éolien Melancthon près de Shelbourne, en Ontario. Kahn-Tienta Horn sert aussi de directrice à l’Alliance canadienne en solidarité avec les Autochtones, qui effectue la promotion des peuples autochtones et offre des activités de sensibilisation à la culture autochtone.

Lors d’une dispute qui tourne à la violence, Kahn-Tienta Horn défend une fois encore le territoire kanienkehaka, connu comme la Nation mohawk à Akwesasne, sur la frontière entre Cornwall et New York. Le 14 juin 2008, Kahn-Tienta Horn et Katenies sont arrêtées par les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) alors qu’elles reviennent au Canada depuis les États-Unis. Lorsque Katenies refuse de reconnaître l’autorité des agents de l’ASFC, qui ont l’intention de la retenir en vertu d’un mandat non exécuté, elle est arrêtée de façon brutale. Kahn-Tienta Horn est aussi maîtrisée de façon agressive par les agents de l’ASFC lorsqu’elle refuse de quitter l’endroit. Elle subit une crise cardiaque pendant l’incident.

Importance

Kahn-Tienta Horn consacre sa vie à la défense et à la promotion de l’histoire et de l’héritage kanienkehakas. Elle est aussi porte-parole pour les enjeux touchant les Autochtones et les femmes autochtones. Bien que certaines de ses manifestations et de ses opinions sur « l’apartheid indien » et l’intermariage soient controversées, elle a démontré l’importance des causes autochtones. Comme éditrice du Mohawk Nation News, elle continue de mettre en évidence les événements, les enjeux et les causes qui sont pertinents à sa communauté.